‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 118 sur 219 · LE REPEAL EST-IL POSSIBLE · texte numérisé non relu

LE REPEAL EST-IL POSSIBLE

Avant d'examiner si le repeal serait efficace pour guérir les maux d'Irlande, voyons d'abord s'il est possible.

Il est certain que l'Irlande presque tout entière le veut. Dans l'origine et pendant longtemps le repetU n'avait de partisans que parmi les classes inférieures; aujourd'hui il a non-seulement pour

iôi * APPENDICE.

lui les masses -populaires et le bas clergé, si étroilemeiit lié au peuple en Irlande, mais encore presque toutes les classes moyennes, la plupart des évêques et une partie de Taristocratie. Enfin le mouvement àurepeal, jadis concentré dans l'Irlande catholique/ a gagné rirlande protestante. Ce progrès se montre surtout depuis le procès d'O'Gonnell. Dans ce pays où toutes les (questions ont été pendant des siècles exclusivement religieuses, le repeal ne fut ior^mps pour les protestants irlandais qu'un drapeau du parti catholique. C'est une des grandes habiletés d'O'Connell d'avoir su eflacer du repeal toute couleur religieuse et d'en avoir iait une question purement nationale. Rien n'est plus fréquent^ujourd'hui que de voir des ministres des Églises protestantes s'enrôler solennellement sous la bannière du repeal qu'ils avaient jusqu'alors combattu. Tout récemment une ville d'Irlande qui fut toujours considérée comme le foyer de l'organisme le plus ardent, Londonderry, entendait dans ses murs une protestation s'élever en fa^ veur du repeal, La question n'est ni religieuse ni politique, elle est irlandaise. L'Irlande ne voit pas seulement dans le repeal un moyen de faire elle-même ses lois, elle y trouve encore un moyen de retenir dans son sein ses législateurs; elle croit que le jour où elle aura un parlement à elle, elle sera délivrée du fléau de l'absentéisme, et que tous les grands propriétaires, «obligés de résider en Irlande au moins la moitié de l'année, rendront au pays un peu des richesses qu'ils reçoivent. Enfin un grand nombre d'Irlandais, qui jusqu'alors s'étaient prononcés contre le repeal , viennent de se rallier à sa cause au moyen de la théorie du fédéralisme. Ils ne veulent point, disent-ils, le repeal pur et simple de l'union législative. A la vérité, ils demandent comme O'Connell un parlement irlandais; mais ils voudraient que l'Irlande, régie par ce parlement pour toutes ses affaires locales, demeurât soumise au parlement britannique pour toutes les questions extérieures et d'un intérêt commun. Dans ce système l'Irlande serait vis-à-vis de l'Angleterre dans la même situation que l'Etat de New-York vis-àvis du congrès américain. Elle aurait sa législature propre : ce qui ne l'empêcherait pas d'envoyer des représentants au parlement impériiil. La nuance qui distingue le repeal et le système d'une union fédérale est sans doute grave en elle-même; et le fédéralisme a en ce moment pour partisans en Angleterre des hommes

qui seraient certainement les adversaires du repeuL Mais le plus grand nombre en Irlande n'aperçoit pas ces nuances. Il ne voit en général dans le système d'une union fédérale qu'une forme nouvelle du repealy adoptée surtout par ceux qui, jusque*Ià, opposés au repealy avaient besoin d'un expédient pour se. rallier à la cause populaire.

Quoi qu'il en soit, le mouvement qui pousse l'Irlande vers le repeal est non-seulement général, mais encore il est à cette heure complètement organisé. L'association nationale qui , chaque semaine, se réunit à Dublin, se nomme à présent Tassociation' du repeal, La souscription pour le repeal se paye comme un impôt régulier dans toutes les paroisses d'Irlande; elle est recueillie par des agents officiels de l'association appelés ag^ts du repeal ( Ae* peaVs wardem ) , que surveillent des inspecteurs égaleiâent nommés par elle (inspectors ofBepeal guardiam). On calcule que cette année la souscription ne sera guère moindre d'un million de francs. Lay ville de Dublin seule y a contribué, en six mois, pour une somme de 4,489 livres sterling (c'est-à-dire 124,669 francs). C'est un spectacle vraiment extraordinaire que celui du développement qu'a pris en deyx années la question du r^ea^ qui n'était à son origine que l'opinion d'un parti et qui semble aujourd'hui la volonté de tout un peuple. On peut affirmer que plus des trois quarts des habitants de l'Irlande sont aujourd'hui pour le repeaL Le plus curieux serait de rechercher par quel art prodigieux OGonnell est parvenu à organiser le mouvement du repeal et à le propager ; comment il a réussi à former des convictions plus profondes peut-être que la sienne; par quel mélange singulier d'audace et de prudence, il a excité les uns et rassuré les autres; eâli^ainé ceuvci par le patriotisme, ceux-(à par l'intérêt, d'autres par la vanité, d'autres encore par la cramte ; et créé enfin en faveur du repeal un mouvement d'opinion publique presque irrésistible : car il est bien malaisé, quand une passion générale est ainsi dominante, de lutter longtemps contre elle; et dans les pays libres, où le peuple intervient sans cesse par ses suiïrages, il faut une force d'âme peu commune pour garder longtemps une opinion impopulaire. Enfin il existe en faveur du repeal quelque chose de plus grave que son développement extraordinaire en Ir^ lande, c'est son progrés en Angleterre. Jusqu'alors dans ce pays

on nait d'0*CanneU et de ses plans; maintenant on ne les approuve pas assurément, mais on les discute. Le 7*epâal est, si Ton yeut, une mesure fausse, dangereuse; ce n'est plus une utopie.

Ainsi il est certain que non-fieulement l'Irlande veut le repeal, mais encore qu'elle le veut avec passion, comme le remède aux . maux dont elle souffre, et qu'elle s'agite tout entière pour l'obtenir. •

Cependant, plus on considère la situation respective de TAn* g^terre et de l'Irlande, et plus on demeure convaincu que le r^ peal ne s'accomplira pas.

Il serait sans doute déraisonnabte de dédarer dogmatiquement impossible le rétablissement du parlement irlandais. De quelle chose peut-on dire qu'elle n'arrivera jamais? Il n'est guère en Irlande qu'une seule impossibilité qui puisse être proclamée en termes absolus : c'est l'impossibilité pour l'Irlande de se séparer de l'Angleterre, de rompre non pas seulement le lien législatif, mais encore le lien politique, de former tout à la fois un gouvernement et un peuple à part. U est évident que c'est une séparation à laquelle r4ngleterre ne consentirait jamais; Elle emploierait à la combattre tout ce qu'elle a de puissance. Le jour où cette scission aurait lieu, l'Angleterre pourrait exister encore, l'empire britannique ne serait plus ; et teUe serait aujourd'hui la folie de l'Irlande si elle tentait une semMable entreprise, qu'on peut affirmer avec une^ égale assurance que FAngleterre, à aucun prix, ne céderait dans la lutte, et que Flrlande ne l'engagera pas.

