TROISIÈME PARTIE, CIIAP. III, l'j'j
sépare de lui. Ceci se passait en 1791. Cependant le moiprement national continue ; la retraite de l'aristocratie caliiolique apprend au peuple à se passer d'elle ; un plébéien ( i ) prend le timon des affaires ; des victoires sont remportées , des échecs essuyés ; on passe à travers de terribles crises et d'effroyables orages ; et lorsque après tant d'épreuves le triomphe du peuple est bien définitivement assuré, on voit l'aristocratie catholique reparaître (2) ; elle revient à la cause populaire abandonnée dans des temps malheureux , aspire vainement à la diriger , et , placée aujourd'hui entre un pouvoir protestant qu'elle déteste, et le peuple catholique dont elle craint les écarts , elle n'a d'autre ressource que de s'effacer entièrement ; elle se dissimule en Irlande ou s'en va.
Je doute que de pareils antécédents puissent être le point de départ d'une bonne aristocratie.
Et ce point de départ aura , quoi qu'on fasse , sur toute la suite une grande influence. L'aristocratie qui pourrait s'établir naîtrait, il est vrai, en grande partie d'une source nouvelle , indiquée plus haut ; mais le présent ne se sépare point ainsi du passé, et soit que l'aristocratie qui s'élèverait des classes moyennes se rattachât à l'antique rameau de l'aristocratie catholique , soit qu'elle se posât sur le tronc pourri de l'aristocratie protestante , elle recevrait toujours des traditions funestes et un malheureux héritage.
Cette espèce de mépris instinctif et héréditaire qu'en Irlande le riche éprouve pour tout ce qui est pauvre et inférieur; le préjugé qui, même H. i-i
17^^ i>is nrMKDi's M' Mvi . — vnoi.in i.Ani.sTocKATir.. chez les catholiques ricFies, fait de ce mépris un signe (le hon loti et d'élégance; l'opinion # répandue que le riche a le droit d'opprimer le pailvre et de le fouler aux pieds impunément ; telles sont les traditions auxquelles toute aristocratie nouvelle, en Irlande, aura bien de la peine à se soustraire.
De tels écueils fussent-ils évités, il en est d'autres auxquels cette aristocratie n'échapperait pas : alors même qu'elle ne mériterait point les haines de sa devancière , elle ne les exciterait pas moins ; car le peuple en Irlande a aussi sa tradition , qui est de croire à l'égoïsme de tous les riches et au droit pour le pauvre de les détester.
Ces sentiments mutuels du pauvre et du riche ne sont pas sans doute , en Irlande , gravés à jamais dans les âmes ; s'il en était ainsi , il faudrait désespérer de ce pays et de son avenir : car, quelques réformes qu'on y fasse , des riches s'y rencontreront toujours parmi le peuple. Mais il est impossible que de tels préjugés, scellés dans des torrents de sang et dans des siècles d'oppression , ne se perpétuent pas longtemps , et ils seront d'autant plus vivaces que les nouveaux riches retiendront plus des titres, des privilèges, des honneurs de l'aristocratie qui s'éteint.
Si les riches peuvent jamais , en Irlande, se réconcilier avec le pauvre, c'est en cessant de paraître devant celui-ci environnés des signes sous lesquels s'est montrée à lui, pendant des siècles, une aristocratie odieuse. C'est peut-être aussi pour eux-mêmes le seul moyen de perdre de funestes habitudes d'oppression et de tyrannie.
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Ce ne serait donc pas assez de d(';truire l'aristocratie protestante, il faut encore abolir le principe même de l'aristocratie en Irlande, pour qu'à la place de celle qui sera supprimée il ne s'en établisse pas une autre. Il faut, après avoir abattu l'institution existante , balayer ses ruines , et préparer l'emplacement propre à recevoir un autre édifice.