VI
De la nature des partis en Irlande.
Si l'on approfondit le caractère véritable des partis en Angleterre, on reconnaîtra qu'il n'y existe pas, du moins quant à présent, de parti qu'on puisse justement appeler démocratique. Les tories, les conservatifs, les whigs, ne sont que des nuances diverses de l'aristocratie ; on peut en dire presque autant de la plupart des radicaux eux-mémès. Non qu'il n'existe entre ces partis des dissidences considérables et profondes :'ils poursuivent assurément des buts très-opposés, et les causes qui les amènent dans la lice sont très-réelles. Hais, s'il est vrai que les uns combattent pour ' conserver intacts les privilèges aristocratiques, d'autres pour les modiHer, peut-être faut-il ajouter qu'aucun d'eux ne veut les détraire. 11 y a dans les mœurs et dans la constitution anglaises une vieille base féodale sur laquelle cha*
66 L'IRLAÎÎDE.
cun de ces parlis veut bâtir dos édifices dilTérents, niais que nui ne songe à renverser. En Irlande, un tout aulre spectacle s'offre à la vue; deiit partis s'y présentent seuls, entre lesquels il ne se trouve aucun intetmédiaire. Point de conservatifs modérés, point de whiga ; il n*y a que des tories et des radicaux, et ici les radicaux né sont pas arîsto^ cratiques; car, en Irlande, la question est posée entre raristocralie et le peuple. Ce caractère extrémie des partis irlandais est encore un fait singulièrement favorable à la démocratie. ' ^
Tel n'a pas toujours été l'état des choses en Irlande. Lorsque dans ce pays la population catholique ne comptait pour lien, les protestants, seuls maîtres dé la société et du gouvernernent, se divisaient entre eux et formaient presque" au •tant de partis qu'on en voit de nos jours en Angleterre. C'est ainsi que, jusqu'à la fin du siècle dernier, on distinguait trois nuances bien marquées parmi les protestants d'Irlande; ceux qui, aveuglément dévoués au gouvernement anglais, lui sacrifiaient complètement leur indépendance et celle du pays ; c'étaient les tories du temps. Puîs venaient les protestants qui, sans prendre souci de l'Irlande catholique, souhaitaient cependant d'avoir pour eux-mêmes dbs libeHés, des droits et des garanties; c'étaient les whigs d'alors, par exemple lord Charlemoiit. Et enfin il y avait de$ proies-tants qui, adoptant des principes plus élevés et des théories plus généreuses, demandaient qu'on en fit l'applioation sans réserve, au risque de voir leur réforme profiter à la population cHtiîolique ; ceux-ci étaient les radicaux de fépoque : tel était Grattan. Il y eut enfin pendant quelque temps, à l'époque de la révolution française, un quatrième parti composé de protestants et de catholiques, lequel n'était ni tory, ni whig, ni radical, mais bien révolutionnaire, vou- * lant secouer le joiig de l'Angleterre et constituer en Irlande une rèpubtiquè; c'était le parti qui, parmi lès catholiques de Dublin,' a vsiit à.sà téië Thcobald Wolf Toiie, et