Mais la séparation législative est , il faut bien le reconnaître , autre chose que la séparation politique. Le repeal que veut l'Irlande n'aurait point pour conséquence de faire de l'Angleterre et de l'Irlande deux États indépendants Tun de l'autre^ mais seulement de rendre à l'Irlande le parlementqu'elle avait autrefois. L'établissement d'un parlement irlandais n'a sans doute rien que de trèscompatible avec la constitution britanique. Car le parlement d'Irlande a existé pendant plus- de six cents ans et n'a cessé d'être qu'en 1800. Ceux qui voient une nouveauté singulière dans l'instL tution de la législature irlandaise ne tiennmt aucun compte de l'histoire : ce qui est nouveau ce n'est pas la séparation , c'est l'union législative des deux pays, qui ne date que <i'un demi-siècle. La rupture du lien parlementaire et la séparation politique tien-

nent sipeuTunê à l'autre / que pendant tout le temps qu*ont existé côte à côte le parlement d^frlande et celui d'Angleterre, Tunion politique des deux pays n'a jamais cessé; et Flrlande soumise alors comme aujourd'hui à la couronne d'Angleterre, n'a jamais sérieusement mis en question sa dépendance. Apparemment le parlement d'Angleterre lui-même croyait l'indépendance législative de l'Irlande très»condliable avec sa sujétion politique, puisqu'en 178S, à l'époque où l'tmion de l'Angleterre, et de l'Irlande lui paraissait le plus désirable, il reconnaissait solennellement que jamais le parlement anglais n'avait eu le droit de faire des lois pour Vif lande ni de porter 'atteinte à Vindépendanee du parlement irlandais ^ A la vérité le parlement anglais a aboli cette déclaration le jour où il a décrété l'union législative de l'Irlande avec l'Angleterre : mais qui l'empêche aujourd'hui de revenir au principe de 1782, et d'abroger l'acte de 4800? Ces alternatives de vie et de mort dans la législature irlandaise, indépendantes du lien politique qui ne meurt j»nais, ne prouvent-elles pas mieux que toute autre chose que c'esi une question , non de constitution , mais de l^islation? Pourquoi donc proscrire comme chiftiérique dans l'avenir ce qu'on a vu existant dans le passé?

Cependant, en admettant la différence grave qui existe entre la séparation politique et la séparation parlementaire de l'Angleterre et de l'Irlande, et sans méconnaître que celle-ci serait quelque diose de moins impossible que celle-là, on aurait tort de conclure que Tune a plus que l'autre des chances sérieuses de réalisation.

D^abord il y aurait dans la setde séparation législative quelque chose de contraire à la tendance universelle des peuples de notre t^Bps, dont les gouvernements inclinent bien moins au fédéralisme qu'à la, centralisation. Suivant la loi générale qui semble pousser le monde, l'Irlande, au lieu de se distinguer par de nouveaux traits du pays dont elle dépend, tendra de plus en plus à s'y fondre entièrement cm une seule et même nation. Les antipathies entre l'Angleterre et l'Irlande, quelque vives qu'elles soient aujourd'hui, l'ont été jadis bien plus encore : ce qui n'a pas empêché de se poursuivre sans aucun relâche le travail de cohésion qui la rapproche de l'Angleterre, et qui a déjà resserré dans les liens de l'empire britannique le pays de Galles et l'Ecosse.

* G*ett le texte même d'une résolution du parlement anglais.

Considérons aussi que bien loin que l'existence antérieure du parlement irlandais soit un argument pour son institution nouvelle, ce passé élève la plus grave objection contre sa renaissance. Il y a pour TAngleterre un empèdiement d'orgueil à relever ce qu'elle a détruit ; et il serait plus facile de créer pour Tlrlande une législature qui n'aurait jamais existé, que de rétablir celle qui n*est plus. Rien de plus simple assuràinent que de concevoir se* parés lun de llautre les parlements de deux peuples comme Tirlande et r Angleterre ; mais c'est à la condition^ qu'ils n'aient pas déjà été confondus -en un seul. Cette réunion une fois opérée, il "clevient très-diffîcile de les imaginer distincts» ou du moins c'est une idée qui n'entre pas aisément dans Tesprit du pays au prdlt duquel la fusion s'est opérée. Quand l'Irlande avait son parlement, ce fut un progrés de- la puissance britannique de le détruire; le relever après sa ruine serait pour elle un pas rétrograde. L'Angleterre n'a jamais rien enduré de pareil de la part de Flrlande; et c'est à tort que l'on éta^irait une c(M»paraison entre ce qui arriva en 1782 et ce qu'O'Connell veut faire aujourd'hui. En 1782 le |>arlemént irlandais existait; on ne le créa pas; on lui restitua seulement l 'indépendance que lui avait enlevée la loiPoyning*. Aujourd'hui il s'agit, non d'affranchir le parlement irlandais qui n'existe pas, mais de 4e créer après qu il a été aboli. Ah ! sans doute si l'Angleterre était engagée dans quelque grande guerre qui mit en péril sa puissance au dehors, si l'Europe était en feu, si dans le même moment l'Inde et le Canada se montraient menaçante, rirlande mettant sa tranquillité au prix d'un parlement loQ3l pourrait ^obtenir. Mais y a-t-il aujourd'hui dans le mouvement de l'Europe et du monde rien qui offre à l'Irlande la chance de tels auxiliaires?

Enfin. il existe contre le rétabhssement du parlement irlandais une objection encore plus profonde : c'est que l'existence de ce parlement ne serait peut-être bonne ni pour l'Angleterre ni pour 1 Irlande. N'es,t-ce pas encore l'expérience qui l'a démontré?

Un parlement ne saurait s'établir en Irlande sans entrer aussitôt en lutte avec le parlement anglais, à moins qu il n'accepte pu-

* Sous Henri VlI;'cetLe loi établissait que nulle question ne pourrait être soumise aux délibérations du parlement d'Irlande, sans le consentement préalable du parlement anglais.

remcnt et simplement la domination de celui-ci. Hais alors, de deux choses Tune, ou il est indépendant ou il 9e Test pas. S'il ne Test pas, s'il accepte entièrement le joug que le parlement anglais doit vouloir lui imposer» à quoi sert à l'Irlande de posséder une représentatiouv propre, nrais servile? Ou bien le parlement dlr^ lande sera véritablement indépendant du parlement d'Angleterre : et dans ce cas concevez-vous bien Texistence simultanée de- ces deux parlements, placés côte à côte, rendant sur les mêmes matières des décrets contradictoires, si ce n'est hostiles les uns aux autres? Tun détruisant ce que Tautre travaille à maintenir; celuici élevant à grands frais telle institution, que celui-là s'applique à renverser ; le parlement anglais veillant avec une pieuse sollicitude sur la moindre parcelle de la constitution britannique, et l'entretenant comme une sainte relique; dans le même moment le parlement irlandais s'attaquant ouvertement à cette constitution, dont le principe protestant est antipathique a la vie de l'Irlande ; ici l'Ëglise anglicane honorée par le parlement, et respectée jusque dans ses plus criants abus ; là cette Éghse haïe et pris^ pour point de mire de toutes les agressions de la législature; à West^ mimter tous les privilèges de l'Église et de la propriété féodale défendus et conservés ; à Cclkge-Green * les {mêmes privilèges battus en ruine et foulés aux pieds. Croit-on que l'accord des deux pays pût durer longtemps au milieu de dissidences si profondes? et cependant qui peut nier que l^s dissidences n'existent, quand on compare l'état social et politique des deux pays? Dans deux Ëtats voisins, mais séparés l'un de l'autre, la tribune de deux parlements fonctionnant constamment en sens o[^osés, occasionne certainement des griefs mutuels et quelques embarras ; car ces deux tribunes créent deux propagandes contraires, et destinées à s'eutre-cboquer sans cesse. Hais combien plus graves sont l'ébranlement et la perturbation lorsque c'est dans le même État que les deux tribunes sont élevées en même temps l'une contre l'autre ! . . . Si le repeal est impossible, comment donc OXonnell peut-il le vouloir? Il est bien certain qu'il le demande. Le repeal est, depuis plusieurs années, le sujet presque unique de ses discours. Ii ne cesse de répéter, qu'il n'y a de salut pour l'Irlande que dans le

* Lieu désigné à Dublin pour les séances du futur parlement irlandais.

