‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 117 sur 219 · II · texte numérisé non relu

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ses maux; elle est plutôt en raison de sa liberté. C'est sans doute l'indice qu'un peuple soufTre quand il se plaint ; mais c'est une preuve cerfaine qu'il est asservi quand il se tait. 11 n'y a de silence que dans la servitude, et le peuple le plus heureux trouve encore des accents pour se plaindre et des causes pour s^agiter. Maintenant, qui ne comprend que le plus haut degré de l'agitation et de la résistance doit se rencontrer dans le pays où d'immenses plaies sociales se trouvent mêlées à de grandes libertés politiques, où le plus grand nombre est très-malheureux, et où la plainte est le droit commun? Or, tel est précisément Tétat de l'Irlande que F Angleterre a tant opprimée d'une main, tandis que de l'autre elle lui laissait les plus puissantes armes pour combattre la tyrannie.

11 n'y a point d* institutions politiques qui garantissent les sujets contre un certain despotisme, et les gouvernements contre une certaine résistance; despotisme tantôt arbitraire, tantôt I^al; résistance tantôt violente, tantôt régulière et constitutionnelle. Mais c'est déjà quelque chose pour les peuples, que leur oppression soit contenue dans des bornes; c'est aussi quelque chose pour les gouvernements, qu'il y ait une règle pour la résistance des sujets. Les maux de l'Irlande sont inunenses; mais qui pourrait dire à quelles extrémités de misère elle serait parvenue, si le pouvoir du maître n'avait été limité par des droits? 11 y a en Irlande de 'grands troubles populaires : mais qui pouirait dire à quels excès violents les réactions de la douleur eussent conduit leç opprimés, si les moyens de la résistance n'avaient été posés dans les lois?

Certaines gens tiennent l'Angleterre pour bien sotte de laisser tant de liberté à un pays qu'elle veut réduire, et qui se 4ait contre elle. une arme de ses droits constitutionnels; d'autres avouent ne rien comprendre à la patience stupide de l'Irlande, qui étant assez puissante pour se tenir insurgée, ne se déclare pas en rébellion ouverte et ne brise pas violemment le lien qui l'attaclie au Saxon. Kl les uns ni les autres ne voient qu'il y a entre l'Angleterre et l'Irlande un pacte sérieux dans lequel chacune d'elles puise sa principale force. Le droit de l'Angleterre est de régner, celui de l'Irlande de résister par les lois. L'Angleterre perdrait la moitié de sa puissance si elle s'avouait tyran, et l'Irlande, toute la sienne, si elle se déclarait rebelle. L'Angleterre et l'Irlande joueraient l'une

et Tauti^e une folle. partie si, pour échapper à Télnt présent, la première voulait asservir tout à fait rirlande, et la seconde s'affranchir entièrement de l'Angleterre; cell^-ci y jouerait ses liberlés, celle-là sa domination. «

Il arrive souvent chez nous qu'on se méprend siu* le vrai sens et sur la portée de Tagitation irlandaise. L'agitation en Irlande est libérale, religieuse, nationale; elle deviendra peut-être, elle n'est pas révolutionnaire.

La première question que lion s'adresse, en présence de ces agitations continues, et qui dans ces derniers temps ont été si profondes, c'est à quel but immédiat tend l'Irlande, à quel but elle peut atteindre ; quel serait le remède à ses maux ; si ce remède se trouverait dans le repealy qu'elle invoque à grands cris ; si le repee^l est possible, etc., etc. Pour résoudre ces questions le meilleur moyen peut-être serait de savoir ce que veut celui qui mène l'Irlande, c'est-à-dire ce que veut O'Connell. Maintenant, pour connaître les desseins et les vues d'O'Gonnell, qu'y a-t-il de mieux à faire que d'étudier la lutte solennelle que depuis deux ans notamment il soutient contre l'Angleterre, et dont le résumé peut se trouver dans son procès ?

