i HKSISTANCE .\ l'oPPRESSION
1er ensemble à la même œuvre. Le culte catholique et le culte presbytérien d'Irlande ont été dans l'origine séparés par tant de passions et de préjugés, qu'une simple analogie dans les effets politiques de leiu' doctrine ne les eût point sans doute rapprochés, s'il n'eût existé d'ailleurs entre eux, dès le principe, une autre cause d'union; cette cause c'est la présence au milieu d'eux d'un adversaire commun , l'Eglise anglicane , l'alliée du gouvernement anglican.
Pendant longtemps là haine religieuse qui lés animait l'un contre l'autre fut plus puissante que l'intérêt politique qui pouvait les réunir ; et l'histoire en offre un mémorable exemple. En 1703 on proposa dans le parlement d'Irlande un bill qui avait pour objet de contraindre tous les fonctionnaires publics à prêter un serment conforme au rit anglican. Or, ce bill , destiné surtout à frapper d'incapacité les catholiques irlandais, était conçu dans des termes si généraux qu'il atteignait aussi bien les dissidents méthodistes et les presbytériens que les catholiques eux-mêmes ; cependant les presbytériens ne le repoussèrent point; etj en l'acceptant^ ils aimèrent mieux s'interdire à eux-mêmes l'exercice d'un droit que de le laisser aux catholiques. Ici l'intérêt politique cédait à la passion religieuse (»).
Plus tard la passion religieuse cède à la passion politique ; et l'on voit s'unir dans un commun intérêt d'indépendance ceux que la religion séparait; ce changement date de 1789. Déjà avant cette époque les presbytériens d'Irlande avaient plus d'une fois manifesté leurs penchants républicains et démocra-
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tiques. Ces grands mouvements de 1778 et de 1 782, dans lesquels on vit la moitié d'un peuple sous les armes, ces conventions populaires où les résolutions se délibéraient à la majorité des suffrages, avaient pour point central la province d'Ulster, et pour base la population presbytérienne. Mais alors l'esprit de secte gênait encore l'esprit de liberté; et, satisfaits d'obtenir des droits et des garanties pour l'Irlande protestante , les presbytériens de ce temps prenaient peu de souci de la servitude catholique. La révolution française vint imprimer à leur esprit des tendances plus larges et plus généreuses. La France répandait sur tout le inonde des idées de liberté générale et d'émancipation universelle, qui ne trouvèrent nulle part un plus grand retentissement qu'en Irlande, de tous les pays le plus opprimé. Ce ne fut pourtant point parmi les plus misérables, c'est-à-dire parmi les catholiques , que la liberté française rencontra le plus d'écho ; ceux qu'elle trouva les plus prompts à adopter ses conseils et ses élans, furent les presbytériens , plus attentifs à sa voix parce qu'ils la comprenaient mieux.
Aussi tout le mouvement irlandais de cette époque est-il imprégné de l'esprit français et des passions de la France. On ne parle plus en Irlande que de la déclaration des droits et de la souYeraineté du peuple ; à Dublin , à Belfast , on célèbre avec pompe, au i4 juillet de chaque année, l'anniversaire de la prise de la Bastille ; chaque victoire que la France remporte contre l'Europe monarchique est pour l'Irlande un sujet de joie et l'occasion d'une fête nationale ; à tort ou à raison , s'écrie le peuple
G /j RÉSISTANCE A l'oPPRESSION.
irlandais, que la France trioniplie! c'est notre cause qu'elle déleiicl, c'est pour nous-uièaies qu'elle combat; c'est la cause de la liberté humaine.
Et dans cet entraînement généreux , des protestants, qui jusqu'alors s'étaient montrés les implacables ennemis du culte catholique, s'établissent ses champions les plus dévoués, et montrent pour son aftranchissement plus de zèle et d'impatience que les catholiques n'en témoignaient eux-mêmes. Tous les protestants, qui alors se mirent à la tète du mouvement national et formèrent, en s'unissant aux catholiques , la fameuse association des Irlandais-Unis^ étaient des presbytériens.
De là date la première alliance survenue entre ces deux mortels ennemis, les catholiques et les puritains. De là aussi la première scission politique arrivée dans le corps des presbytériens d'Irlande: car, tandis que les uns faisaient taire leurs passions religieuses pour n'écouter que leurs sympathies politiques , les autres , fermant l'oreille à la voix de la liberté qui les appelait , restaient opiniâtrement attachés au joug de leurs vieilles haines antipapistes.
Cette division est encore celle que présentent les presbytériens de nos jours. Sur sept cent mille environ dont toute la secte se compose, il y en a à peu près la moitié qui sont favorables au mouvement démocratique que l'autre moitié combat. Ceux-ci ont plus de haine pour la religion catholique que d'amour pour la liberté, et préfèrent demeurer les alliés de l'Église anglicane, leur ennemie politique , que de s'unir aux catholiques, dont ils sont les ennemis