270 APPEII0ICE.

repeal. G^estle thème de ragitdtion irlandaise depuis 1843, et qui a abouti à son procès. C'est le thème de toutes les déclarations sorties de sa prison pendant les trois mois qu'il y a passés. Rendu à la liberté, son premier mot est le repecd.- Lorsque, pour célébrer sa victoire, im grand banquet tiational est organisé, O'Gonnell veut qu'on l'appelle le banquet du repeal. Pendant sa mardie triomphale de DuÛin à Darrynane-Âbbey S partout où les populati(ms, ivres d'orgueil et de joie, viennent saluer la liifératwn de leur libérateur y le peuple avide recueille de sa bouche ces paroles solennelles : « le repeal, rien que le repeal, point de transaction sur le repeal. » Enfin, même dans son dernier manifeste du 2 octobre, daté de Darrynane, et que l'on a bien à tort considéré conune ,un pas rétrograde dans la questiim du repeal, O'Gonnell dit ez^ pressément t « Voici pour tous les Irlandais le moment de s'unir étroitement afin d'obtenir le rétablisement du parlement irlandais, sans lequel il n'y aura jamais de tranquillité durable en Irlande^. On ne peut dotic nier que le repeal ne soit au moins le butappa* rentd'O'Gonnell. Gomment donc O'Gonnell poursuit-il un but impossible ?

O'Gonnell est, sans contredit, de tous les hommes qui, de notre temps, jouent un grand Me sur la scène du monde, le plus positif, et pour employer une expression usitée, le plus pratique, qui se ptiisse rencontrer. Tout en lui est prudence, calcul, réflexi(»i. Les poétiques expres»ons dont sa parole abonde, adressées aux multitudes, avides de sa voix, prouvent sans doute la richesse de son imagination, et témoignent dés élans de son cœur ; mais rien de ce qui sort de sa.bouchéja'écbappe au contrôle de sa raison. Et ce qui, au milieu de toutes ses grandes facultés, Ta toujours rendu supérieur dans la conduite des événements, ce n'est ni son âo-* quence passionnée, ni son activité infatigable, ni son admirable persévérance ; c'est l'excellence et la constance de son bon sens. Comment donc O'Gonnell, qui répugne à tout ce que son jugement n'approuve pas, poursuit-il le repeaU dont le succès paraît, une chimère? Gomment expliquer cette énigme d'un homme qui,

* Nom de l'habitation dt)*Connell en Irlande.

* This is emphatically the time for oatholic and protestant non repealers to join nvith us in procuring the reestablishment of the Irish parliament, nvithont nvfaich there can be no lastin'g tranqnillity in Ireland. .

APPB^•DICE. 271

trè^-évidemineiit) fait une entreprise dont, non moins évidemment, sa raison lui d^end dVspérer le succès?

Serait-ce, ainsi qu'on Ta prétendu, l'entreprise d'œi vieillard, aifaibli par Tâge, tombé dans Tégoîsme, dans cette personnalité viotente et aveugle qui perd tant de grands hommes au déclin de ieinr carrière? Serait-ce le calcul d'une ambition cupide qui, recevant du peuple beaucoup d'or et de pouvoir, en retour de ses services, ne peut se résigner à ètre.ni moins riche ni moii^s puissante, et, quand son^ rôle a cessé, s'obstine à le continuer ? Seraitce» ettfm, le dernier essai d'une existence immense, qui, ayant été tout ce qu*o& peut être sous l'empire des lois, rêve quelque chose de nouveau et d'inconnu, aime mieux risquer toutes ses gloires passées que de n'en pasdiercher quelque autre, et s'égare dans des eiforts aventureux et stériles? Cet homme qui a plus de pouvoir qu'aucun souverain de TËurope, et auprès duquel le pré. sident de TUnion américaine ne possède qu'une ombre d'autorité, trouverait-ail que ce n'est pas assez que d'être O'Connell?

On ne pose id ces questions que parce qu'elles ont été soulevées ailleurs. De pareilles imputations ne se discutent pas. Le caractère de l'homme politique les condamne ou les justifie. Disons seulement que la plupart des soupçons dont O'Connell a été Tobjet s<»it ridicules, et ajoutons que ceux qui lui imputent d'avoir engagé la question du repealy en vue seule de maintenir sa faveur chancelante, lui reprochent un mabque de patriotisme et de générosité dont précisément il a fait preuve.

Assurément s'il fut un moment critique pour l'influence d'O'- Gonnell en Irlande^ ce fut vers les années 1857 et 1858, à l'époque où, le ministère wbig ayant opéré dans ce pays un certain nombre de réformes, l'agitation populaire s'était singulièrement calmée. Il est certain qu's^ors, et l'auteur de ce livre en a été le témoia oculaire, l'irritation des partis était sinon détruite, du moins très« apaisée ; les plaies de Tlrlande n'étaient pas guéries, mais quelques^ unes se fermaient, et toutes étaient adoucies. Le pouvoir exécu* tif inclinait manifestement pour la masse de la nation contre le parti orangiste ; et si des clameurs violentes étaient encore poussées, elles ne partaient guère que de la minorité protestante et tory, indignée de se trouver en butte à uhe partialité qu-elle avait toujours eue en sa faveur. En même temps que ce fait se passait, il

s'en accomplissait un autre qui n'était que la conséquence naturetle du premier. A mesure que la tranquillité se rétablissait en Irlande et que les partis y perdaient de leur violence, on voyait baisser sensiblement la puissance d'O'Connell; non qu'il cessât ' d'être grand, mais il était moins nécessaire. Gomme la lutte n'était plus imminente» le peuple pensait moins à son chef. O'GonneIt ne cessait pas d'être le premier personnage de l'Irlande, mille i^is supérieur à tous ses concitoyens ; mais déjà il commençait à avoir pour rival l'empire des lois qu'il avait en lui-même la gloire de fond<n*. Ce déclin, il est vrâi, ne fut pas de longue durée, et le re* tour du ministère tory ne tarda pas, en ranimant l'agitation en Irlande, d'y reconstruire encore une fois et sur une base plus haute que jamais la puissance du libérateur. Cependant, que fit O'Ckinnell dans le moment où son crédit parut en péril? Témoigna-t-ii par aucun de ses actes la volonté de remuer à tout prix rirlande pacifiée? Certes, e^était le cas ou jamais d'agir ainsi, si un sentiment personnel eût seul dominé sa condtiite. C'est alors qu'il se fût montré aventureux s'il avait jamais dû l'être. 11 n'en fit pourtant rien. Quoique sa faveur fût visiblement menacée, son bon sens, peut-être aussi son patriotisme, lui interdisaient de crier à l'agitation quand tout était à la paix. En présence de l'Irlande tranquille, il fut calme lui-même, au risque d'être moins populaire. Maintenant conçoitK>n bien que le même homme qui en i857 ne faisait rien pour relever son mfluence en déclin, recoul'ût en 1 843 et en 1844 à des expédients désespérés pour sauver sa puissance que rien n'attaque, et qui, au contraire, par l'effet de causes toutes naturelles, est plus grande qu'elle n'a jamais été?

Laissons là les suppositions injurieuses ; tâchons d'expliquer la conduite des grands hommes autrement que par de bas motifs d'ambition égoïste ou de sordide intérêt. Voyons ce qui peut porter O'Connell à demander le repeal. En supposant que sa rai« son juge cette entreprise impossible, quels motifs honorables peuvent l'exciter à la poursuivre sans en espérer le succès?

Plus on réflédiit sur la situation extraordinaire de l'Irlande, sur la nature de ses griefs, et sur les obstacles qu'elle rencontre devant elle, pins on est convaincu que le repeal n'est point pour O'Couneir un but, mais -un moyen. C'est une arme qu'il juge

nécessaire dans la lutte difûcile qu'il soutient et sans laquelle il croit que Tlrlande n'obtiendrait pas ce qu'elle est en droit de denïander à TAngleterre. Pour atteindre le but, O'Connell vise plus haut. 11 demande ce qu'il ne peut obtenir, à rAnglelerre qui refuse ce qu'elle devrait donner, pour arriver à la seule chose possible entre ces deux extrêmes, à une transaction. Le repeal est impossible, soit; mais l'union telle qu'elle existe ne Kest-elle pas aussi? O'Gonnell n'obtiendra pas la séparation législative de l'Irlande, on l'admet: mais obtiendrez-vous que l'Irlande demeure tranquille sous le régime auquel elle e^t sujette? Si c'est folie que de vouloir soustraire l'Irlande aux lois de l'Angleterre, croyezvous qu'il soit sage de vouloir la laisser sous le joug des lois qu'elle repousse? O'Gonnell travaillant avec ardeur au succès du repe(U vous semble un visionnaire et un insensé. Mais l'Angleterre roulant gouverner l'Irlande avec la suprématie protestante vous parait-elle sage?

