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ligion catholique; pour drapeau, la liberté. Ses griefs et ses haines reposent sur six cents ans d'oppression; ses espérances sur un demi-siècle de victoires, la sainteté de sa cause sur une suite d'infortunes qui dépassent toute croyance.
Quoiqu'il soit profondément catholique, beaucoup de protestants s'y rencontrent, tandis que dans le parti protestant tory il n'y a pas un catholique.
Le parti catholique est aussi en Irlande le parti libéral , et la raison en est simple : les catholiques dont il se compose en grande partie, ayant été longtemps opprimés, ont naturellement demandé des réformes que les tories , au profit de qui la tyrannie était instituée, combattaient de toute leur puissance. Ceux-ci, qui repoussent ces réformes sous le prétexte qu'elles sont incompatibles avec la constitution, prennent, par opposition au parti libéral, le nom de parti constitutionnel.
C'est ce parti national ou catholique libéral ou radical, qui en Irlande, il y a cinquante ans, cachait humblement sa tète, et qui à présent la lève avec audace, appuyé sur sept millions d'hommes (i).
C'est ce parti , qui est plus qu'un parti puisqu'il est la nation même, qui, en 1792, poussant son premier cri, montra que pour être puissant il lui suffisait de naître , et obtint alors la première émancipation politique des catholiques.
C'est ce parti qui , après avoir reçu de la révolution française un heureux élan, fut ensuite écrasé par elle ; on l'accusa de sympathies pour la répuiDlique et pour ses excès autant que pour les principes de la liberté. 89 l'avait aidé; 93 le tua.
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C'est ce parti, sur le cadavre duquel passa l'union de 1800; qui, après un néant de plus de vingt années , renaît au soin de l'association formée par O'Connell, prend pour mot de ralliement en i8a5 l'émancipation parlementaire des catholiques; en i83i l'abolition des dîmes; en i833, la rupture de l'union ; en 1 838, la réforme de l'Église et des corporations municipales.
Lorsque je dis qu'il n'y a en Irlande que deux partis , je ne prétends pas soutenir que tous ceux qu'on voit rassemblés sous la même bannière pensent de même : loin de là. Tel protestant pactise avec le parti tory, et qui est bien loin d'en avoir toutes les passions et tous les principes. Voyez toute cette portion des presbytériens que j'ai appelés orthodoxes et qui sont pour la plupart les fermes soutiens du parti orangiste ou tory ; ce n'est pas la sympathie qui les attire vers ce parti , car ils détestent profondément l'Église anglicane qui lui sert de base. Mais , pour faire la guerre aux catholiques qu'ils haïssent plus encore , ils sont obligés de se mêler au principal corps d'armée qui est celui des tories anglicans. Tel autre protestant combat pour une réforme radicale , et qui d'ailleurs procède , en politique et en religion , de principes fort différents de ceux des catholiques auxquels il s'allie ; c'est ainsi que les presbytériens dissidents ou unitaires, qui , sur beaucoup de points , sont si éloignés du parti catholique, en sont cependant les auxiliaires.
Les nuances se rencontrent surtout parmi les protestants qui , quoique appartenant à l'Église anglicane , se séparent cependant du parti orangiste ou
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anglican pour appuyer le parti catholique ou national. Les uns, en embrassant la cause libérale, n'obéissent qu'à un sentiment profond de conscience et d'équité; les autres font de même par calcul: quand le parti anglican était fort, ils le soutenaient; ils l'abandonnent faible et vont au parti catholique dans lequel la force a passé; ceux-ci agissent ainsi par prudence , ceux-là par peur. Lorsque la cause populaire est près de triompher, et que son succès défmitif devient chaque jour plus probable, beaucoup, qui jusque là condamnaient cette cause comme absurde et anarchique , commencent à en suspecter le bon sens et l'équité : ils voient du côté du peuple des victoires prochaines dont il sera doux de prendre sa part, et dans le camp opposé des défaites et des périls qu'il est sage d'éviter.
Mais , quel que soit le motif qui les fasse agir, et quelques dissidences qui séparent l'armée principale et ses auxiliaires, quelle que soit la répugnance qu'éprouvent à s'unir intimement ceux qu'une raison politique rapproche, et que tant de causes morales et religieuses divisent; dès qu'ils se sont enrôlés sous la même bannière, dès que le presbytérien est uni aux anglicans, ou l'anglican aux catholiques, il y a union étroite, et nécessité de combattre ensemble : car il n'existe en Irlande que deux armées, à l'une desquelles il faut absolument appartenir. En somme on peut dire que nulle part les partis ne sont plus tranchés , et qu'en aucun pays il n'y a cependant une plus grande variété de passions, de sentiments, d'idées et d'intérêts.
