TROISIÈME PARTIE
Mande. Il faudrait, pour leur faire ce don, commencer par les prendre à ceux qui les ont : or, à mes yeux, toute al- \ teinte à la propriété est un mauvais moyen d'économie politique.
Ne peiît-on donc, par dès voies équitables et légitimes, arriver au but qu'on se propose, et qui cesse d'être désirable, si, pour l'atteindre, il faut employer l'injustice?
Que faut-il au bas peuple d'Irlande? Acquérir la propriété du sol, mais non l'obtenir par des violences iniques; il faut, non le faire propriétaire, mais l'aider à le devenir; il faut, pour qu'il atteigne le but, qu'on lui donne le moyen. Or, c'est ce moyen qui lui manque aujourd'hui. Il est dans l'impossibilité absolue d'acquérir la^ propriété du sol , non-seulement parce qu'il est pauvre , mais surtout parce qu'en Irlande, comnne en Angleterre, il n'existe que de grandes terres, inabordables à toute petite fortune; parce que, dans ces deux pays, les lois civiles, faites au profil de l'aristocratie, tendent constamment à la concentration du sol dans un moindre nombre de mains, et s'opposent invinciblement à la division du sol; parce qu'en un mot ces lois placent la terre hors du commerce. Cet état de la terre, inaccessible au peuple, est le véritable obstacle ù vaincre; c'est, de tous les privilèges de l'aristocralie, le plus important à détruire; et sa gravité est teHe que Je crois devoir en faire l'objet d'un examen plus approfondi. Ce sera le sujet du chapitre suivant.
État téodal en Angleterre. — De la propriété foncière.
Pour faire comprendre quel est en Irlande l'état du sol, j'ai besoin de dire d'abord ce qu'il est en Angleterre.
Dans ce dernier pays le sol est encore féodal. La main qui le cultive est libre depuis longtemps; mais il n'a point rompu ses vieilles chaînes; et, tandis qu'autour de lui tout s'agite, se change, se modifie, lui seul ne change point, fragment inaltérable détaché d'une société muliiéc par le temps et par les révolutions.
En dépit de toutes les victoires que remporte chaque jour le principe nouveau des sociétés sur le vieux principe, le travail qui crée sur le privilège qui conserve, la terre y est aujourd'hui ce qu'elle était il. y a sept siècles, la base féodale d'une société qui ne Test plus; emblème vivant d'un monde éteint.
C'est un fait très-digne de remarque que l'art avec lequel l'aristocratie anglaise a conseï*vë entiers tfes privilèges civils tout en cédant parfois de ses privilèges politiques. L'esprit qui en cela Tanime ne se montre nulle part plus clairement que dans tout ce qui touche au sol. Assurément il serait plus facile d'obtenir du parlement an^'lais la concession du suffrage universel qu'une réforme de la loi des successions.
L'aristocratie anglaise n'a du reste gardé des lois féodah>s relatives à la terre que ce qui lui est propice ; elle en a aboli toutes les dispositions ennemies.
A la vérilé, le. roi est encore, par la loi présente, présumé le seul propriétaire du sol, dont les occupants ne sont possesseurs qu'à dos litres secondaires. Mais c'est une fiction dépourvue de toute réalité. Cette suzeraineté est purement nominale; et l'héritier d'un domaine en Angleterre jouit d'un droit de propriété aussi absolu' que celui qui est dèHni parla loi française. Les privilèges royaux, en cette matière, ont tous été abolis. Les lois qui instituaient les privilèges de l'aristocratie sont seules restées en vigueur.
Le principal objet de ces lois, arrachées à des princes faibles par des barons puissants, était de conserver au vas-