Entre l'Angleterre qui veut imposer à l'Irlande une condition que celle-ci ne saurait souffrir, et l'Irlande qui demande à l'Angleterre ce que celle-ci ne saurait lui accorder, entre ces deux exagérations qu'y a-t-il de possible, si ce n'est de mutuelles concessions? Qu'on étudie à fond la politique d'O'Gonnell, et Ton se convaincra que c'est là ce qu'il poursuit au fond de son âme, en apparence si ouverte, en réalité si cachée.

11 en est qui prétendent qu'OTiOnnell ne veut pas de transaction , par la seule raison qu'il déclare sans cesse qu il ne transigera pas. Mais qui ne sait que la première condition de succès, pour qu'une transaction soit offerte» c'est qu'elle ne soit pas demandée?

D'autres, tout en reconnaissant lès justes griefs de l'Irlande, lui font un crime d'employer pour les défendre le moyen du repeal, et croient qu'elle obtiendrait bien plus sûrement le redressement de ses griefs, si elle n'y mêlait point la poursuite d'un but impossible à atteindre. Ceux qui font ce reproche à rirlande méconnaissegt entièrement les conditions auxquelles il est donné à ce pays de réussir dans ses luttes contre l'Angleterre.

Pour soutenir ces luttes, il a fallu et il faudra encore à Tlr-

ande la réunion de deux choses, la force et le droit. Sans la

orce, rirlande n'obtiendra jamais rien de l'Angleterre. Or su

force vis-à-vis de l'Angleterre, cecst l'agitation. Pour O'Connell,

27i APPENDICE.

le grand moyen d'agitation, c'est le repecA. Et ce n'est pas au hasard qu'il choisit cet instrument; il le prend, parce que c'est le meilleur, et le plus sûr.

11 Y a en Irlande une question profbndém^t nationale, et qui résume en quelque sorte tous les griefs et toutes les passions de rixiande : c'est le repeal; le repealy qui dans la pensée du peuple ne veut pas dire seulement la révocation de l'union parlementaire, mais signifie encore la ruplure même du liai politique, la béparation id)solue, la haine, du conquérant, le mépris et l'aboliiicm de ses lois. Ce n'est qu'au nom du repeal qu'on peut remuer l'Irlande jusque dans ses entrailles. H ne s'agit pas de savoir si le repeat est possible, mais bien si sans le repeal on peu| exciter en Irlande l'agitation, qui est la première condition de force ppur l'Irlande. Ce n'est qu'au moyen du r^p^ai qu'O'GounelI crée en Irlande cette agitation profonde et continue qui seule commande lattention de l'Angleterre et provoque sa justice.

Il ne faut pas perdre de vue le sentiment qui domine en Angleterre toucliant ririande. Bien des Anglais sont loin de considérer comme justes et raisonnables les réformes dont en Irlande la nécessité est manifeste pour tous. L'Irlande est &a général peu connue des Anglais, qui en détournent les yeux comme d'un objet incommode, à moins que leur attention ne soit violenmient attirée par quelque grand événement. Laissée au courant naturel de ses sentiments, l'Angleterre donnera bien de loin en loin quelques marques d'intérêt à l'Irlande malheureuse et tranquille; mais, soit préjugés de race, soit antipathies de religion, elle ne fera rien de i^us pour Tlrlande, à moins que Tlrlande en s'agitant ne trouble le repos de l'Angleterre elle-même, O'Comiell connaît bien les Anglais, et avant de leur parler de son bon droit, il commence par leur montrer sept millions d'hommes levés et résolus à ne se rasseoir qu'après avoir obtenu justice. Sept millions d'Irlandais I c'est bien peu de chose sans doute en face de la grande puissance de l'Angleterre! mais c'est ici surtout que pour dévaluer des forces respectives, il ne faut pas compter sèchement des chiffres. 11 n y a rien de si puissant (ju'une petite force mise au service d'une cause très-juste. Tel est à vrai dire le secret de l'Irlande, capable malgré son infériorité relative de tenir l'Angleterre en échec. *

Combien d*Ânglais qui, abandonnés aux inspirations seules de leur conscience, n'approfondiraient point les misères de TJr lande, et fermeraient Toreille à ses plaintes, et qui voyant Tlrlande entière debout et menaçante, considèrent plus attentivement ses maux, et se demandent s'il n'y aurait pas dans ses griefs quelque chose de légitime? Combien sont très-attachés au principe protestant, et qui, s'il fallait pour dompter l'Irlande catbdique ainsi insurgée, Técraser à coups de mitraille, se sentiraient chancelants dans leur for intérieur, et seraient peujb-ètre les premiers à blâmer le ministère qui aurait recours à de violents moyens de répression? C'est là, il (autbien le reconnadtre, l'état réel des esprits en Angleterre au regard de l'Irlande. Et cette disposition ne date pas d'aujourd'hui. Voilà pourquoi l'Angleterre , en 1829, 'donna l'émancipation aux catholiques d'Irlande; voilà pourquoi, en 1853 et durant les années suivantes, elle concéda à l'Irlande la réforme des church-rates (taxes^de fabrique), la réforme des corporations municipales, la conversion de la dime en rente fixe, puis la réduction de cette rente, etc. 11 est plus que probable que l'Irlande n'eût obtenu|aucune de ces choses si elle les eût réclamées au nom de la seule équité. Mais alors comme aujourd'hui l'Irlande étalait sa force, en invoquant son droit. Alors aussi elle se levait tout entière à la voix du libérateur; et, remarquez bien ceci, ce qu'elle demandait alors à )iaute voix, c'était précisément ce qu'elle réclame encore aujourd'hui, le rèpeal de l'union, qui ne lui fut pas accordé mais provoqua d'autres concessions dues à l'agitation du repeaL Dans toute circonstance analogue l'Angleterre hésitera toujours à engager contre l'Irlande des conflits dont le monde entier doit être témoin, et qui ne sauraient se produire sans ramener l'exameu des maux du peuple qui souffre, et du droit de l'oppresseur.

Mais l'Irlande, pour réussir dans sa lutte, n'a pas seulement besoin d'appuyer son droit sur sa force; il lui faut aussi, en déployant sa force^ ne jamais sortir du droit. Son agitation n'est efiicace qu a la condition d'être constitutionnelle. Situation étrange et tejrible d'un peuple dont les efforts, pour être puissants, doivent toucher presque à l'insurrection, et qui deviennent dangereux s'ils 'dépassent les limites légales : opprimé s'il se résigne, esclave s'il se révolte, libre s'il sait combattre la loi sans l'enfreindre.

L'Irlande a affaire à un maître pour lequel la légalité est d'un trés-^rand poids. Les mœurs en Angleterre ne sont pas précisément douces, mais elles sont parlementaires et constitutionnelles. Quand Tirlande se plaint de manquer de pain pour nourrir ses habitants, l'Anglais fait peu d'attention à ce cri de détresse, et il éprouve un secret mépris pour Thomme qui ne sait pas vivre heureux sous Tempire de la constitution britannique. Mais si Tirlande dénonce une atteinte portée à sa hberté politique, si elle accuse le gouvernement de la gêner dans Texa^cice du droit de pétition, dans la liberté de s'assanbler en meetings, etc., alors 1 Anglais le plus partial contre Tlrlande reconnaît qu*elle a raison» car à ses yeux la liberté dolitique est le moyen du bien-être, e^ vainement le gouvernement prétextera les difficultés que lui suscite l'agitation irlandaise. Nul ne le plaint. C'est le .métier du pouvoir de rencontrer sur son chemin de tels embarras, et malheur à lui si pour les vaincre il sort du cercle sacré de la constitution ! Voyez l'universel cri de blâme qui en Angleterre accueille la destitution de quelques juges de paix irlandais révoqués pour avoir assisté aux meetings du repeal, comme si te droit d'aller à un meeting n'était pas garanti par la charte à tous les citoyens! Voyez le procès d'O'Connell, la décision des lords, et l'assentiment général de l'opinion publique en Angleterre ! Mais malheur aussi à l'Irlande si pour combattre ses maux elle emploie des moyens qui soient contraires aux loisl malheur à ceUe des deux parties qui perdra ses droits aux sympathies constitutionnelles de l'Angleterre!

