‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 97 sur 219 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

de créer quelques instruments nouveaux de centralisation, ou de perfectionner ceux qui déjà existent. Ils ont, depuis 1851, soumis les juges de paix à une surveillance régulière et périodique (1); ils ont restreint les pouvoirs des grands jurys; ils ont transporté au gouvernement central le choix et le contrôle de plusieurs agents salariés du comté, et lui ont attribué le pouvoir de faire, dans de certains cas, des travaux d'utilité publique^ tels que ponts, routes et canaux, qui jadis étaient dans le domaine exclusif des grands jurys (2). Enfin ils ont créé en Irlande trois administrations centrales, dont chacune porte à Faristocratie de ce pays uno atteinte plus ou moins grave. L une a pour objet les travaux publics (5); l'autre est relative à l'instruction primaire (4); la troisième concerne l'exécution de la loi des pauvres dont on a parlé plus haut. La première est celle qui frappe le plus directement dans sa puissance Faristocralie des comtés, puisqu'elle est Tinstrument avec lequel le gouvernement peut désormais exécuter ce que, jadis, les comtés seuls pouvaient faire ; les deux autres ne l'atteignent qu'indirectement, ceUe-ci en constatant par l'institution dune charité publique le peu de sympathie du riche pour le pauvre; celle-là en conférant des lumières au peuple, et en lui donnant ainsi plus de force contre son ennemi.

On voit, par ce qui précède, dans quelle mesure les whigs se sont, jusqu'à -présent, servis de la centralisation pour réformer les institutions dts l'Irlande. On peut s'apercevoir qu'ils procèdent, quand ils centralisent en Irlande, moins timidement qu'en Angleterre, non qu'ils transportent en masse au gouvernement général les pouvoirs de l'aristocratie réformée, mais ils en centralisent une partie, confèrent au gouvernement des attributions nouvelles, et gênent la puissance de l'aristocratie dans la portion d'autorité qu'ils lui laissent. Maintenant que l'on sait comment ils manient ce grand instrument de réforme, on peut apprécier quels coups ils sont capables de porter en Irlande à l'aristocratie des

comtés ; ce qu'ils ont fait est déjà un signe de ce qu^ils pourraient faire. On retrouve, du reste, ici, chez les whigs, quoique moins prononcée, cette éternelle tendance des gouvernants anglais à faire les réformes de l'Irlande de la même manière que les réformes de rAngleterre, et cette disposition constante, quand ils déplacent un pouvoir, à le distribuer plutôt dans tous les rangs de la société qu'à en investir le gouvernement central tout seul. Aussi peut-on considérer comme probable que si les whigs abolissaient les grands jurys des comtés, ce ne serait point pour transporter leurs attributions à Fautorité centrale, mais pour les remettre à des administrations locales dont les membres procéderaient de Télection populaire ; système libéral mais compliqué, qui convient à un pays où les diverses classes de la société, dont on demande le concours, sont en parfaite harmonie, mais qui peut-être sied mal à l'Irlande, où ces classes sont en état de guerre mutuelle, où la classe moyenne est encore dans Fenfance, où le peuple n'a point l'habitude de se conduire, et où l'aristocratie est tellement antinationale, qu'il faut bien moins travailler à régler ses pouvoirs qu'aies abolir (1).

Réformes que peuvent faire les wbigs dans l'Ëlat.

On vient de voir quelles réformes politiques les whigs peuvent faire dans la paroisse, dans les corporations municipales et dans le comté; reste l'État.

Pendant tout le temps que les tories ont gouverné l'Irlande, l'aristocratie irlandaise a possédé dans l'État un immense privilège politique; ce privilège, c'était la faveur, ou pour mieux dire, la partialité constante du pouvoir exécutif.

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