PROCÈS d'o^GONNELL

Il n'est point de procès criminel intenté au plus obscur citoyen, qui n'éineuve à un certain degré Tattention publique. C'est toujours une scène imposante que celle du combat engagé devant un tribunal entre la société et l'individu ; entre l'être faible que son ' droit seul protège, et la souveraine puissance, forte du droit de tous. Aussi, depuis le mpment où le drame judiciaire comm^ice, jusqu'au jour où il fmit, l'intérêt et la sympathie du peuple ne cessent pas d'aller en~ croissant; et quand la sentence du juge ap proche, chacun l'attend avec anxiété : car il y a au fond de toutes

les ànies un sentiment d'ordre qui veut que la société soit défendue, et de morale qui demande qu'elle ne le soit qu'avec justice. Si telle est l'impression qui nait en général du procès le plus vulgaire, quelle doit donc être l'émotion publique lorsque l'accusé est, de l'aveu du monde entier, l'homme le plus extraordinaire de son temps? Lorsque son juge, en le contemplant, se sent saisi d'effroi; lorsque cet homme est à lui seul la personnification d'un peuple, et qu'en prononçant sur son sort, le tribunal va condamner ou absoudre toute une nation! lorsque cet accusé, c'est Daniel O'Connell, et ce tribunal, douze protestants de Dublin, ses ennemis politiques et religieux! lorsque les jurés, poussés à l'indulgence par la peur, et à la sévérité par la haine, ont tant de raisons d'être partiaux que peut-être il ne leur en restera plus pour être justes !

Tout le monde sait dans quelles circonstances est né ce procès extraordinaire. C'était en 1843. L'Irlande était couverte de mee" tings monslres, où l'on s'assemblait par masses de quatre ou cinq cent mille personnes. 11 y en avait près d'un millton à Tara-Hill. Q'Gonnell prétend qu'on les a justement nommés meetings monstres, parce qu^en tout autre pays de pareilles multitudes ne pour-raient se réunir sans des désordres et des violences qui, en Irlande» ont été évités. Il s'agissait, dans ces assemblées, de demander à la reine d'Angleterre, par humble pétition, le repeoL de l'union législative qui rend Tlrlande sujette du parlement anglais; et provisoirement O'Connell annonçait un meeting qui devait elTacer tous les autres, et dans lequel le^ peuple^ irlandais décréterait que l'Irlande seule a le pouvoir de faire ses lois. Ce meeting se tiendrait à Glontarff. OXonnell faisait plus : en attendant que le droit proclamé par l'Irlande fût reconnu, et que la pétition fût accueillie, il annonçait qu'il allait convoquer à Dublin une espèce de parlement provisoire, destiné apparemment à réaliser les vœux du peuple, dans le cas où l'Angleterre ne les satisferait pas; et, pour montrer par des exemples péremptoires que l'Irlande pouvait se gouverner elle-même, il instituait des cours arbitrales qui devaient appliquer les lois, et qui, dignes de toute la confiance du peuple irlandais, suppléeraient aux cours actuelles qui apparemment ne la méritaient pas. On sait au milieu de quelles hésitations le gouverne, ment anglais, effrayé du prc^rès de l'agitation et de la marche

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d'Ô'Gonnell, résolut de Tarréter; comment, la veille même du jour indiqué pour ]e meeting de Clontarff, il déclara ce meeting illégal et séditieux, et commença les poursuites qui ont amené O'Gonnell devant la justi<:e *.

Il n'est personne qui n'ait suivi avec attention les phases de ce procès. Est-il quelqu'un qui pût se vant'er justement d'en avoir prévu les incidents et les solutions?

D'abord la présomption était que le ministère anglais n'engagerait pas cette lutte fondée sur un droit douteux, et qui placerait O'Coimell sur le terrain judiciaire où il est supérieur. Il est aujourd'hui universellement reconnu que ce procès a été une faute. Hais la procédure engagée, qui eût prévu qu O'Gonnell serait condamné par le jury dirlande et qu'il gagnerait sa cause devant la chambre des lords? que dans le pays où il commande en maître, il succomberait sous des influences politiques, et qu'il lui faudrait venir en Angleterre pour être jugé selon son droit? Il y avait bien, pour amener chacun de ces événements inattendus, une cause particulière que Ton pouvait apercevoir. Qu'est-ce qui prétendrait l'avoir vue?