Considérez attentivement tous les actes d'O'Connell, et vous verrez que sa préoccupation principale, après qu'il a, de tout son pouvoir, agité l'Irlande, c'est de renfermer ce nnouvement dans les bornes légales. Où trouver une seule de ses harangues où, à côté de l'excitation passionnée, il ne place aussitôt le conseil, ou plutôt l'ordre de ne pas offenser les lois? Avec quelle véhémence il condamne lés entreprises des ribbonmeu ou whiteboys, et tout ce qui tient aux sociétés secrètes ^ !

* Quelques jours après sa sortie de prison, O'ConneU se rendant à Darrynano-.\bhey, Uaversail le comté de Tipperary, dans lequel le ribbonisme et le whileboysme sont toujours menaçants. Aussi ne rnanque-t-il pas, dans son discours à la multitude assemblée, de les combattre de toute sa force.

Un village dirlande ayant un jour désobéi à Tordre dès magistrats : i Que ce village, dit O'ConnelU soit rayé de Tassocialion du repeall* '

« Ou m*écrit, dit-il une autre fois, pour me demander s'il faudra obéir au bill des armes : à Dieu ne pla^e qu'aucune résistance y soit fuite ! Pour mon compte, quand on me demandera mes armgs pour les marquer, je m'empresserai de les remettre aux ageiïls de Tautorilé publique. »

U y a, quelques jours, un radical propose, dans l'assemblée du repeal une résolution tendante à faire déclarer qu'en cas de guerre entre l'Angleterre et la France, l'Irlande rétablira les corps de volontaires comme en 1779 et en 1782. OXonnell était absent; mais son esprit présidait l'assemblée, qui aussitôt repousse comme révolutionnaire une pareille motion, et ne veut pas même la discuter.

Et avec quelle ardeur O'Gonnell recommande l'hygiène du père Mathew, qui a mis cinq millions d'Irlandais au régime de l'eau et raidu ainsi beaucoup plus difficiles en Irlande ces excès imprévus que peut amener la débauche des basses classes 1 ! Enfin, voyez comme il a soin de poser de temps en temps à la face du monde l'état de la question d'irlaiide, la justice de ses griefs, afin de se donner vis-à-vis des nations l'avantage du droit, et par contre-coup une plus grande force contre l'Angleterre, qui sait que dans c«tte lutte elle a pour témoins et pour juges tous les peuples de la tei*re.

Et ce procédé n'est pas seulement celui d'O'Gonnell, c'est aussi celui que pratique en général le ministère miglais dans ses débats

« Oui, dit-il, citoyens de Tipperary, j'ai été en prison pour vous. Le bruit des fers auxquels est. attaché le vil scélérat a retenti à mon oreille. J'ai souffert pour mon pays. Je voudrais souffrir plus encore... Je viens ici vous déclarer qu'il n'y aui a point de transaction ; nous obtiendrons le repeal. Mais il faut que je vous mette encore une fois çn garde contre les terribles effets des sociétés secrètes. Voyez-moi I est-ce que j'agis dans l'ombre? Me voici travaillant au succès de ma cause, de cette grande cause qui est la vôlre^ Irlandais, qui est la cause de l'humanité opprimée, en quelque coin du globe que se pratique l'oppression. Mais j'y travaille au grand jour, à la face du Dieu qui voit toutes choses; il n'y a rien de caché dans mes actes; 'agis en présence du monde, et tout ce que je fais ne craint rien de l'œil le plus sévère. Qu'ainsi toutes vos actions soient à découvert et à la clarté du soleil. »

avec rirlande. Lui aussi sait bien que pour combattre llrlaude, il a besoin d'avoir le droit polir lui; et voilà pourquoi le ministère de sir Robert Peei hésitait tant à enga^r contre O'Gonnell le procès qu'il a fini par perdre; voilà pourquoi sir Robert Peel, qui connait si bien l'Irlande et ses difficultés, ne voulait pas p^^nnellement tenter cette lutte ; voildi pourquoi le procès ayant été mal à propos intenté, il en est résulté un accroissement de force, pour rirlande.

. , On voit comment, pour lutter avec avantage contre TAngleterre, rirlande a besoin de posséder toujours et simultanément ces deux éléments de sa puissance, un appareil imposant de force et le respect du droit, Tagitalion et la légalité. Cest là Je secret de tous les combats et de toutes les victoires constitutionnelles de rirlande, passées et à venir. C'est le secret d'O'Connell, auquel Thonneur revient d'avoir créé cette difficile et formidable guerre, où les questions de force et de justice sont toujours entremêlées, et dans laquelle la science du jurisconsuite est aussi nécessaire que l'audace du tribun, parce qu'on ne peut jamais savoir si la querelle se videra dans les plaines de Clontarlî ou bien à la cour d^assises.

O'Gonnell, dans toutes ses entreprises, a toujours en face de loi ces deux écueils terribles, dont un seul suffît pour le perdre. Le premier, c'est en agitant trop l'Irlande, de provoquer et de pousser à bout l'Angleterre. Le second, c'est en évitant les excès de l'agitation, de perdre l'agitation elle-même, c'est-à*dire sa première condition de force.

Il faut se bien pénétrer de tout ce que cette' double situation contient de difficultés et de périls pour comprendre le caractère politique d'O'Connell, tout à la fois si prudent et si téméraire, si impétueux et si contenu, condamné sans cesse à modérer les tempêtes qu'il a soulevées et à combattre le calme qu'il a rétabli; accusé tour à tour de violence et de démagogie par ses adversaires, et par les siens de faiblesse et de traliison.

11 s'est passé en Irlande, dans l'espace de deux années, deux faits très-différents qui seuls suffiraient pour mettre en lumière la nécessité de ces perpétuels contrastes dans la conduite d'O'Goanell. \

U est certain que l'année dernière (1843), à la suite des

meetings qui avaient remué toute Tlrlande, P'Gonnell annonça un plan d'attaque qui touchait de bien près aux limites constitutionnelles, s'il ne les dépassait pas. De quoi s'agissait-il en effet? De réunir à Dublin un parlement dont les membres seraient élud de la même manière que les membres du parlement anglais. Il y aurait donc à côté du parlement légal et déclaré suspect un par* lement irrégulier, seul digne de la confiance nationale! Aux résolutions du parlement anglais ce parlement répondrait par d'autres résolutions ! O'Gonnell alla plus loin : non content d'annoncer la création du pouvoir qui fait les lois, il institua tout d'abord l'autorité qui les applique, et des arbitres nommés par lui prirent bientôt la place des juges, c'est-à-dire que la justice du pays, la justice légale, régulière, fut mise au ban de l'opinion!! Certes xm ne saurait imaginer rien de plus audacieux! Pourquoi cette marche voisine de Tinconstitutionnalité, si même elle ne l'atteint pas ? Pourquoi provoquer ainsi des poursuites qui en effet ont eu lieu ? Yôilà ce que beaucoup de personnes se sont demandé en s'étonnant qu'O'Connéll, dans cette circonstance, sortît de la circonspection habituelle de son caractère.

