‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 27 sur 101 · VI · texte numérisé non relu

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De la nature des partis en Irlande.

Si l'on approfondit le caractère véritable des partis en Angleterre, on reconnaîtra qu'il n'y existe pas , du moins quant à présent , de parti qu'on puisse justement appeler démocratique. Les torys, les conservalifs, les w^higs, ne sont que des nuances

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diverses de l'aristocratie ; on peut en dire presque autant de la plupart des radicaux eux-mêmes. Non qu'il n'existe entre ces partis des dissidences considérables et profondes: ils poursuivent assurément des buts très-opposés, et les causes qui les amènent dans la lice sont très-réelles. Mais, s'il est vrai que les uns combattent pour conserver intacts les privilèges aristocratiques, d'autres pour les modifier, peutêtre faut-il ajouter qu'aucun d'eux ne veut les détruire entièrement. 11 y a, dans les mœurs, dans les lois et dans la constitution anglaises, une vieille base féodale sur laquelle chacun de ces partis veut bâtir des édifices différents, mais que nul ne songe à renverser. J'essaierai ailleurs d'indiquer par quels détours ces voies aristocratiques peuvent conduire l'Angleterre elle-même à la démocratie; ici je constate , sans le discuter, un caractère commun en Angleterre à tous les partis, et qui ne se rencontre point en Irlande. Dans ce dernier pays, un tout autre spectacle s'offre à la vue ; deux partis s'y présentent seuls , entre lesquels il ne se trouve aucun intermédiaire. Point de conservatifs modérés, point de whigs ; il n'y a que des torys et des radicaux , et ici les radicaux ne sont pas aristocratiques; car, en Irlande, la question est posée entre l'aristocratie et le peuple. Ce caractère extrême des partis irlandais est encore un fait singulièrement favorable à la démocratie.

Tel n'a pas toujours été l'état des choses en Irlande. Lorsque dans ce pays la population catholique ne comptait pour rien, les protestants, seuls maîtres de la société et du gouvernement , se divi-

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saient entre eux et formaient presque autant de partis qu'on en voit tle nos jours en Angleterre. C'est ainsi que, jusqu'à la fin du siècle dernier, on distinguait trois nuances bien marquées parmi les protestants d'Irlande; ceux qui, servilement dévoués au gouvernement anglais , lui sacrifiaient complètement leur indépendance et celle du pays; c'étaient les torys du temps. Puis venaient les protestants qui , sans prendre souci de llrlande catholique , souhaitaient cependant d'avoir pour eux-mêmes des libertés, des droits et des garanties; c'étaient les whigs d'alors , par exemple , lord Charlemont. Et enfin il y avait des protestants qui, adoptant des principes plus élevés et des théories plus généreuses, demandaient qu'on en fit l'application sans réserve, au risque de voir leur réforme profiter à la population catholique ; ceux-ci étaient les radicaux de l'époque : tel était Grattan. Il y eut enfin pendant quelque temps , à l'époque de la révolution française, un quatrième parti composé de protestants et de catholiques, lequel n'était ni tory, ni whig, ni radical, mais bien révolutionnaire, voulant secouer le joug de l'Angleterre, et constituer en Irlande une république; c'était le parti qui, parmi les catholiques de Dublin, avait à sa tête Theobald Wolfe Tone, et parmi les protestants du nord, Samuel Neilson , de Belfast.

Tous ces éléments de partis, en Irlande, sont aujourd'hui renversés et leurs conditions changées. La nation qui ne comptait pour rien , étant devenue à peu près tout , les divisions des protestants entre eux n'ont pu rester les mêmes, et quand ils se sont

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séparés, ce n'a plus été pour former chacun un parti protestant distinct, mais pour s'unir à la cause populaire, ou pour s'établir en opposition contre elle. De ce moment ce ne sont plus des opinions et des systèmes divers qui se sont trouvés en présence, mais deux ennemis implacables qui ont juré la ruine l'un de l'autre, entre lesquels il n'y a point de compromis possible, et qui , quand même ils ne combattent pas, ont toujours les armes à la main. De là la nécessité où est chacun en Irlande de se placer sous l'un des deux drapeaux qui s'offrent à sa vue; de là les deux partis qui, seuls aujourd'hui, se montrent dans ce pays.

Le premier est le vieux parti anglican qui prend pour devise le salut de l'Église protestante , et pour mot de ralliement la haine du papisme; son principe sacramentel c'est l'union intime de l'Eglise et de l'Etat, c'est-à-dire du culte anglican et de l'aristocratie anghcane. Tandis que tout marche et que tout change autour de lui, il demeure immobile, et il soutiendrait, sur les ruines de l'univers, qu'une société politique ne saurait exister si elle n'est exclusivement protestante.

Ce parti ne conçoit une société protestante qu'avec une Église protestante, un gouvernement protestant, un roi protestant, un parlement protestant, des juges et des fonctionnaires protestants, des citoyens et des soldats protestants (i); quiconque dans le pays n'est pas protestant, est, à ses yeux, comme s'il n'existait pas, et n'a qu'une vie fictive.

Ce parti considère que tout ce qui a été fait con-

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