II
Moyen d'établir l'égalité des cultes en Irlande. — Avantages d'un salaire public pour le clergé catholique.
Un publiciste anglais a dit avec raison qu'il y a deux moyens d'établir l'égalité entre les cultes ; c'est de les payer tous, ou de n'en payer aucun (1).
Le système selon lequel on laisse à chaque communauté reUgieuse le fardeau de son culte et de ses ministres semble assurément le plus équitable, puisque nul, dans cet ordre d'idées, n'est appelé à payer pour le culte d'autrui, et ne donne, pour le sien propre, que ce qui lui plait.
Cependant il y a équité aussi, et peutrêtre plus de sagesse politique dans le système qui charge l'État de pourvoir également aux frais de tous les cultes sans attribuer de prééminence h aucun d'eux.
Et, s'il y avait doute sur cette grave question, l'Etat par*
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ticulier du clergé catholique d'Irlande le ferait peut-être cesser.
Je conçois le système suivant lequel les membres de chaque communauté soutiennent eux-mêmes leur Église, et contnbuent librement aux frais de leur culte; je conçois, dis-je, ce système dans un pays qui, comme les Etals-Unis, par exemple, contient une çaultitude de sectes diverses, dont aucune ne constitue une puissance considérable dans TÉtat. Nais qui ne voit du premier coup d*œil tous les périls que présente un tel système en Irlande, où il n'y a guàre que deux communions en face Tune de Fautre; où le seul culte catholique comprend près de sept millions d'âmes; où le clergé de ce culte est la première puissance du pays; où ce clergé dépend étroitement du peuple, et le peuple de ce clergé; et où ce clergé et ce peuple, ennemis politiques du gouvernement, accroissent leur force mutuelle en se liguant tous les deux contre lui.
U y a sans contredit, dans la puissance populaire du clergé catholique en Irlande, quelque chose d'excessif qui semble demander qu'on le tempère. Un salaire donné par l'État à tous les membres de ce clergé exercerait cette influence modératrice. Ce salaire, proportionné à celui qui serait donné aux ministres de l'Église anglicane et presbytérienne, attesterait l'égalité politique des cultes. Le clergé d'Irlande, attaché au peuple irlandais par la sympathie du culte commun, ne serait plus affranchi de tout lien envers lautorité publique. Recevant désormais de l'État un traitement fixe, il ne demanderait plus rien au peuple pauvre et misérable. Il serait moins popufaire, sans doute, mais plus indépendant; moins libre envers le pouvoir, mais plus affranchi des passions de parti. Quel serait l'obstacle à cette mesure? Serait-ce qu'un gouvernement protestant ne saurait payer une Église catholique, ou qu'une Église catholique ne peut consentir à recevoir son salaire d'un État protestant? Ces objections n'auraient de poids que si, en payant le culte