‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 98 sur 219 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Les principes décrétés par les lois sont importants sans doute; mais ce qui est peut-être plus grave encore» c*est Tesprit dans lequel on les met en vigueur. Or, sous Tempire des tories, toutes les lois destinées théoriquement à protéger l'aristocratie irlandaise étaient de plus appliquées dans le sens de ses passions les plus ardentes.

C'était alors une tradition reçue parmi les gouvernants de rirlande, que les lois étaient faites pour l'aristocratie contre le peuple, dans le seul but de tenir celui-ci sous le joug, et de défendre celle-là contre toute résistance. Et si une plainte était adressée au gouvernement par un catholique contre un protestant, par un pauvre contre un riche, * elle ne rencontrait que l'indifférence ou le mépris.

La justice elle-même était alors, par l'exécution que lui donnaient les agents du gouvernement, corrompue jusque dans sa source. Ainsi, pour ne donner qu'un seul exemple, c'était une constante pratique, au temps des tories, que, dans les procès criminels, l'avocat de la couronne récusât tous les jurés catholiques, et travaillât à composer un jury exclusivement protestant (1)..

A cette époque, le parti orangiste en Irlande *était si fort de l'appui que lui prétait le pouvoir exécutif, qu'il pouvait impunément fouler aux pieds le parti populaire. Ainsi le voyait-on chaque année, lors de l'anniversaire de la Boyne, célébrer le triomphe des protestants sur les catholiques avec toutes les démonstrations les plus injurieuses pour les vain* eus. Non-seulement le gouvernement souffrait ces insolentes provocations d'une faction à tout un peuple, mais encore, si ce peuple humilié osait relever sa tète et engageait une lutte avec ses oppresseurs, le pouvoir central soutenait ceux-ci dans leur tyrannie, et mettait à leur service la police et l'armée.

Les whigs ont introduit dans l'administration de l'Irlande d'autres maximes et d'autres procédés de gouvernement; ils ont interdit les manifestations publiques dont la Boyne était

le prétexte (1)m1s s'efforcent, en laissant le jury accessible aux citoyens de toutes les croyances, d'établir une justice impartiale; ils proclament le principe que l'autorité publique est instituée autant dans l'intérêt du peuple que dans celui des classes supérieures; et, si leur balance penchait plus d'un côté que d'un autre, ce serait, il faut le reconnaître, plutôt vers le pauvre qu'en faveur du ridie qu'elle inclinerait.

Il sufiit, en effet, de jeter un coup d'œil sur l'Irlande pour s'apercevoir que non-seulement le gouvernement whig n'accorde point à l'aristocratie de ce pays l'exorbitante protection que celle-ci recevait des tories, mais encore qu'il la traite plutôt en adversaire. 11 ne se borne pas à ne plus lui conférer les emplois publics dont elle avait autrefois le monopolo, il s'efforce de la dépouiller de ceux qu'elle possède encore. Un juge de paix, grand propriétaire, commet-il une taule, le gouvernement saisit cette occasion de le remplacer par un magistrat salarié. Quelque autre se signale-t-il comme chef du parti orangiste, on le destitue purement et simplement (2).

En même temps qu'ils enlèvent à l'aristocratie d'Irlande les faveurs et les grâces du pouvoir exécutif, les whigs accordent ces grâces et ces iiaveurs aux adversaires les plus notoires de cette aristocratie; ils appellent la plus.qu'ils peuvent de catholiques dans la commission de la paix ; ils nomment aux fonctions publiques les plus éminentes des hommes manifestement engagés dans le parti national (5). Au lieu d'élire pour sliérifs des comtés les grands propriétaires que désire l'aristocratie, le gouvernement choisit ceux qu'elle considère comme ses ennemis (A). Depuis les moindres emplois jusqu'aux plus élevés, depuis les dignités de lajudicature jusqu'à la police, il prend ses agents dans le parti populaire. A vrai dire, le gouvernement des whigs en Irlande et l'aristocratie de ce pays sont en état de guen*e ouverte.

Cette façon de procéder du gouvernement whig en Irlande

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