Bien des gens en voyant l'arrestation d'O'Gonnell ont cru et déclaré doctement que tout était fini en Irlande. C'était le coup de mort de l'agitation. Le bon ordre avait le dessus. La mesure était toute naturelle : l'étonnant était qu'on ne l'eût pas prise plus tôt. O'Gonnell était un factieux, un brouillon dont on avait eu le tort de laisser se grossir l'importance. Du reste, le résultat ne pouvait être douteux : du moment où l'Angleterre prenait le parti d'agir énergiquement, il fallait bien que l'Irlande pliât ; il n'y avait plus à discuter, et le faible n'avait qu'à céder au fort. Le procès n'était plus qu'une vaine forme, une sorte de comédie judiciaire, qu*il eût été plus loyal de ne pas jouer. Ces sentiments ont été surtout communs en France, où Ton incline à penser r[ue Tautorité, quand elle frappe, a toujours raison, à moins qu'on ne lui prou\e son tort en faisant une révolution. On ne sait pas en France tout ce qu'il y a de puissance dans une liberté légale, quand tout un peuple la veut, et quand un homme se dévoue avec persévérance à la soutenir. O'Connell est arrêté, soit. Mais il faut le juger, e^

* Les copréTenu6d*0'CônneU étaient MM. Stéele, Barrctt, Th. Ray, G. Diiffr, John Gray et John O'Connell, flis du principal accusé.

quelle tâche que de dompter judiciairement O'Goniiell ! Les mee> tingssont interdits : trés-bieii. Mais il faut qu*un tribunal lescondamne. Il faut qu'on décide que Tlriande ne peut pas demander la révocation de Funion, s'assembler pour exprimer ce vœu, sous l'empire d'une constitution qui reconnaît à tous les citoyens le droit de se réunir et de pétitionner. Mais l'Irlande est rebelle! (Test ce qui est en question. O'Connell est un adversaire ! Oui, cda estvi'ai; mais on oublie qu'il y a des pays où Ton peut être adversaire sans être factieux, et où la longue habitude du régime légal et le respect traditionnel du droit font naître des moBurs constitutionnelles, plus puissantes que tous les intérêts de partis et que toutes les passions politiques.

Arrêtez un instant vos r^ards sur cette salle de Westminster, où siège la chambre des lords assemblée en cour de justice. Un débat qui paraît phis solennel, que douteux, va s'agiter devant elle. C'est le recours d'O'Gonnell, condampé le 50 mai 1844, par le jury de Dublin, à un an d'emprisonnement, et qui défère ce jugemait à la cour des lords * . Il n'y a point d'appel possible de cette sentence; mais il appartient à la chambre des lords d'examiner, non pas si le jury a bien ou mal jugé au fond, mais si les formes prescrites par la loi ont été dans tout le cours de la procédure fidèlement observées. La chambre des lords remplit ici le même office qu'en France la cour de cassation. O'Connell espère peu de cette haute juridiction, qu'il a jadis tant insultée. N'est-ce pas d'elle qu'il a dit dans un jour de colère, et dans un style indigne même de la place publique, que c'était une assemblée de cochons dont le duc de WeUington était le porcher? Ce sont aujourd'hui ses juges*.

* Par rarrât du 30 mai i%U, O'Connell était condamné A rni an d'emprisonnement et A 2,000 liv. st. d'amende (51,000 fr.) et de plus A donner, pour garantie de bonne condutte, pendant sept ans, une caution personnelle de 5,000 liv. st. (127,500 fr.); ses coaccusés étaient condamnés chacun A neut mois d'emprisonnement, A 50 liv. st. d'amende (1,275 fr.) et A une cautioo del,e001iv. st. (25,000 fr.).

