L'Irlande sociale, politique et religieuse
Où Ton expose comment, à l'aide des libertés accordées ou conquises, l'Irlande a résisté à l'oppression.
Les Irlandais, réduits sous le joug, avaient reçu de leurs maîtres trop d'instruments de défense pour ne pas combattre l'oppression.
Que l'on étudie l'organisation politique de l'Irlande, dès les temps qui ont suivi la conquête jusqu'à nos jours, on y trouvera constamment presque toutes les formes et presque tous les principes d'un gouvernement libre.
Il y a sans doute plus d'un mensonge dans cette organisation libérale, au sein de laquelle on entend
1 RI sISTAKCi: A L'oppiir.ssiox.
résonner les feis rie la servitude; et pourtant seraitil juste de ne voir dans toutes les lois constitutionnelles données à l'Irlande qu'une odieuse hypocrisie des législateurs? INon, sans doute. On a vu précédemment comment ces institutions libérales étaient sérieuses au moins pour tous les Anglais protestants établis en Irlande, et qui obtinrent de l'Angleterre des droits que celle-ci ne pouvait leur refuser; et ce fut déjà un grand avantage pour les Irlandais tenus sous le joug d'avoir au milieu d'eux une société d'hommes libres; car c'est un des caractères sublimes de la liberté qu'elle ne puisse être vue sans être aimée, et que pour la vouloir, il suffise de la connaître.
Ajoutons, pour être totît à fait équitables, que ces protestants qui sans doute voulaient d'abord pour eux une constitution libérale, osaient à peine la refuser toute entière au peuple dont le gouvernement leur était confié, et qu'ils conféraient à ce peuple quelques garanties politiques dans le temps même où, à cause de son culte religieux, ils lui faisaient subir une persécution cruelle. Il se trouve plus de bonne foi qu'on ne pense dans cet assemblage de libertés écrites et d'oppression réelle.
C'est un phénomène bien digne d observation , qu'au plus fort de sa tyrannie , l'Anglais ne se départ point de certains principes libres qui tiennent à ses mœurs, à ses habitudes, à ses préjugés même, et que ne détruit pas toujours la logique de son intérêt. Il porte, contre les catholiques d'Irlande, des lois pénales dont rien n'égale l'iniquité ; mais en attaquant le catholicisme, il croit combattre le pou-