A cette conduite téméraire, comparez celle que tient en ce moment O'Connell!! 11 vient de remporter une victoire qui remplit l'Irlande d'orgueil et de joie. Jamais le nombre de ses amis dévoués n'a été si grand ! Jamais le repeal n'a rallié tant de partisans à sa cause! Et cependant que fait O'Gonnell? 11 emploie tout ce qu'il a de puissance et d'habileté à calmer le pays. La première question qui se présente est celle de savoir si on reprendra le meeting de Clontarff : O'Connell énonce l'avis que cela ne serait d'aucune importance. Réunira*t-on la société des préservateurs, c'est-à-dire ce parlement provisoire dont un an auparavant O'Connell annonçait l'ouverture pour la^ Noël? O'Connell estime que mieux vaut ajourner la mesure. Une voix s'élève pour demander qu'au lieu du repeal pur et simple on adopte un système d'union fédérale : i Soit, dit O'Connell, il y a du très>bon dans un pareil plan ; » et il demande que la question soit mise à l'étude*. Tel est le contraste que présente, en 4844, la conduite

* Trois prix, l'un de 100 liv. st. (î,550 fr.), l'autre de 73 liv: st. (t,687 fr. etfle troisième de 50 liv. st. (1,275 fr.), sont proposés par l'association nationale pour les auteurs des trois meilleurs ouvrages dans lesquels sera

d'O'Gonnell, avec celle qu'il teirait Tannée précédente; et beaucoup de personnefi s'étonnent de ce qu'après avoir été si entreprenant et si hardi, il se montre tout à coup si timide et si réservé.

Cette contradiction n'est pourtant qu'apparente. Qu'on réfléchisse à la différence profonde des situations, et l'on reconnaîtra peutêtre que dans les deux cas O'Gonnell reste fidèle à son rôle et à son caractère. Pourquoi, en 1845, O'Cûnnell prend-il, pour exciter l'agitation, des moyens extrêmes et périlleu]^? Parce que sous l'empire de plusieurs circonstances diverses, l'Irlande était fatiguée dii mouvement, et qu'à côté du danger d'une agitation sucessive il y en a une autre encore plus griiye; c'est que l'agitation cesse.

Ce n^est point une tâche facile et simple que de tenir pendant un temps très-long toute une population sur pied, même pour la défense de la cause la plus juste; de l'arracher à ses travaux, à ses campagnes, à ses ateliers, à ses foyers domestique^, à toutes ses habitudes, pour lui parler de ses libertés, de ses droits, de ses misères momentanément accrues par le remède même employé pour les guérir. On conçoit encore, sans beaucoup de peine, qu'une nation, quand elle est convaincue que son gouvernement est mauvais, se lève, combatte, fasse l'œuvre- de destruction, après quoi elle se repose. Mais ce qu'il est bien plus difOcile d'obtenir d'un peuple, c'est ce mouvement continuel qui, à la vérité, fera le succès à venir, mais qui n'a pas d'effet immédiat; qui, chaque jour, finit pour recommencer le lendemain;, c'est cette agitation régulière qui, à la vérité, ne recèle point dans son sein les périls d'une insurrection réprimée, mais qui aussi ne contient point les promesses et les excitations d'une révolution triomphante.

Le plus grand écueil de l'agitation constitutionnelle, ce n'est pas d'être factieux, c'est de devenir monotone. C'était le danger pour O'Connell en 1845. Voyez quelle était son angoisse. Depuis \me année l'Irlande, docile à sa voix, était debout. Après avoir soufevé la plus formidable agitation dont ce pays ait jamais été le théâtre, après avoir dans les meetings mis en relief toutes les

traitée la question du repeal. Le programme donné se réduit à celui-ci : indiquer les insUtutions que nécessitera le repeal^ et les relations intemaUonales qu'il fera naitre entre l'Angleterre et Tlrlande; étudier les exemples existants des gouvernements fédératifs tels que la Suéde et la Norvège,, etc.

ressources de Tlrlande, sa force musculaire, sa discipline, sa tem pèrance, ses passions; après avoir remué cent fois ses 7 minions dlrlandais, et fait sonner aussi haut que possible la ipenace que renferme toujours rirlandeconstitutionnellement insurgée, O'Gonnell était fondé à penser que le gouvernement anglais lui offrirait cette transaction, seule chose possible et nécessaire entre TAngleterre et Flrlande. Cependant le gouvernement anglais se tait. Que suit-il de là? C'est qu'O'Çonnell est condamné à de plus grands efforts pour soutenir le mouvement de Tlrlande. Alors il redouble d'activité, d'inventions et de ruses pour préserver l'esprit public du décourajifement et de l'ennui. On ne saurait se faire une idée de tout ce quO'Connell a dépensé d'esprit, de verve et d'imagination dans ces meetings toujours répéta, toujours stériles; et quand il a épuisé ce moyeu légal, il ei^ prend un qui Test moins peut-être, mais sera certainement capable de tenir Tlrlande éveillée jusqu'au bout. Il prévient les Irlandais que dans trois mois, au 25 décembre, ils verront siéger à Dublin le parlement irlandais.

En agissant ainsi O'Gonnell, à la vérité, provoque un procès ; mais ce procès était douteux (l'événement l*a prouvé). Or, pour O'Gonnell, lequel valait le mieux d'en courir les risques, ou de laisser languir et s'éteindre l'agitation irlandaise? S'il importe que l'agitation soit contenue, ne faut-il pas surtout qu'elle dure?

Et pourquoi O'Connell, si ardent et si ingétiieux, en 1845, n enflammer l'Irlande, emploie-t-il l'année suivante tout ce qu'il a d'art et d'influeAce à la calmer? C'est qu*aujourd'hui l'Irlande est en feu ; et alors sa tâche consiste à tempérer les passions dont naguère il craignait la fatigue et l'engourdissement. Et il s'applique avec le même dévouement à celte nouvelle œuvre. On en conclut qu*il abandonne le repeal et l'agitation. Non, dans ses efforts laborieux pour retenir les élans de l'Irlande, il ne renonce pas plus au repeal qu'il ne l'abandonnait dans son travail d'agitation ex- ' trème. Il poursuit toujours le même but par des moyens divers appropriés chacun à une situation différente. Son but, ce n'est pos le repeal, c'est la transaction que doit lui valoir l'Irlande, agitée par le moyen û\repeaL II faut que l'Irlande menace, pour être forte ; voilà pourquoi O'Connell l'agite par le repeal; mais il faut, sous peine d'y périr, qu'elle se limite dans l'agitation, voilà pourquoi, elle transigera. Et jamais la question n'a été plus habilement

ItJ.

posée par O^Connell qu'elle ne Test aujourd'hui pour amener cette transaction. Il a gagné son procès; il avait donc pour lui le droit. Il avait aussi la force, car c'est pour lui ravir cette force qu'on l'a poursuivi. On a tenté vainement dé le désarmer à demi ; il a recouvré sa double épée. Et quel usage fait-il de sa puissance le jour où il se retrouve en possession dé son droit, et* de l'Irlande, •soulevée de nouveau, et comme foHe de son triomphe? Il commande à l'enthousiasme la modération ; il montre à l'Angleterre à quel point il est ms^tre de llrlande puisqu'il la domine jusque dans son ivresse. Alors il n'abandonne pas la lutte, il l'interrompt, il ne jette pas au rebut l'arme du repeal, il la suspend. Il pose au contraire avec \m grand soin la question : Llrlande agitée ne se reposera que quand elle aura obtenu le repeal, et il se retire à Darrynane pour quelque temps, laissant le gouvernement anglais à ses réflexions. L'Angleterre aura le loisir de méditer sur les événements qui se sont accomplis et sur ceux qui suivront. Elle peut sans doute ne rien offrir à l'Irlande, mais elle verra comment renaîtra, sous la voix d'0*Connell, le nH)uvement qu'il comprime aujourd'hui. Elle peut aussi penser qu'il est sage d'en finir avec l'agitation irlandaise, et voir dans le manifeste de Darrynane une provocation conciliante; car il y a dans tous les actes d'OX^onnell une menace de guerre et une invocation de paix.

Qui ne comprend maintenant comment dans les mains d'O'Connell le repealn'esifjae le moyen pratique pour contraindre l'Angleterre à proposer la transaction que l'Irlande ne peut demander, mais qu'elle ne refuserait pas ?

