TROISIÈME PARTIE
alors dénuée de tout commerce et de toute industrie, tandis que l!Ângleterre était déjà entrée dans son ère de richesse commerciale et de prospérité industrielle ^
Il y avait autrefois en Irlande des industries florissantes (i ): le gouvernement anglais les a tuées; et pour cela il n'a eu qu*à les enchaîner, car la Uberté est Tair vital de l'industrie : il a chargé d'entraves la inoitié des travailleurs de l'Irlande (2) et a interdit ses ports et ceux du monde entier aux produits du travail irlandais (5).
L'oppression de l'Angleterre sur l'Irlande ne se montre peut-être nulle part plus à nu que dans sa politique commerciale. I/Angleterre voulait tout vendre à l'Irlande et ne lui rien aclieter, ce qui était aussi insensé qu'injuste ; car rirlandene pouvait faire de commerce qu'avec l'Angleterre ; et comment ceux quinevendentrienachéteraient-ils quelque chose? Cet égoïstne industrie] de l'Angleterre était pouésé quelquefois jusqu'à la folie. Un jour, c'était sous le règne de Charles II, l'Angleterre ayant résolu d'étendre encore l'exclusion qui frappait les produits de l'industrie irlandaise, un bill fut présenté à la chambre des communes dans lequel l'importation en Angleterre du bétail irlandais et de tous les fruits de la terre était déclarée a nuisance^ c'est-à-dire une sorte de délit public; et Ton allait, sur la proposition d'un membre, proclamer ce fait une félonia{fl felony^ c'està-dire une trahison) y lorsque le chancelier Clarendon fit observer qu on pouvait tout aussi raisonnablement le dénommer un adultère (an adultery) (4j.
Cependant les injustes entraves qui enchaînaient Tindustrie irlandaise ont été brisées : tous les travailleurs irlandais sont libres; l'Irlande peut envoyer ses produits dans tous les pays du monde, et tous les ports de l'Angleterre lui sont
* En ce moment, l'Irlande est sillonnée de chemins de fer dont l'établissement n'a certainement pas été sans influence sur le bienêtre du pays, mais dont l'effet sur la production manufacturière n'est pas sensible. Note de la septième édUùm, 1862.)
ouverts. Et la liberté commerciale qui unit l'Irlande à TAn. gleterré n'est pas seulement celle qui s'établit de peuple à peuple, mais bien celle qui existe tout naturellement entre les diverses parties d'un même peuple, entre deux territoires soumis au même empire ; T Irlande et l'Angleterre sont entre elles dans les mêmes rapports commerciaux ou se trouvent deux villes anglaises; Dublin commerce avec Liverpool comme Liverpool avec Londres.
Mais l'industrie que le despotisme abat si vite ne se relève pas toujours avec la liberté, car si elle ne peut exister sans liberté, ce n'est pas la liberté seule qui la crée, et il lui faut encore pour naître et se développer bien d'autres conditions.
Cette liberté commercia)e> dont la conquête, commencée en 1782, ne s'est achevée qu'en 1820, n a eu jusqu'à présent qu'un seul effet salutaire pour Flrlande. Elle a ouvert à ses produits agricoles un marché immense et fait naître une sorte de privilège pour ses céréales hbremeut admises dans les ports anglais, dont les blés étrangers sont exclus ^ Hais elle n'a en rien servi les manufactures irlandaises, T Irlande continuant à employer presque exclusivement les produits de rindustrie anglaise.
11 en est qui croient impossible pour l'Irlande d'élever des manufactures tant que l'Angleterre lui enverra ainsi sans obstacle les produits des siennes ; et ceux qui pensent ainsi voudraient que, pour protéger en Irlande l'industrie naissante, on soumit à un droit d'entrée les objets manufacturés importés d'Angleterre en Irlande. Mais alors, par réciprocité, les produits agricoles que l'Irlande envoie aujourd'hui en Angleterre seraient sans doute également frappés d'un tarif. De sorte que, dans la vue de créer une industrie nouvelle, l'Irlande courrait la chance de se voir dépouillée de
* Aujourd'hui, en conséquence, de la loi du libre échange, qui ouvre tous les ports anglais au blé étranger, l'Irlande a perdu le monopole dont jouissaient ses céréales. [Note de la septième Mtion, 18(»i.)