‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 74 sur 219 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

catholique, TEtat le reconnaissait comme la religion du pays; ou si, en acceptant ce salaire, les prêtres catholiques étaient tenus de reconnaître la suprématie protestante de l'Etat. Lors de Tunion législative de l'Irlande, M. Pitt avait conçu un plan d'émancipation des catholiques d'Irlande, dans lequel il faisait entrer le salaire du clergé catholique. Tout le monde paraissait d'accord, le parlement à donner, le clergé d'Irlande à recevoir. L'histoire contemporaine constate le consentement officiel donné alors par les évoques catholiques au projet du ministre anglais ; le pape lui-même avait donné son assentiment. Mais Georges III croyait que son serment anglais et protestant ne lui permettait pas d'émanciper les catholiques d'Irlande, et devant son bigotisme obstiné] le projet d'un salaire pour le clergé catholique s'évanouit avec le plan d'émancipation dont il était un accessoire (1).

Aujourd'hui si le projet était remis en question, ce n'est pas du roi et du parlement que viendraient les plus grands obstacles, mais du clergé irlandais lui-même. Au commen* cernent de l'année 1837, le bruit s'étant répandu que l'intention du gouvernement était de représenter ce projet, les évéques d'Irlande se sont émus, et ont déclaré unanimement que jamais ils ne consentiraient à recevoir de l'Etat une assistance qu'ils ne voulaient tenir que du peuple (2). Cette déclaration est-elle l'expression d'une volonté définitive? il est permis d'en douter. Je l'ai déjà dit plus haut : il n'est pas dans la nature du clergé catholique de se montrer hostile envers les pouvoirs établis. L'on ne peut nier que, sous plusieurs rapports, le clergé catholique d'Irlande ne soit présentement en dehors de ses voies ordinaires. Son dévouement au peuple est sans doute propre à sa nature, mais sa lutte contre la loi temporelle ne l'est pas (5). Et l'on peut conclure de ce.qui se passa du temps de Pitt qu'un arrangement eût été facile entre le gouvernement et les prélats catholiques dlrlande. Cette transaction souriait alors au

plus grand nombre des prêtres. Elle leur assurait une condition stable à la place d'un état précaire, un salaire régulier au lien d'une assistance sujette à mille variations. Elle les affranchissait des. caprices populaires sans les placer dans la dépendance du pouvoir.

Nais, depuis cette époque, l'existence du clergé catholique d'Irlande a complètement changé. Les grandes luttes engagées depuis vingt ans entre le gouvernement et le peuple, dans lesquelles le prêtre, devenu tribun, s'est établi le défenseur de tous les droits et de toutes les réformes, s'est associé à tous les mouvements et à tous les triomphes populaires; ces luttes, dis-je, ont créé, pour le clergé catholique d'Irlande, la plus grande existence politique qu'il soit donné à un corps religieux de posséder; et à présent que le clergé catholique a goûté de cette vie, il n'en veut point d'autre.

Lors donc que le clergé catholique déclare que, si le gouvernement voulait lui donner un salaire, il le refuserait, ce n'est pas seulement pour flatter le peuple dont il dépend qu'il tient ce langage. 11 exprime sans doute un sentiment sincère ; il a la conscience de tout ce qu'il perdrait en acceptant un traitement de l'État, el il voit bien que, pour gagner un salaire plus fixe et moins casuel, il sacrifierait une partie de sa puissance et de sa grandeur.

Cependant les conditions de l'étroite union qui lient mutuellement Je clergé catholique et le peuple d'Irlande peuvent, sinon changer, du moins se modifier. Toute circonstance, tout événement qui amoindrira en Irlande le rôle poUtique du clergé catholique, rendra plus facile une transaction de celui-ci avec le gouvernement. Que Ton considère aussi qu'une semblable mesure doit, autant que possible, se faire subitement et secrètement, et non se discuter. Jusqu'au jour où il sera payé par l'État, le clergé d'Irlande déclarera nécessairement qu'il ne veut rien recevoir que du peuple, dont il dépend aujourd'hui. Pareille à toutes les aflaires où

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