DEUXIÈME PARTIE, CFIAP. II, § I II
est politiquement libre, ses habitants sont encore tout pleins de préjugés et de souvenirs de leur ancienne servitude; voyez seulement leur aspect extérieur : ils marchent le front incliné vers 1^ terre ; leur attitude est humble, leur langage timide j ils reçoivent comme une grâce ce qu'ils pourraient demander comme un droit, et ils ne croient point à l'égalité que la loi leur assure et dont on leur donne des marques. — Mais si de la cité vous passez dans l'Église , vous êtes tout à coup frappé du contraste. Ici se redressent les contenances les plus abattues , et les têtes les plus humbles se relèvent, portant vers le ciel les plus nobles regards ; l'homme reparaît dans sa dignité. Le peuple irlandais est dans son église, et là seulement il se sent libre ^ là seulement il est sûr de son droit. Il occupe le seul terrain qui n'ait jamais manqué sous ses pieds.
Quand l'autel est aussi national, comment le prêtre ne le serait-il pas? De là la grande puissance du clergé catholique en Irlande. Appliqué à renverser le catholicisme, le gouvernement anglais ne pouvait abattre le culte sans détruire le clergé. Et l'on a vu ailleurs comment il travailla à la ruine de celui-ci. Cependant, en dépit des lois pénales qui d'ailleurs sommeillaient quelquefois, il y a toujours eu des prêtres en Irlande. Le culte catholique n'y eut longtemps il est vrai qu'une existence mystérieuse et clandestine, il était légalement censé ne pas être , et la même fiction s'étendait au clergé ; alors même qu'on tolérait le culte catholique , on ne l'autorisait pas , on ne le reconnut même qu'indirectement , lorsqu'en 1798 le parlement anglais vota des fonds