* O'Connell et ses partisans s'attendaient tellement A une condamnation, qu'ils n'étaient occupés qu'A démontrer la parfaite insignifiance de Farrèt qu'allait rendre la chambre des lords, et la veille môme de la décision de cette cour, Daniel O'Connell junior prononçait dans l'association du repeul ces paroles textuelles : « It would be quite idle to expert any thing favourable frora the décision of the English judges... »

Cependant, ayant que la haute cour entre en délibération, les magistrats suprêmes de l'Angleterre sont, selon Fusage, introduits dans son sein et y donnent leur avis. Tous, sauf un seul, disent qu'O'Connell a été bien condamné. Cet avis n*est, il est vrai, pour la chambre des lords qu'une consultation, qu'elle peut admettre ou repousser. Mais que peut-il y aVoir de plus dangereux pour un accusé que des raisons de droit, offertes aux passions de son juge? Après avoir tous opiné, les jurisconsultes se retirent, et la cour des lords va délibérer. Elle est aussi nombreuse que de coutume. Cependant un très-petit n(»nbre de ses membres sera peut-être appelé à participer au jugement. Il est d'usage, en effet, que dans les questions judiciaires de leur nature, et portées devant la chambre des lords, ceux qui n'ont jamais été légistes s'abstiennent de juger, et que la décision de l'affaire soit abandonnée exclusive^ ment aux lords qui sont arrivés à la pairie par les dignités de la magistrature. Or il ne se trouve en ce moment dans la haute chambre que cinq membres qui aient ce dernier caractère : ce sont le lord chancelier, lord Brougham, lord Denmati, lord Cottenham et lord Campbell. Appelé le premier à donner son avis, le lord chancelier déclare adopter l'avis des juges contraires à O'Gontiell. Lord Brougham parle et vote dans le même sens. Mais les trois autres, lord Denman, lord Cottenham et lord Campbell, se prononcent en faveur d'O'Connell, qui a ainsi pour lui une majorité, si les lords non légistes suivent l'usage de s'abstenir. Que vont-ils faire? Un mouvement de surprise et d'incertitude éclate dans toute l'assemblée et la tient en suspens. Quoi! O'Connell absous parla chambre des lords, 'qui voterait presque en masse pour sa condamnation ! Quelle solution, et quelles conséquences ! quel triomphe pour l'agitateiu* et pour l'agitation dont il est le symbole! quel échec pour le gouvernement anglais ! Quelle est donc cette coutume suivant laquelle, pour remplir leur devoir, il faut que les lords cessent leurs fonctions? Faut-il mettre en balance le respect d'un usage que le bon sens réprouve, avec la cause de Fordre menacé d'un grand péril? Ainsi raisonnent beaucoup de consciences flottantes ou passionnées, et l'hésitation est naturelle; car, s'il est vrai que la coutume qui les gène existe , elle n'est pas si bien établie ni si souvent pratiquée, qu'elle ne puisse être raisonnablement contestée.

200 APPENDICF.

Combien il est lieau, dans une telle circonstance, de voir un des ministres de la couronne (lord Whamcliffe) se lever, et, dans un noble et simple langage, dire qu'il voit bien qu'une grave difficuhé va naître pour le gouvernement du succès d'O'Connell; que cet embarras serait conjuré si tous les lords, légistes ou non, prenaient part au jugement ; mais qu'il n'a garde de demander à la haute chambre de recourir à un mode de procéder contraire à ses précédents ; qu'à la vérité en s'écartant cette fois de sa r^le, la chambre des lords ferait un acte très-utile au ministère dans le moment présent, mais qu'elle se causerait à elle-même et au gouvernement britannique un préjudice durable, en ébranlant la confiance du pays dans un des pouvoirs constitutionnels de l'Etat.

Et tous les lords non légistes, dont Timmense majorité était contre O'Gonnell, s'abstiennent de voter, laissant la décision aux trois voix qui lui donnaient gain de cause.

Malheur au pays chez lequel de tels exemples n'exciteraient pas l'admiration ; car le premier besoin pour demeurer ou pour devenir un peuple libre, c'est de comprendre la liberté, et les condi> lions auxquelles on la garde après l'avoir cx)nquise.

