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libre qu'il l'est présentement, n'a jamais été aussi maliieureux.
C'est une terrible vérité dont les preuves abondent, que jamais les propriétaires irlandais n'ont été aussi durs qu'ils le sont en ce moment pour leurs fermiers et pour les pauvres agriculteurs qui couvrent leurs domaines. Ceci s'explique sans peine : lorsque les cultivateurs d'Irlande étaient tenus par la loi dans une condition inférieure, le riche les traitait à peu près comme le maître traite ses esclaves , qu'il opprime suffisamment pour leur faire sentir le joug, et auxquels il laisse assez de liberté pour que ceux-ci puissent l'enrichir en travaillant. Mais ce calcul, que faisait autrefois le propriétaire irlandais, est aujourd'hui dominé chez lui par la passion. Depuis que son pouvoir est contesté, et que l'esclave se dresse devant lui en homme libre, le besoin d'abaisser celui-ci l'emporte sur l'intérêt de s'en servir. Le petit fermier, jadis dépouillé de droits politiques, est maintenant électeur; il envoie depuis peu des catholiques au Parlement; il vote aux élections contre son propriétaire... C'est son droit; mais de son côté le propriétaire a le droit de le chasser de sa ferme ; et ce droit , il en use rigoureusement ( I ).
On ne voit plus aujourd'hui deux ou trois protestants s'assembler en vestry et imposer la population catholique de la paroisse pour la construction et lentretien du culte qui, n'intéressant qu'eux, doit être à leur charge; mais ces deux ou trois protestants, grands propriétaires de la paroisse, voulant alléger le fardeau qui désormais ne pèse que sur
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eux, expulsent de leiu- ferme des fermiers catholiques et meltrnt à h\ j)lace de ceux-ci des protestants qui supportent avec eux leur part de la charge du culte.
Nous avons vu qu'il y a guerre entre les riches et les pauvres, entre les gouvernants et les gouvernés; or, plus les pauvres acquièrent de force, et plus la crainte et l'irritation des riches deviennent grandes. Les lois oppressives sont abolies , mais l'oppresseur reste toujours ; et, dans sa colère d'être dépouillé, après avoir été spoliateur, il tire encore un terrible parti des seuls pouvoirs que lui donne le droit commun. C'est une situation tout à fait extraordinaire que celle de ces riches ne faisant plus les lois qu'ils sont cependant toujours chargés d'administrer ; et c'est là encore une des causes de leur rigueur toutous croissante. Chaque loi nouvelle conçue dans un esprit plus tolérant envers les catholiques et plus libéral envers les pauvres, leur paraît une attaque contre leur autorité autant que contre leur culte , et on les voit alors se prévaloir plus étroitement de ceux de leurs droits qui ne sont pas entamés. Cette disposition explique comment, avec plus de libertés, le pauvre Irlandais souffre peut-être plus de persécutions, et comment, tandis que le pays est plus riche, celui qui le cultive est plus pauvre. La terre produit une fois plus qu'il y a cinquante ans, et l'agriculteur est une fois plus misérable (i).
Conclura-t-on de ce qui précède que le sort présent des Irlandais soit pire que n'était leur condition il y a cinquante ans? Non : les misères qu'ils éprouvent en ce moment sont de celles que la guerre
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traîne à sa suite : ils souffrent parce qu'ils combattent ; mais la lutte montre leur force ; et je ne saurais plaindre l'esclave blessé dans l'action où il gagne la liberté.
Et si, après avoir échappé à l'oppression politique, l'Irlande parvient jamais à se soustraire à sa misère sociale, n'est-ce pas d'abord à ses libertés qu'elle le devra? Qui pourrait contester les bienfaits que l'Irlande tire en ce moment de la seule liberté de la presse? Qui a mis au grand jour les vices de son état social et politique sinon la presse , dont la voix , puissante même à tromper, est si forte quand elle est un organe de justice et de vérité? N'est-ce pas elle qui a dévoilé dans le gouvernement irlandais et dans son aristocratie , des excès et des iniquités qui ne se peuvent perpétuer que dans l'ombre, et que sa lumière éclatante a condamnés à périr? Chaque jour elle révèle les maux de l'Irlande qui n'étaient guère plus connus de l'Angleterre que du reste du monde; chaque jour sa publicité impitoyable les proclame, et après avoir étalé sous les yeux du maître les hideuses plaies de l'esclave, vient demander compte des plaies encore plus hideuses de l'homme libre ; et à présent que ces maux sont mis à nu, il faudra bien les guérir. Comment le seront-ils? Je ne sais encore; mais ils doivent l'être, car leur énormité appelle le remède.