‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 14 sur 101 · III. — LE CLERGÉ CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

III. — LE CLERGÉ CATHOLIQUE

Mais de tous les éléments sociaux existants en Irlande, et qui, favorables à la liberté , contiennent aussi des germes de démocratie, il n'en est peut -être point de plus fécond, au moins dans le temps présent, que le clergé catholique. Si O'Connell est le sommet de l'association, on peut dire que le clergé catholique en est la base. Mais O'Connell est un homme dont la puissance est destinée à finir avec sa vie , si même le déclin de son pouvoir ne précède sa mort (i). Le clergé est un corps qui ne meurt point.

Le clergé catholique est ce qu'il y a en Irlande de plus national : il tient aux entrailles mêmes du pays. Nous l'avons vu ailleurs, l'Irlande ayant été en même temps attaquée dans sa liberté et dans son culte, la religion et la patrie se sont mêlées dans

46 HJÎSI^TANCE A l'oppression.

1 ame de l'Irlaudais , et sont devenues pour lui une seule chose. A force de lutter pour sa religion contre l'Anglais, et pour sa patrie contre le protestant, il s'est accoutumé à ne voir de partisans de sa foi cpie parmi les défenseur? de gofl indépendance ; et à ne trouver de dévouement pour sqn indépendance que parmi les amis de sa religion.

Au milieu des agitations dont son pays et son âme oi^t été le théâtre, l'Irlandais, qui a vu se consommer tant de ruines au-dedans et autour de lui , ne croit à rien de stable et de certain dans ce monde, si ce n'est à son culte j ce culte aussi vieux que la vieille Irlande , ce culte supérieur aux hommes , aux siècles, aux révolutions, qui a traversé les plus sinistres orages et les plus dures tyrannies, contre lequel Henri VIII n'a rien pu , qui a bravé la reine Elisabeth , sur lequel a passé , sans l'abattre , la sanglante main de Cromwrell, et que n'ont pas même atteint cent cinquante années de persécutions continues. Pour l'Irlandais il n'y a de souverainement vrai que son culte.

En défendant ce culte , l'Irlandais a été cent fois envahi, conquis, chassé du sol natal; il a gardé sa foi et perdu sa patrie. Mais après la confusion qui s'était faite dans son esprit de ces deux choses, sa religion sauvée est devenue tout pour lui, et s'est encore étendue dans son cœur en y prenant la place qu'y tenait son indépendance. L'autel où il prie est encore sa patrie.

Parcourez l'Irlande , regardez les populations , étudiez leurs mœurs , leurs passions , leur caractère , vous reconnaîtrez qu'aujourd'hui même où l'Irlande

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