Cette transaction serait bien simple : que l'Angleterre donne à llrlande des réformes, l'Irlande cessera de menacer TAngleterre d'une révolution.

Il est des personnes qui considèrent comme factice le mouvement de l'Irlande, et qui l'altribuent tout entier à l'influence d'un seul homme, après lequel, la cause cessant, l'effet cesserait aussitôt; à leurs yeux toute l'habileté politique de ceux qui gouvernent l'Irlande consisterait à savoir gagner un peu de temps. O'Connell a, en ce moment, plus de soixante-dix ans. Lui mort, l'agitation périt. Il ne s'agit donc pas de résoudre les questions, mais de les ajourner jusqu'au moment, nécessairement peu éloigné, où eJles se résoudront d'elles-mêmes par une cause naturelle. Étrange il-

lusion, qu'on s^étoiine d'avoir à combattre! comme si CConnell avait fait Tlrlande malheureuse et souffrante, (fou sortent tant de troubles et d'agitations! Sans 'doute O'Connell, mieux qu'aucun autre, comprend l'Irlande persécutée et misérable ! sans doute, O'Connell mort, nul ne pourra le remplacer, quoique beaucoup y aspirent. Mais ces misères qu'il comprend si bien, qu'il sait si bien peindre, pour lesqudles il sait si bien demander justice ou pitié, ce n'est pas lui qui les a créées; elles n'existeront pas moins après qu'il aura cessé de les dénoncer. A la vérité, on les reconnaîtra moins, parce que sa voix ne les révélera plus; mais la douleur cessera-t-elle de gémir, parce qu'elle n'aura plus le même organe pour se plaindre? la plaie sera-t-elle moins vive, parce que nul remède ne viendra l'adoucir? et si l'agitation est moins puissanté, dépourvue de la grande intelligence qui Toi^anisait, ne sera-t-elle pas aussi phis désordonnée, plus violente, plus terrible dans ses mouvements? O'Connell ne réveillera plqs l'Irlande endormie ; mais, lorsque O'Connell ne sera plus, qui contiendra l'Irlande irritée ? et quand même, au bout des fureurs de l'Irlande privée dé son grand chef, on verrait une répression assurée, ne sait-on pas à travers quelles affreuses violences il faudra passer pour rétablir la paix, et n'est-ce rien de notre temps, pour un gouvernement civilisé, que d'acheter Tordre au prix du sang?

î9on, non, qu'on ne s'abuse pas, la question d'Irlande n'est pas toute dans O'Connell. C'est se tromper également que de croire que O'Connell aura un successeur, ou qu'anrès O'Connell l'agitation cessera en Irlande. Il n'y aura point d'autre O'Connell, et l'Irlande continuera d'être agitée. L'homme extraordinaire ne sera plus : les causes générales et profondes de troubles qui remuent l'Irlande n'auront pas cessé. L'Irlande' et sa juste cause existaient avant O'Connell; après lui l'Irlande et sa cause vivront encore. A Dieu ne plaise qn'en disant ceci, on méconnaisse la gloire de l'homme qui a fait pour l'Irlande plus qu'aucun autre homme n'a jamais fait pour son pays ; qui a été si constamment grand dans un temps où il semble que les hommes privilégiés n'ont que des moments de grandeur ; qui s'est montré si croyant dans sa cause, si persévérant dans ses desseins, dans un temps de doute et de mobilité ; et qui pendant un quart de siècle, maître absolu de l'Irlande, a su, par son génie seul, garder cette dictature morale, chaque jour

expirante, chaque jour renouvelée, dont il n'a fait usage que pour guider son pays dans les luttes périlleuses de la liberté, et lui enseigner, tout à la fois, la discipline et la résistance. Oh! sans doute, O'Gonnell est grand, ipais il y a quelque chose même en Irlande qui est plus grand que lui, c'est la cause immortelle dont il a embrassé la défense et à laquelle il doit sa grandeur. Et ce n'est pas là un sujet de tristesse pour O'Gonnell. Si O'Gonnell aujourd'hui, chargé d'années, éprouve une douleur amére à Tidée qu'il faudra bientôt quitter cette chère pairie, à laquelle il a tant donné et dont il a tant reçu, sa plus douce consolation n'est*elle pas de penser que la cause juste de l'Irlande lui survivra et assurera la durée de sa propre gloire, identifiée au triomphe de principes sacrés qui ne meurent point?

Oui, en dépit de tous les accidents, et malgré le plus néfaste de tous, les réformes de l'klande suivront leurs cours. La nécessité le veut ainsi. Les questions de justice, de morale et d'humanité ne sont pas, comme les questions de parti, sub<M*données au plus petit événement, sujettes au caprice d*un homme et d^endantes d'un hasard. Suspendues un instant, elles se remettent en mardie et avancent toujours. Quelquefois l'accident qui paraît les contrarier est destiné à les servir, et le retard auquel elles sont condamnées n'pst souvent que le précurseur d'une plus rapide impulsion. Les passions d'un roi, la mort d'un ministre, la supériorité accidentelle d'un homme, d'autres circonstances passagères font pour un moment dévier les événements de leur voie naturelle, dans laquelle ils rentrent quand l'accident est passé. Tout le monde sait aujourd'hui que les préjugés protestants de George III ont seuls empêché M. Pitt de régler la question d'Irlande au commencement de ce siècle. C'est beaucoup, sans' doute, que celte influence d'un seul homme sur la destinée de tout un peuple, siurlout quand elle dure un tiers de siècle; mais enfin, l'obstacle particulier ayant cessé à la mort de ce prince, l'Irlande a obtenu, en 1829, plus qu'on ne lui eût donné trente ans auparavant. Il y a dans la situation de l'Irlande un certain nombre de causes générales qui la poussent à la conquête de tous ses droits, et dont l'effet plus ou moins prompt est infaillible.

Pagb 3.

(i) En 4725. Y. the Hibernîan pairiot. Drapier's letters tothe peopie of Ireland concerning M. Wood's Brass half-pence. Swillt. Y. aussi a Yiew of tbe présent state of affairs in the kingdom of Ireland in three discourses. — On voit dans THistoire de Galway, par Hardiman, que» dès Tannée 1754, il y avait un journal publié en Gonnaught. V p. 315.

Paae 4.

(1) Y. ce que dit Graltan à ce sujet, p. 13 et 87, tome XIY. Grattan's speeches.

(2) Mémoires de Wolf Tone, 1. 1, p. 65.

(5) En ce moment même une foule de meetings sont convoqués sous Tautorilé des sbérils des comtés, à l'effet de demander l'abolition des lois existantes, notamment l'extinction totale de la dîme. Y. journaux irlandais de décembre 1838.

(4) Le sbérif de Tipperary. Gordon"^ t. II, p. 379.

Page 5.

(1) 500 liv. st.

(2) Y. l'Introduction historique, p. 58. On voit aussi constamment paraître le jury dans le jugement des White-Boys. Y. Irish Disturbances, George Lewis, p. 15, 17, 35 et 109.

Pagb 6.

(1) Woif Tone*s Memoirs, t. II, p. 535. — L'exécution de Tone n'eut point lieu. Peu de temps après que ces faits venaient de se passer, on apprit que Tone s'était, dans sa prison, percé la gorge d'un coup de canif dont il mourut quelques jours après.

Pagb 7.

(1) V. lois de 1787 et de 1825. 27 George III, c. xv, et 4 George lY, c. Lxxxvri.

* Pagb 9^

(1 ) The wliole mass of tlie population were placed in bostility with tlieir landlords by tlie contested élections fort that county in 1828. 1829 et 1830; tlie landlords endeavoured to retaliate upon the tenants for voting against their wishes, and the resuit was insurrection. — Tithesin Ireland. Report 2, Lords, 1832, p. 189.

