TROISIÈME PARTIE. 1M
sal toute sa force en protégeant son fief. Pour atteindre ce but, quel moyen prenaient ces lois? Elles tendaient à rendre les (erres inaliénables et insaisissables entre les mains de leurs possesseurs : de là les substitutions. Elles s'opposaient à ce qu'à la mort du propriétaire la terre se partageât entre tous ses enfants : de là le droit de primogéniture. Maintenant voici un fief acheté par un marchand qui sera, pour la conservation de ce domaine, protégé, s'il le veut, par les mêmes lois qui faisaient la^puissance d'un vassal du temps d'Edouard I". L'esprit de la loi féodale a disparu : sa conséquence est restée.
Conçues dans un but politique, ces institutions civiles sot}t passées dans les mœurs; elles étaient un moyen de gouvernement : elles satisfont les passions, les intérêts même des particuhers, comme autrefois elles'répondaient à un besoin politique.
Si lesprit de l'aristocratie féodale, ses idées, ses instincts, sont descendus, en Angleterre, jusque dans les rangs du bas peuple, c'est surtout à ces lois civiles qu'il le faut attribuer. 11 est très-difficile, dans ce pays, d'ar-. river à la possession du sol ; mais quiconque y parvient trouve dans les lois une égale protection. La terre n'a pas plus de privilèges pour le duc de Devonshire que pour le bourgeois qui vient d'acheter un domaine. A vrai diie, la loi ne considère ni le pair, ni le noble, ni le roturier; elle n'a point en vue le propriétaire, mais bien la propriété, qu'elle aspire à accroître et à perpétuer. Or, le nouveau venu sur une terre jouit peut-être encore plus de cette sollicitude féodale que l'antique possesseur moins ébloui d'un éclat dans lequel il est né.
11 ne faut plus demander d'où vient qu'en Angleterre les substitutions et le droit d'aînesse, qui perpétuent les immenses fortunes de la noblesse, ne sont l'objet d'aucune attaque. Ces lois sont aussi chères au manufacturier qui vient d'acquérir un immeuble qu'à l'héritier des plus illus-
très familles. I Ces lois prodleiil surloul aux lords, parce que ceux-ci ont plus de terres que les autres; ils possèdent, dit -on, la moitié du sol de l'AnglctiTro • mais enfin ces lois formonl le droit commun.
J'ai souvent entendu dire que ce qui conserve l'aristocratie anglaise, c'est l'aixès qu'est sijre de trouver toute grande illiistiation dans le sein de la chambre des lords, seule noblesse du pays. Je crois que ce qui la sert encore plus efficficement, c'est la faculté qu'a tout grand capital de se transformer sur le sol en un élément d'aristocratie. Ses vieilles richesses féodales se conservent par la même loi qui imprime un caractère aristocratique à toutes les forlunes qui s'élèvent.
L'étranger qui parcourt ce pays tombi^ dans un grand étonnement quand il y voit la terre féodale l'objet d'une sorte de culte populaire. N'est-il pas naturel, cependant, que, dans une société amie des traditions, on s'attache au seul monument du passé qui soit encore debout, et qu'on le respecte non-seulement pour lui-mèrne, mais encore pour les souvenirs dont il est empreint, et dont seul il perpétue la mémoire? Le sol, en Angleterre, est une chose presque sacrée : c'est comme un sanctuaire dans lequel la piété veut qu'on ne donne accès qu'à un petit nombre.
' Si Taristocratie anglaise se fût montrée antinationale, on eût sans doute pris en haine les privilèges qui conservent sa richesse, et les lois civiles sur lesquelles ces privilèges reposent. L'alliance étroite de cette aristocratie avec le peuple a fait naître un sentiment opposé. On aime en Angleterre le sol féodal et les institutions qui le perpétuent. On voit peu de profit matériel à l'acquérir; mais on regarde • sa possession comme un honneur et presque comme une gloire. 11 y a en Angleterre un comté (celui de Keut) où la loi féodale sur les successions n'est point en vigueur; là, ce n'est point le droit d'aînesse, mais le principe du partage
égal entre tous les enfants {the gavelkind) qui forme le