Ce serait aussi une erreur que de croire, parce
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qu'il n'y a que deux partis, que quiconque s'est une fois donné à l'un y ï»<>il à tout jamais enchaîné; il existe, à la vérité, dans chacun des deux partis un fonds innnobile et immuable; dans le parti tory, c'est le clergé anglican et l'aristocratie anglicane ; dans le j)arti radical, c'est toute la population catholique. Lqs classes moyennes protestantes et la secte des presbytériens forment ce qu'on peut appeler la portion variable et flottante de la population, qui fournit tour à tour et tout à la fois des éléments aux radicaux et aux tories. Tel protestant^ qui en 1825 réclamait avec ardeur l'émancipation parlementaire des catholiques, vote aujourd'hui contre eux dans les élections. Tel autre, qui s'est réuni à eux pour faire abolir les taxes d'Eglise (church rates) et le système des dîmes , va devenir leur adversaire le jour où , au lieu de s'en prendre aux abus de l'Église anglicane, on en attaquera le principe jfai-méme. Bien loin d'être éternelles, ces alliances sont au contraire, en Irlande, singulièrement fragiles. Dans un premier mouvement d'enthousiasme, dans un élan généreux on se rapproche, on s'unit, on fait un pacte d'amitié perpétuelle ; on croit sincèrement à cet accord. Cependant l'union est plus à la surface qu'au fond. Protestants et catholiques s'embrassent étroitement lorsqu'en 1 829 ils remportent la grande victoire, due à leurs communs efforts; l'effusion est réelle, riiarmonie touchante ; et pourtant le germe de division existe déjà au fond des cœurs. Voilà, dit tacitement la conscience protestante , de quoi contenter les catholiques ; ce sera le point d'arrêt. Le catholique au contraire : Voilà, se
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dit-il intérieurement , une grande conquête à l'aide de laquelle j'en obtiendrai d'autres. Et le jour suivant les deux amis se trouvent adversaires face à face. Mais les membres qui composent cet élément variable des partis en Irlande ne peuvent quitter un camp sans passer immédiatement dans un autre; et souvent, au milieu d'un conflit de motifs graves qui se balancent à peu près également, la nuance la plus légère jette aujourd'hui le radical parmi les torys, et l'en fait sortir le lendemain pour le ramener parmi les radicaux .
Il serait difficile de dire combien de temps durera cet état de choses. Il me paraît toutefois que, si un troisième parti se forme en Irlande, ce ne sera pas au sein de l'aristocratie protestante qu'on le verra naître, mais plutôt parmi le peuple catholique, qui, désormais confiant dans sa force et prompt à s'éblouir, serait enclin à se diviser. Mais la marche adoptée par les chefs du parti populaire a jusqu'à présent tendu singulièrement à maintenir l'unité dans ce parti. Le système de l'agitation constitutionnelle satisfait à peu près ceux qui, amis du progrès par la discussion paisible, repoussent l'emploi de la violence sanguinaire comme moyen de succès, et ceux qui , croyant insuffisantes les armes de la logique, pensent que l'assistance de la force matérielle ne doit pas être tout à fait négligée. Or, ce système, qui combine assez ingénieusement les deux puissances du droit et du fait, a réussi jusqu'à présent à prévenir la naissance, parmi le peuple, d'un parti whig modéré ou d'un parti révolutionnaire. Cependant il est probable que si, durant une
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longue suite d'années, rAn<i;leterre refusait à l'Irlaiide les réformes (jne réclanie le parti radieal existant chez celle-ci, il se formerait au-dessous de ce parti un parti plus radical encore, et qui ne pourrait être tel qu'en devenant révolutionnaire; de même que si, de grandes concessions étant faites à l'Irlande, ses plus larges plaies se guérissaient, il se pourrait que, entre le parti tory et le parti radical actuel, il se formât un parti whig.
Quoi qu'il en soit de l'avenir, comme le seul parti dans lequel des divisions pourraient naître est aujourd'hui uni et compact, il faut absolument, en Irlande, faire son choix entre lui et son adversaire.
Tels sont les principaux traits des deux partis politiques qui divisent l'Irlande de nos jours. J'ignore si ces deux partis ont été jadis plus opposés l'un à l'autre qu'ils le sont à présent; mais il est difficile , qu'en aucun temps ils se soient témoigné plus de haine. Peut-être est-ce un effet de la plus grande liberté dont ils jouissent, et qui leur permet d'exprimer plus énergiquement des inimitiés moins fortes; peut-être, sans être aussi ennemis, sont-ils plus animés. Il s'est fait, depuis vingt années, dans l'état social et politique de l'Irlande, tant de changements considérables, sujets de triomphe pour l'un, d'abaissement pour l'autre, et dont le souvenir tout récent excite chez celui-ci des joies si insolentes, et chez celui-là des rancunes si amères ! Ce que l'on ne peut nier, c'est que l'esprit de parti se mêle à tout en Irlande.
Il empoisonne les relations sociales. Les tories et les radicaux irlandais ne forment pas seulement
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deux partis, mais encore deux classes distinctes qui n'ont entre elles aucun contact: bien différentes des partis anglais, dont on voit souvent les chefs opposés, après une lutte violente dans le parlement, se rencontrer le même jour au sein d'un cercle ami, où ils n'entrent qu'après avoir déposé tout souvenir de querelle et tout ressentiment. En Irlande, la séparation des deux partis est en quelque sorte matérielle : il y a dans chaque ville l'hôtel catholique et l'hôtel protestant On distingue de même tel ou tel meeting, tel bal, tel diner; la même distinction s'étend aux chemins et aux rivières; et il n'y a pas longtemps qu'un lord d'Irlande réclamait l'intervention du gouvernement pour empêcher la construction d'un pont papiste (i).
Mais l'esprit de parti ne s'arrête pas là en Irlande ; et, qui le croirait? il pénètre si profondément dans les âmes, qu'au milieu d'un pays tout chrétien, il parvient à corrompre jusqu'à la source même de la charité. A quoi bon, s'écrie le protestant tory? prendre souci des pauvres et de leur misère? est-ce qu'il ne se trouve pas des pauvres en tous pays ? est-ce que l'Irlande n'en a pas toujours regorgé? — Maudits soient les grands propriétaires d'Irlande! s'écrie le radical irlandais. Ils voient sans pitié les affreuses misères qui couvrent leurs domaines. Le pauvre, dont la charité est d'aimer les riches, ne leur doit que de la haine !
Mais c'est surtout dans le nord de l'Irlande que
ces passions haineuses se montrent et sévissent dans
toute leur violence; là, les partis ne sont pas autres,
mais ils sont dans des conditions différentes. Dans