‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 21 sur 101 · DEUXIEME PA.RTII:, CH.VP. II, § IV. G · texte numérisé non relu

DEUXIEME PA.RTII:, CH.VP. II, § IV. G

religieux ; ceux-là, au contraire, pactisent avec les catholiques dont ils n'aiment pas le culte, par amour des principes politi(]ues attachés au triomphe de la cause catholique irlandaise.

Du reste, quelle que soit leurliarmonie apparente, les presbytériens libéraux et les catholiques d'Irlande ne s'accordent complètement que dans la guerre pour laquelle ils se sont ligués : ennemis au fond , ils cessent de se haïr pour haïr ensemble un ennemi commun-, c'est une union de passions bien plus que de doctrines. Tous deux, il est vrai, repoussent l'aristocratie du gouvernement ; mais les presbytériens détestent surtout le pouvoir comme anglican ; les catholiques, comme protestant et anti-national. Les presbytériens sont bien aussi des protestants et des étrangers qui , à ce double titre , devraient être odieux aux catholiques ; mais ceux-ci oublient , du moins présentement , l'origine et le culte des presbytériens alliés à eux , pour ne voir en eux que d'utiles et généreux auxiliaires.

Ces auxiliaires prêtent au mouvement démocratique d'Irlande une assistance considérable. Ils ne sont, il est vrai, qu'une faible fraction de la grande association nationale (1) , mais ils en sont la partie la plus éclairée et la plus active. Il est digne de remarque que jamais aucun grand événement, crise sociale ou politique , rébellion heureuse ou fatale , ne se sont accomplis en Irlande sans que les presbytériens de i'Ulster y aient eu la plus grande part. Ils tiennent sans doute de leur doctrine certaines habitudes intellectuelles qui influent sur leurs dispositions politiques , les rendent inquiets et II, 5

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remuants, el les poussent eu avant de toutes les agitations et de tous les changements.

Les circonstances les ont d'ailleurs rendus singulièrement propres à la guerre constitutionnelle que l'association nationale livre à l'aristocratie sous la protection des lois. La tendance naturelle de leur doctrine serait sans doute républicaine. Qu'étaient en effet les indépendants d'Angleterre, les niveleurs, les apôtres de la cinquième monarchie, sinon des puritains qui avaient appliqué à la politique leur méthode religieuse? Mais les presbytériens d'h^lande, dans l'âme desquels les premiers accents de la république française avaient éveillé tant d'espérances et de sympathies, perdirent bien des illusions, quand ils virent la république en France , se souiller d'excès pour se conserver, et, en Irlande, recourir à la violence pour s'établir. Depuis 1798, l'idée d'une république pour l'Irlande est tout à fait abandonnée des presbytériens les plus démocrates , qui , par ce changement , sont devenus les meilleurs athlètes que puisse avoir l'Irlande modenie dans la lutte toute légale qu'elle a engagée. Ils apportent dans cette lutte leur esprit de liberté , de progrès ; et il est à remarquer qu'en même temps qu'ils renoncent à pousser leur doctrine jusqu'à sa dernière conséquence en politique , ils sont plus ardents que jamais à en appliquer les principes moins extrêmes , et manifestent plus incessamment l'esprit de liberté, de progrès et de démocratie, qui leur est propre.

On peut regarder comme certain que cette portion des presbytériens irlandais, qui font cause commune avec les catholiques, est en voie de s'ac-

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croître, tandis que la partie hostile diminue. Outre la division politique existante parmi les presbytériens d'Irlande, il y a dans leur Église une cause plus ancienne de scission, et qui est purement religieuse. Les uns, qu'on appelle orthodoxes, sont ceux qui, quoique matériellement séparés de l'Église d'Ecosse, conservent toujours avec elle un lien moral, suivent ses principes, et se gouvernent selon sa règle : or l'Eglise d'Ecosse , quoique d'origine puritaine, a retenu quelque chose du principe d'autorité, puisque, pour en être membre, il faut souscrh-e une certaine profession de foi. Les presbytériens orthodoxes d'Irlande sont ceux qui, selon ce principe de l'Église écossaise, établissent un dogme que doit reconnaître tout membre de leur communauté. C'est , en général , parmi les presbytériens orthodoxes que se trouvent les adversaires des catholiques et de leur cause. Les autres , qui se nomment dissidents ( dyssenters) , sont ceux qui ramenant le principe protestant et puritain à sa première origine , ne reconnaissent d'autre autorité que celle des livres saints, que chacun entend comme il lui plaît , à la condition toutefois qu'il croie à leur source divine. Ces dissidents, presbytériens d'Irlande, qu'on appelle aussi ariens , ont la plus grande analogie avec les unitaires des États-Unis, dont Boston est le berceau. Or ce sont ces dissidents qu'on voit tous partisans du mouvement démocratique, et (jui chaque jour gagnent du terrain.

