CHAPITRE IV
Comment et par quels moyens il faut abolir raristocralie en Irlande?
Lorsque je dis qu'il faut détruire l'aristocralie dTrlande et l'extirper jusqu'à sa racine, je n'entends point parla une destruction violente et sanguinaire.
Je ne suis point de l'avis de ceux qui pensent que , pour établir dans un pays l'ordre , la prospérité et l'union , il faut commencer par égorger quelques milliers de personnes, exiler ceux qu'on ne tue pas , prendre les propriétés des riches, les donner aux pauvres , etc. , etc. Je repousse tout d'abord de pareils moyens comme iniques , et ne ni'enquiers point s'ils seraient nécessaires. Je crois , sans examen , qu'ils ne sont pas nécessaires , parce qu'ils ne sont pas justes et qu'ils sont atroces. C'est, à mes yeux, im procédé vicieux, quand une injustice se présente à réformer , de commencer par en commettre une autre, et de faire un mal certain et présent en vue d'un bien à venir et douteux. Je me défie de ces moyens criminels que le but doit sanctifier, et qui, le but étant manqué, ne laissent que le crime à celui qui les emploie; ou, pour mieux
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dire , je ne crois point que des moyens criminels puissent jamais devenir honnêtes. D'ailleurs, il me répugne d'admettre que l'injustice et la violence profitent jamais aux nations ou aux individus. J'estime trop le progrès de l'humanité pour croire utile à sa cause les excès qui la déshonorent. Tel grand forfait semble hâter la liberté, qui, après lui avoir imprimé un élan d'un jour , l'arrête peut-être pour des siècles ; et alors même qu'il me serait prouvé qu'une iniquité est avantageuse à la génération présente, je ne croirais point que celle-ci eût le droit de charger les générations suivantes d'une infaillible expiation.
J'entends l'abolition de l'aristocratie irlandaise, en ce sens qu'on la dépouille de son pouvoir politique, dont elle ne s'est servie que pour opprimer le peuple ; qu'on lui enlève ses privilèges civils , qui n'ont été pour elle qu'un moyen de satisfaire son égoïsme, et qu'on abatte sa prédominance religieuse, qui, lors même qu'elle n'engendre plus les persécutions, en perpétue le souvenir.