‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 20 sur 219 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

uée dans sa liberté et dans son culte, la religion et la patrie se sont mêlées dans Tâine^de l'Irlandais, et sont devenues pour lui une seule chose. A force de lutter pour sa religion contre TÂnglais, et pour sa patrie contre le protestant, il s'est accoutumé à "ne voir de partisans de sa foi que parmi les défenseurs de son indépendance, et à ne trouver de dévouement pour son indépendance que parmi les amis de sa j'eligion.

Au milieu des agitations dont son pays, et son âme ont éré le théâtre, l'Irlandais, qui a vu se consommer tant de . ruines au dedans et autour de lui, ne croit à rien de stable et de certain dans ce monde, si ce n'est à son culte ; ce culte aussi vieux que la vieille Irlande, ce culte supérieur aux hommes, aux siècles, aux révolutions, qui a traversé les plus sinistres orages et les plus dures tyrannies ; contre lequel Henri VIII n'a rien pu, qui a bravé la reine Elisabeth, sur lequel a passé, sans l'abattre, la sanglante main de Croinwell, et que n'ont pas même atteint cent cinquante années de persécutions continues. Pour l'Irlandais, il n'y a de souverainement vrai que son culte.

En défendant ce culte l'Irlandais a été cent fois envahi, conquis, chassé du sol natal ; il a gardé sa foi et perdu sa patrie. Mais, après la confusion qui s était faite dans son esprit de ces deux choses, sa religion sauvée est devenue tout pour lui, et s'est encore étendue dans son cœur en y prenant la place qu'y tenait son indépendance. L'autel où il prie est encore sa patrie.

Parcourez l'Irlande, regardez les populations, éludiez leurs mœurs, leurs passions, leur caractère, vous reconnaîtrez qu'aujourd'hui même où l'Irlande est politiquement libre, ses habitants sont encore tout pleins de préjugés et de souvenirs de leur ancieime servitude. Voyez seulement leur aspect extérieur : ils marchent le front incliné vers la terre ; leur altitude est humble, leur langage timide ; ils reçoivent comme une grâce ce qu'ils pourraient demander

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