‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 71 sur 219 · II · texte numérisé non relu

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elle-même va être réduite (i). Sa. charge va passer du pauvre au riche. Cette grande Mnno va tion se fait; nous en sommes les témoins.

Mais ceux qui attendent de cette réforme des effets considérables ne se font-ils pas une grande illusion? La dernière loi (the Tithes act Ireland) réduit la dime de 25 0/0, c'est-à-dire d'un 1/4, elle ête à la dime son nom, et la convertit en une rente foncière fixe et perpétuelle (Rentchange). Enfin sa disposition importante est celle-ci : autrefois c'était le petit cultivateur et le fermier sur qui pesait l'obligation de payer la dîme ; la loi nouvelle les affranchit de cette charge, qu'elle transporte aux propriétaires.

L'intention de cette loi est généreuse : mais on se tromperait si l'on croyait qu'à dater de ce jour h dîme, en Irlande, cessera de peser sur la population pauvre, et de soulever les résistances populaires.

On connaît assez la situation et les sentiments des propriétaires irlandais pour juger de Timpatience avec laquelle ils ont reçu le fardeau qui vient de leur être imposé.

Comment ces riche» déjà si pauvres parviendront-ils à payer cette nouvelle dette?

Beaucoup en auront à peine le pouvoir; la plupart n'en auront pas la Volonté. D'abord on peut compter que presque tous s'efforceront de rejeter sur le peuple la charge qu'on a voulu leur attribuer ; et ils auront pour cela un moyen facile, celui d'augmenter le fermage du cultivateur en pro* portion de la charge nouvelle que la dîme leur impose. On obtiendra ainsi du peuple, par une voie indirecte, ce qu'auparavant on lui demandait directement. Mais quelle sera la conséquence? C'est que, ne voyant dans cet acte du propriétaire qu'une nouvelle rigueur, le fermier sentira s'ac* croître toutes ses haines envers celuirci, et sera encore plus prompt que par le passé à donner un libre cours à ses vengeances meurtrières. Et vainement le propriétaire s'efforcera de rejeter sur l'Église tout l'odieux d'une exaction dont

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celle*ci seule en effet profite ; le pauvre agriculteur d*Ir^ l&nde, qui du matin au soir trace son pénible sillon, ne comprendra rien, sinon qu'autrefois il payait à un homme d'Église très-haïssable une dette, qu'à présent il acquitte entre les mains d'un riche qu'il ne hait guère moins.

Qui ne conçoit dès lors quel sera, même parmi les propriétaires protestants, le sentiment de répugnance contre la dîme, qui viendra ajouter, soit à leurs embarras d'argent, soit aux ressentiments populaires. Mais ce ne sont pas seulement les propriétaires protestants qui seront tenus de payer la dîme : elle sera exigée aussi des propriétaires catholiques. Or, croit-on que ces propriétaires, dont le nombre en Irlande est en progrès, seront mieux disposés à payer la dime que ne l'étaient leurs fermiers? Esl-ce que leurs passions religieuses ne repoussent pas avec la même force ce tribut offert à un culte ennemi? Est-ce que leur raison ne leur suggère pas les mêmes objections? Le ca* tholique riche ne ressent-il pas, aussi bien que le catho* lique pauvre, l'injure de payer l'Église protestante?

Et pourquoi interroger l'&venir sur les effets de ce changement? Le présent ne suffit-il jpas pour les apprécier? Quelques mois à peine se sont écoulés depuis qu'a été faite cette innovation qui devait calmer l'Irlande agitée ! et déjà nous voyons la dîme soulever, sous son nouveau nom, les mêmes oppositions que par le passé, et l'ÉgUse anglicane exciter parmi le peuple les mêmes ressentiments et les mêmes fureurs !

D'où vient cette inutilité des efforts tentés pour réformer l'Église anglicane d'Irlande? C'est que l'Irlande veut, non la réforme de l'Église angUcane, mais son abolition. Le vice radical de cette Église, c'est de constituer le culte légal et officiel d'un peuple qui a un autre culte. L'abus, c*est son établissement lui-même. Sa création au sein d'un peuple catholique est un excès qui se perpétue aussi longtemps qu'elle dure. Le grand tort de l'Église anglicane en Irlande, c'est

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de se trooTer placée an sein d'une population qui la re- ' pousse sans examen. Ses richesses, son luxe, son oisiTeté, sont assurément de grands abus; mais, de tons, le plus énorme, c'est son existence. Sa destruction en Mande est le premier pas Ters le bon sens et l'ordre.

Lorsqu'on parle d'abolir l'Eglise anglicane, il ne s'agit point d'anéantir en Irlande le culte épiscopal, mais seulement de détruire la supériorité politique de ce culte sur tous les autres.

11 ne faudrait pas non plus, en abolissant la prédominance du culte anglican, la remplacer par la suprématie du culte catholique; ce qui importe, c'est d'établir en Irlande l'égaUté des cultes. L'Irlande, il est vrai, est cathoUque en masse, comme l'Angleterre est épiscopale, comme l'Ecosse est presbytérienne ; et il serait logique que l'Irlande eût un établissement catholique, comme l'Ecosse a un établissement presbytérien, et l'Angleterre un établissement anglican. Mais d'abord c'est une grande question de savoir s'il est bon de lier l'un à l'autre l'Etat et l'ËgUse. Comment associer ensemble l'institution humaine et caduque avec celle qui est de Dieu, et qui ne meurt point? Que serait-ce d'ailleurs que de proclamer en Irlande la religion catholique religion de TÉtat, sinon détruire le privilège religieux des protestants pour le transporter aux catholiques? Après avoir aboli rinju rieuse suprématie de T Église anglicane, qui offense en Irlande la majorité du peuple, verra-t-on la minorité protestante opprimée par le culte qu'elle opprima jadis?

L'un des plus grands périls auxquels soit exposée l'Irlande catholique, c'est qu'après avoir été dominée elle veuille devenir dominante.

Ce serait une source féconde de malheurs pour l'Angleterre et pour elle-même : pour l'Angleterre, qui ne pourrait souflnr cette domination de secte, et chez laquelle toutes les vieilles passions de la réformation seraient réveillées par

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