QUATRIÈME PARTIE
Deux fois déjà ils ont porte au parlement le projet de loi qui contient cette réforme; et ce projet, deux fois adopté par la chambre des communes, a toujours échoué devant les lords.
De toutes les réformes que l'Irlande réclame, c*est peutêtre celle à laquelle les whigs se sont le plus attachés, non qu'elle soit pour l'Irlande la plus importante, mais c'est celle que l'Angleterre a le moins de répugnance à accorder, parce qu'une réforme du même genre a été f»ite précédem-* ment dans ses propres institutions (1). Les whigs sont sûrs que cette réforme irlandaise ne blesse aucun des principes chers à l'Angleterre; on peut donc compter qu'ils la re^ présenteront de nouveau à la prochaine session du parlement (en 1839). La nature de leurs principes les y engage, les passions de l'Irlande les y poussent, et les défaites parlementaires elles-mêmes qu'ils ont essuyées en la soutenant les portent à désirer une occasion de triomphe dans son succès définitif.
Du reste, quelle que soit la vivacité des contradictions que ce projet de réforme a soulevées parmi les tories, c'est encore, à tout prendre, un des sujets sur lesquels les whigs et les conservatifs modérés seraient le moins incapables de s'entendre.
Les corporations municipales d'Irlande, qui semblent avoir pris à tâche de montrer jusqu'où peut aller l'égoïsme du privilège et J'insolence du monopole, abondent en abus si grossiers et si révoltants, que les plus zélés partisans de l'institution se voient dans l'impossibilité de la défendre. Tout le monde admet donc la nécessité de sa réforme, et il est probable que si le parti conservatif que dirige sir Robert Peel arrivait aux affaires, il prendrait en main cette réforme, pt s'efforcerait de la faire aussi libérale que ses principes peuvent lui permettre.
La difficulté principale qui divise les partis sur cette question est pourtant très-réelle. Tandis que les whigs vou-
(Iraient attribuer le droit de cité à tout habitant domicilié, le système des tories et des conservatifs serait de mettre
au droit de citoyen municipal la condition d*un cens plus ou moins élevé (1).
Les whigs appliqueraient aux corporations municipales d'Irlande le même principe qui a été établi dans les corpo* rations d'Angleterre, où la presque totalité des citoyens jouit de la franchise municipale. Les tories, au contraire, restreindraient beaucoup, en Irlande, le droit qui, en Angleterre, est presque illimité.
A ne voir que la théorie, il semblerait que l'opposition ^es tories ne serait dépourvue ni de raison ni de justice. Le bon sens permet-il en effet de régir suivant des prin« cîpes pareils une ville d'Irlande et une ville d'Angleterre? Est-il sage, dans, un pays où les basses classes sont dépourvues de lumières et de Thabitude de se gouverner, de leur conférer les mêmes droits municipaux que dans une autre contrée, où le peuple plus éclairé est en possession d'une vieille expérience? Mais si la logique seule était consultée, bien d'autres réformes, en Irlande, par exemple, celle de l'Église, précéderaient celle des corporations municipales. Des institutions que la raison repousse étant imposées à l'Irlande, il est naturel que ce pays, quand une réforme lui est offerte, consulte moins, pour l'apprécier, son jugement que ses passions. L'Irlande se plaint de ce qu'on ne lui donne pas,, dans la loi municipale, les mêmes droits et les mêmes libertés qu'à l'Angleterre, et elle fait bien. Lorsqu'elle est forcée de subir toutes les institutions aristocratiques et religieuses de l'Angleterre, par la seule raison que celle-ci les ayant chez elle croit de son intérêt de les établir dans le pays voisin, rirlande est bien fondée à demander qu'on ne lui refuse pas le peu de démocratie que de temps à autre l'Angleterre introduit dans ses lois.
Il est d'ailleurs aisé de reconnaître que les tories, qui invoquent un principe de ji;istice, arriveraient, par son ap-