Évidemmerit toute la chambre des lords et tous les membres du gouvernement désiraient vivement la condamnation d'O^Gonnell; ils la désiraient avec toute l'ardeur des passions de parti que peut éprouver l'Angleterre protestante et tory contre l'Irlande factieuse et catholique. Cependant ce sont eux qui l'ont empêchée ! Ce qu'il y a «d'admirable dans celte circonstance ce n'est pas le jugement, sans doute trèsrconsciencieux des trois lords légistes dont le vote a fait loi ; ces trois lords sont des whigs qui, pour acquitter O'Gonnell et procurer un embarras am torys, n'avaient aucune violence à se faire. Ce qui est beau, c'est la conduite de ces torys qui peuvent prévenir le triomphe d'un ennemi politique, et qui ne le font pas, paVce qu'une règle de justice le leur interdit. 11 y a eu, du reste, dans cette circonstance quelque chose de plus remarquable peut-être que la décision des lords : c'est la sanction de Topinion publique. Tout le monde croyait eu Angleterre qu'O'Connell allait être condamné; tout le monde a approuvé qu'il ne le fût pas. Sur ce point le langage de la presse tory n'a pas été autre que celui de la presse whig et radicale * . En France

* Il est aujourd'hui à peu prés universellement reconnu qu'0*Connè!l n'a*

le fait a paru si extraordinaire, que pour l'expliquer on a supposé quelque combioaison politique très-profonde, recouverte d'un semblant de respect pour les formes légales. Il y a des gens qui voient du machiavélisme partout, et qui ne peuvent pas ci*oire à la vertu d'un principe. Mais quand la diambre haute d'Angleterre, au lieu de suivre une régie, aurait fait un calcul, elle n'aurait point manqué d'habileté ; car elle s'est grandie en se plaçant au* dessus de ses passions, et en gênant le ministère eUe a fortifié le gouvernement.

Après tout, on se tromperait si l'on croyait que du procès d'O'Gonnell et de la sentence des lords dépendait la paix ou le trouble de l'Irlande. Une décision contraire à celle qui a été rendue eût peu changé l'état des choses. Un peu phis tét, un peu plus tard, O'Gonnell avait son triomphe assuré; soit que gagnant sa cause, comme il lui est arrivé, il reparût en vainqueur parmi ses concitoyens; soit que, subissant sa peine jusqu'au bout, il sortit de sa prison avec la couronne du martyre. C'est une égale erreur de croire que la condamnation d'O'Connell avait rétabli la paix en Irlande, et que son acquittement Ta replongée dans l'agitation. Non la question d'Irlande n'est ni dans la perte ni dans le gain d'un procès, pas même quand de ce procès dépend la liberté d'O'Connell. Qu'O'Gonnell fût poursuivi ou qu'il ne le fût pas, que le jury lui donnât un verdict favorable ou contraire, que les lords ratifiassent ou non la sentence de condamnation, la question restait toujours à peu près la même. Ce qui fait la question d'Irlande, ce n'est ni le ministère, aii le jury, ni la chambre des lords, ni O'Connell; c'est l'Irlande elle-même, c'est sa sainte cause, c'est sa misère sociale, c'est son oppression passée, ce sont les marques de servitude qui lui restent au frbnt; ce sont des millions d êtres humains qui meurent de faim; c'est toute une population profondément religieuse qui subit Tinsolénte suprématie d'un autre culte.

vait pas éiè ré^Uéremont condamné. Les vices principaux et aviVrés d^ la procédure étaient : • 1* qu'on l'avait condamné pour des faits qui d'après la loi anglaise ne constituent ni crime ni délit; 2* le jury de jugement n'avait pas été composé loyalement, puisque cinquante ou soixante noms avaient élé arbitrairement rayés de la liste générale. C'est ce second grief qui parait avoir déterminé l'opinion de lord Denman, dont la parole a produit sm* toute la chambre des lords une si vive impression.

