‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 30 sur 101 · II · texte numérisé non relu

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I(* sud, OÙ il y a, terme moyen, yilns de vingt catholiques eonire un protestant, le parti tory est numériquement (i) trop faible pour se mesurer sur l'arène avec son adversaire; là, tout combat singulier lui serait funeste; il ne prend donc jamais l'offensive; et, quand il est attaqué à force ouverte, au lieu de se défendre les armes à la main , il appelle à son secours le gouvernement et la loi, la police et l'armée.

Dans le nord, au contraire, comme les deux partis sont à peu près de force égale, chacun peut espérer le succès d'ane lutte violente; aussi voit-on toujours les deux partis prêts à entrer dans la lice, et l'on s'y croit toujours à la veille d'une guerre civile. Les violences qui ont coutume de se commettre dans le sud , les attentats des White-Boys et leurs terribles confédérations, tiennent bien moins à l'esprit de parti politique qu'à un vice d'organisation sociale. C'est , au contraire, la passion de parti qui domine dans le nord.

Wolf Tone raconte, dans ses Mémoires, qu'en 1799. ('2), un de ses amis et lui-même étant allés dans le comté de Derry (Ulster) pour y remplir une mission politique , des aubergistes protestants du village de Rathfriland , sachant qu'ils étaient catholiques, refusèrent de leur servir à déjeuner pour leur argent.

Au mois de juillet 1 837, je parcourais la province d'Ulster : c'est le temps où le parti orangiste a coutume de célébrer les glorieux souvenirs de La Boyne et de Guillaume IIL iMa qualité d'étranger ne me préserva point des injures dont, en cette circon-

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stance, tout catholique est l'objet; et plus d'une fois je fus assailli de cette clameur populaire : I\o popery (à bas le papisme!) On s'entretenait alors dans le pays d'un triste événement. Le 9.8 juin 1837, jour de fête parmi les catholiques d'Irlande, dans le comté de Monaghan, des femmes et des enfants, tous pauvres catholiques, étaient réunis paisiblement autour d'un feu de joie, où une gaieté douce se confondait dans de pieux sentiments. Tout à coup trois coiq)s de fusil se font entendre; quatre enfants tombent, frappés de mort. Les meurtriers demeurent inconnus; mais aussitôt chacun répète que la haine des protestants contre les papistes a enfanté ce crime, et nul n'en doute.

Du reste, le parti orangiste, dont l'Ulster est le foyer, manifeste de nos jours plus de penchant pour l'emploi de la violence, qu'il n'en avait montré jusqu'ici. Autrefois les menaces de la force matérielle venaient plutôt du parti catholique et radical, de la masse populaire , à laquelle il ne manquait pour s'insurger que des supérieurs et des chefs. Pendant longtemps , le peuple irlandais a cru sincèrement que sa délivrance et sa régénération ne lui viendraient que d'une révolution politique, qui, remettant en question les droits au gouvernement et à la propriété, ferait rentrer le pouvoir et les terres dans les mains des premiers possesseurs ou de leurs héritiers. Ces traditions, jadis familières au parti national , se sont d'abord affaiblies dans une longue et stérile attente; et puis, d'heureux progrès obtenus au sein du travail et d'institutions libres,

lOO RÉSISTANCE A. L OPPRFSSION.

ont achevé do dissiper ces rêves de soudaine et violente prospérité. Mais il semble que, dans Tinslant où le principe de violence était abandonné par les catholiques, il ait été recueilli par le parti orangiste. Rien n'est plus fréquent que d'entendre des membres de ce parti exprimer le désir aident d'une lutte à force ouverte. Il n'est point , disent-ils, d'accord possible entre papistes et protestants; c'est chimère que de vouloir les faire vivre sur la même terre; il faut absolument que les uns en repoussent les autres, comme la vérité doit chasser le mensonge; c'est entre eux une querelle de vie ou de mort. Qu'un engagement décisif, qu'une guerre d'extermination termine donc entre eux le débat! Ce langage n'est point avoué par le parti tory, mais beaucoup de torys le tiennent. Ceux-ci pensent que si, en définitive, il faut un jour en venir aux mains, autant vaut que ce soit tout de suite que plus tard; ils voient leur puissance décliner chaque jour, et estiment plus sage de livrer le combat pendant qu'ils sont encore forts.

Il semblerait qu'il dût tout naturellement exister entre ces deux partis un médiateur capable sinon de les rapprocher, du moins de calmer leur mutuelle animosité; ce médiateur, c'est le gouvernement. En tout pays le gouvernement est le modérateur naturel des partis. S'interposer entre eux , tenir la balance égale de chaque côté, les tempérer l'un par l'autre , arracher à celui-ci une concession , obtenir de celui-là le sacrifice d'une exigence , les protéger tous , ne se livrer à aucun , telle est en Irlande La

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