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(1) L'accroissement de la richesse publique en Irlande est inoontestable; il est certain que, depuis un demi-siècle, l'industrie agricole, commerciale et manufacturière, a fait en Irlande de grands progrès. Cependant ce progrès se concilie avec le maintien, si ce n'est l'accroissement de la misère parmi les classes inférieures. — Wonderful improvement in the midst of ail our agitation polit ical and otherwise, and notwithstanding periadical famine and disease amongst the peasatUfy. — V. Tiihes Gommons. 2d report, n» 5241. 1832, Mahony. — Après avoir établi les progrès de l'industrie agricole, les commissaires chargés de l'examen de la question des chemins de fer pour l'Irlande ajoutent : « But thèse signsof growing prosperity areunhappily not so discemible in the condition of the labouring people, as in the amoont of the produce of the labour.» (V. 2d report of the railway commissioners for Ireland, p. 8.) — Ils disent un peu plus loin, p. 17 : « We re> gret th^t the state of the labouring population does not warrant us in assuming that any considerablQ portion of the increased consiimption is shared by them. The demand seems to proceed exclusively from the superior class of landholders and the inhabitants of the towns. » — Tbe présent social aspect of Ireland is an anomaly it itself. Whilst the country is making a visible and steady progress in improvement and signs of mcreasing weaKh présent themselves on ail side?, the labouring population constituting a large majority of the community, dérive no

proportionate beneflt from the gi^^ing prosperily around thcm. In many places tbeir condilion is even worse tban it hasbeen. (2^ report, of the railway commissioners for Ireland, p. 79.) — La nourriture du cultivateur est moins bonne et moins abondante; il est sujet à des maladies plus nombreuses, à des famines plus fréquentes que jamais. (Y. Poor Irisfa inquiry, part. II, appendix H, p. 9.) Autrefois il ajoutait quelque lait à ses pommes de terre;. maintenant il ne mange rien autre cbose, et il en mange moins. Il est réduit à préférer, poiu* sa nourriture» Tespèee de pomme de terre la plus mauvaise (tbe lumper), parce que c'est celle dont les fruits sont les plus abondants. (Id.) € Tfae expense of a cottier's living as stated by Arthur Young (in 1780), was mnch higher tban it is now. Ile reckous it to bave been 11 1. a year ; 6 or 7 would be much nearer tlie value ofhis annual income at the présent Urne, s (Ib.) — Une seule cause sufût pour expliquer pourquoi la population agricole s'appauvrit de plus en plus en même temps que la prospérité du riche s*accroil; c'est que tous les progrès du sol profitent au propriétaire, qui exige plus du fermier à mesure que la ferme est plus féconde. Si les baux des fermiers sont doublés, la terre peut produire le double, sans que la condition du fermier soit chan- V gée. Il ne s* agit pas d'examiner ce que la population produit, mais ce qu'elle consomme ; non ce qu'elle paye aux propriétaires, mais ce qu'elle s'applique à elle-même des produits du sol. C'est faute de faire cette distmction que Ton tombe à ce sujet dans tant de contradictions. Y. Enquête sur les dîmes. Lords, second report^ 1852, p. 172.

Page 14.

(1) L'association catholique pourrait être considérée comme remontant à 1809, et même bien au delà, puisque son existence se révèle dès l'an 1760. Mais on a cru devoir ne la dater, dans cet ou^Tage, que de l'an 1823, parce que c'est à cette époque seulement qu'elle a manifesté sa puissance.

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(1) Si quelque lecteur voulait étudier à fond le principe, la forme et les procédés de la grande association h'iandaise, je ne puis que le renvoyer à l'ouvrage déjà cité plus haut de M. Th. Wyse de Waterford, intitulé Uistory of the late catholic association. 1829.

Page 16.

(1) C'est ce que l'on appelle the Catholiû rent, établie sur la proposition d'O'Connell. Wyse, Gatholio association, I, 208.

(2) The Algerine act. YVysey id., 1, 176 et 210. ,

Page 17.

(1 ) O'GoimeU déclare depuis quelques années, au nom du parti dont ^ il est l'organe, que, si le gouvernement anglais ne fait pas à l'Irlande les concessions que celle-ci réclame, le lien parlementaire qui unit les deux royaumes sera brisé. Cependant, dit- il, il faut essayer d'obtenir justice, et, afln d'atlcindre ce but, il a, celte année. (1859), demandé que loutes \çs provinces d'Irlande envoyassent à Londres un certain nombre de représentants ou mandataires qui y viendraient avec la mission de faire entendre les vceux du pays. Si leur voix n'était pas entendue, l'Irlande demanderait la rupture de V Union (tbe repeal of tbe union). L'association qui s'est formée dans le but de seconder ce plan a pris le noat de Société des PrécurteurSf parce que ses membres font une démarche provisoire, un premier pas, un essai api^ lequel ils doivent aller beaucoup plus loin.

Page 18.

(1) Y. Séance de l'association générale du jeudi 8 décembre 1836; journaux de ce temps et notamment le numéro du Dublin Evening-Post du 10 décembre 1856.

Pige 19.

(1) L'élection de Longford.

(1) y. le compte rendu de cette séance de rassocialion générale dans le Dublin Ëvening-Post du 14 juillet 1857. (5) Gatholic association. Tb. Wyse, 1. 1, p. 224 et 256.

Page 21.

(1) History of the catholic association. Th. Wyse. t. I, p. 2i0 et )S7.

(2) Id., t. I, p. 409.

Page 25.

(1) y. Wyse, Gatholic association. Appendix, t. II, p. 21 .

Page 27.

(1) lie wislied lo tell their lordships tbnt it was not so easy îjo

catch that persoii (O'Gonuell] witliiu the law. (Discours de lord Pluukett à la chambre des lords, du 17 février 1832.) y. tous les journaux du temps.

Tige 28.

(1) Pour l'inteiTOgatoire d'O'GonneU devant la oljambre des communes et celle des lords, Y. First report of on the staté of Irelaiid, 23 february and il march 1825. llouse of commons, p. 48 et suiv. V. aussi Hinutas of évidence taken befoi^ the seiect committee of the house of lords, appointed to inquire into the si aie of Ireland, 18 february» 21 march 1825, p. 125.

(2) On sait qu'en l'année 1828, à une époque où les catlioliques étaient, par la loi, incapables d'être députés au parlement, O'Conuell, quoique catholique, se présenta aux suffrages des. électeurs du comté de Glare, qui le nommèrent leur représentant.

Paob 29.

;f ) C'est dans les meetings qu'O'Gonnell s'est fait d'abord connaître, et qu'il a gagné sa première popularité.

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[1] On sait que chaque année le peuple irlandais offre à O'Gonneil un tribut volontaire très-considérable. Ce tribut, qui date de 1831, s'est élevé, cette année-là, à 26,000 liv. st. (663,000 fr.); en 1832, il a été seulement de 12,535 liv. st. [c'est-à-dire un peu plus de 30U,000 fr.) ;

en 1833, de 13,903 liv. st. (environ 350,000 fr.); en 1»54, de ; en

1835, de 20,189 liv. st. (c'est-à-dire 514,819 fr.). Cette Uxe volontaire se perçoit avec régularité. Son payement se fait sous la forme d'une souscription, et son recouvrement par une administration centrale, établie à Dublin, et qui a des agents nombreux dans toutes les villes et toutes les paroisses d'Irlande. Je dois à M. Filz-Patrik, qui est le directeur de celte administration, la communication des documents où j'ai puisé lescliiffres qui précèdent, et qui, du reste, sont tous les ans livré à la publicité. Depuis qu'il s'est voué à la défense de son pays, O'Gonneil a renoncé absolument au barreau, où, comme avocat, il gal,^nait autant d'argent, si ce n'est plus, qu'il n'en reçoit aujourd'hui de la reconnaissance de ses concitoyens.

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(1) Discours prononcé par O'Connell, le 12 janvier 1837, à l'association générale. — Y. Dublin Evening-Post du 14 janvier 1837.

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(1) O'Gonneil. a soixante*chiq ans.

Noie de la septième édition (1862-63). — O'Gonneil est mort en 1847 àiré de soixante-treize ans.

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