Rien ne. iMrouve*t-il mieux que le procès d*Û'C!onneIl à que point il existe en Irlande un fond des choses inhérent aux entrailles même du pays, indépendant des circonstances accidenteUes qui viennent sWrir à la surface? On peut dire que dans ce procès tout est arrivé au rebours de ce qui était prévu et probable ; et tout a tourné au profit de llrlande. Les événements eussent été Fopposé de ce qui s'est accompli, et les conséquences eussent peu varié. Qu'on se fût abstenu de poursuivre O'Gonnell, Tagitation suivait son cours; on a fait le procès, Tagitation s'en est accrue. Le jury condamne, de là grande irritatictti populaire qui excite 'le mouvement; la cour supérieure absout, de là une autre excitation qui natt des joies de la victoire. A la nouvelle de la condamnation d'O'Gonnell les fonds du repeal afQuent de toutes parts, et des Irlandais éminents, jusque-là opposés à O'Gonnell , puissant, se dédarent partisans de l'homme persécuté. Est-il acquitté? les souscriptions et les conversions se multiplient ; et le succès a ses sympathies comme le malheur. Quand on a contre sot de certaines passions, il faut s'attendre, quoi qu'on fasse, à les trouver hostiles; bonheur, malheur, elles tournent tout dans leur sens, et tirent le même parti de la joie enthousiaste que de la douleur indignée. L'émotion est égale en Irlande le jour où O'Gonnell est jeté dans un cachot, et le jour où la liberté lui est rendue.

Est-ce à dire que tout soit fatal dans le mouvement de l'Irlande ; que le choix de la conduite à tenir soit indifférent^ et que faction individuelle des hommes et des partis n'ait aucune influence sur le cours des événements, qu'il faudrait alors abandonner à eux-mêmes? Non, sans doute; on veut montrer seulement combien est faible la portée des faits secondaires là où des causes principales exercent leur empire. Non, tout n'est pas fatal dans les événements de llrlande, et l'homme, dans sa prudence, peut agir sur les choses. Il le peut, mais à une condition, c'est, quand il veut guérir un mal, qu'il se prenne non à ses effets, mais^ à ses causes. C'est qu'au lieu d'attaquer O'Gonnell, l'agitation et les meetings, il s'adresse aux causes qui font naître les meetings, créent l'agitation et construisent ta puissance d'O'Gonnell. On confond ^ans cesse les symptômes sous lesquels un mal se produit avec le mal lui-même; et l'on se con-

sume en efforts pour détruire un effet extérieur qui, un instant après, reparait sous une autre forme, parce que sa cause première subsiste toujours. On croit qu'une victoire immense sera rem-* portée si une pétition irlandaise est déclarée illégale et séditieuse. Qu'importe cependant si la douleur qui a dicté la plainte est toujours aussi vive? Ce n'est pas la plainte, ce n'est pas la liberté de ceux qui se plaignent qu'il faut supprimer; c'est le mal, le mal d'où naissent les murmures qui le dénoncent et les efforts qui le combattent. Le gouvernement anglais, dans sa colère à l'aspect des agitations toujours renaissantes de l'Irlande, ressemble à ces sauvages qui, voulant défricber une forêt, coupent par le pied tous les arbres sans toucher la racine^ et s'indignent chaque année des efforts d'une végétation persistante qui sans cesse reparait quoique sans cesse combattue.

Mais s'il est vrai que la plaie soit aux entrailles mêmes de l'Ir^ lande, quel remède faut41 y porter? O'Connell répond qu'il n'y a d'autre remède aux maux de llrlande que le repeal, c'est^-dire la révocation de l'acte législatif qui, en l'année 1800, a aboli le parlement irlandais et chargé le parlement anglais de donner des • lois à rirlande. Mais ici plusieurs questions gravent se présentent Le repeal est-il possible? Qu'en pense O'Connell lui-même? Le poursuit-il comme un but qu'on croit pouvoir atteindre, ou l'em-^ ploie*tril seulement comme un instrument de guerre? Ce sont là des questions qui méritent un examen particulier.

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