Je n'examine point ici ce qu'il peut y avoir de salutaire ou de funeste en général, dans ce développement du principe démocratique de l'Eglise près-

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bytérieniu' ; là se trouve tout ciitiori* la grande question de la liberté liiiinaine et de Tautorité; de ces deux puissances qui se disputent le monde, qu'il semble aussi impossible d'unir (jue de séparer, qui se livrent une guerre perpétuelle, comme si la première ne pouvait exister que par la destruction de la seconde , et qui sont cependant si néct^ssaires l'une à l'autre, que, dès que celle-ci domine, cellelà est en danger de périr , et que chacune ne trouve son salut que dans la mutuelle opposition des deux. Je me borne donc à constater que dans la lutte engagée au sein de l'Église presbytérienne d'Irlande, c'est le principe de liberté qui a l'avantage sur le principe d'autorité , et que le succès des dissidents sur les orthodoxes ajoute au nombre des presbytériens qui sont unis aux catholiques d'Irlande.

Mais cette alliance des presbytériens et des catholiques n'est-elle pas factice et passagère? Je suis tenté de la croire telle. Otez les causes accidentelles d'union , et je doute que l'harmonie subsistât longtemps entre des éléments si dissemblables.

A la vérité il y a tous les jours, dans les deux cultes , une tendance à se rapprocher par les idées et parles mœurs. Les catholiques d'Irlande ont depuis longtemps repoussé et désavouent chaque jour les doctrines et les pratiques superstitieuses que les puritains leur reprochaient le plus. Il y a dans les habitudes et dans la prédication des deux clergés, une tolérance singulière , qui est de fait, sinon de principe ; des ministres presbytériens et des prêtres catholiques entretiennent entre eux des rapports bienveillants ; on voit des mariages se former entre

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catholiques et presbytériens; et la célébration du mariage, faite alternativement par les ministres des deux communions , amène encore entre ceux-ci un échange de courtoisie et de bons procédés; l'esprit de tolérance se répand d'ailleurs avec le cours des siècles; les luttes communes, les succès obtenus en combattant ensemble, resserrent ces premiers liens, et si cet état de choses se continuait longtemps, on concevrait qu'il en résultât , pour les catholiques et lepresbytériensunis, plus qu'une alliance momentanée de passions et d'intérêts ; chaque culte pourrait bien à la longue se modifier assez pour que l'accord durable des deux cessât d'être impossible.

Cependant le principe catholique et le principe presbytérien sont aussi opposés l'un à l'autre que ces deux adversaires éternels, l'autorité et la liberté. Comment donc se fondraient-ils dans une sincère et durable union ? Je doute c^ue cette fusion s'accomplisse jamais ; car il n'y a rien d'implacable comme un principe. Les ariens d'Irlande sont, comme les unitaires d'Amérique, les véritables adversaires du catholicisme. Ce sont les philosophes de l'Eglise protestante ; heureux philosophes sans doute qui ont pu enter leur philosophie sur un rameau chrétien ; philosophes surprenants par un mélange singulier de foi et de lumières , de passion et de tolérance, d'audace intellectuelle et de crédulité; chrétiens primitifs et philosophes modernes; croyant à la divinité de Jésus-Christ comme Bossuet, et d'ailleurs sceptiques comme Voltaire ; fervents comme les puritains de Cromwell , humains et tolérants comme les disciples de Fénelon. De ces deux

•yO RÉSISTANCE A L OPPRESSION.

principes ((ui se disputent leur âme et leur esprit, lequel l'emportera eji définitif? Sera-ce la foi? Sera-ce le tloute? Jusqu'où le doute les mènera-t-il? S'arrètera-t-il toujours devant la divinité de la Bible, limite que jusqu'à présent il n'a jamais dépassée? Mais quelle que soit la somme de christianisme qu'ils conservent , il est certain que leur principe est l'examen , et leur méthode le doute. Or, c'est précisément le principe opposé à celui de l'Église catholique.

Il est donc probable que le jour où les presbytériens et les catholiques d'Irlande ne seront plus tenus dans l'union par la présence de leur ennemi commun, ils se diviseront , et se feront de nouveau la guerre.

Ces vues sur l'avenir qui les attend ne sont que conjecturales; ce qui est certain aujourd'hui, c'est l'immense puissance que l'Irlande démocratique tire de leur présente union.

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