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de cupidité et de rigueur, le fermier sentira s'accroître toutes ses haines envers celui-ci , et sera encore plus prompt que par le passé à donner un libre cours à ses vengeances meurtrières. Et vainement le propriétaire s'efforcera de rejeter sur l'Église tout l'odieux d'une exaction dont celle-ci seule en effet profite; le pauvre agriculteur d'Irlande qui du matin au soir trace son pénible sillon, ne comprendra rien sinon qu'autrefois il payait à un homme d'église très-haïssable une dette, qu'à présent il acquitte entre les mains d'un riche qu il ne hait guère moins. Qui ne conçoit dès lors quel sera, même parmi les propriétaires protestants le sentiment de répugnance contre la dime, qui viendra ajouter, soit à leurs embarras d'argent, soit aux ressentiments populaires. Mais ce ne sont pas seulement les propriétaires protestants qui seront tenus de payer la dîme : elle sera exigée aussi des propriétaires catholiques. Or, croit-on que ces propriétaires, dont le nombre en Irlande augmente rapidement, seront mieux disposés à payer la dîme que ne l'étaient leurs fermiers ? Est-ce que leurs passions religieuses ne repoussent pas avec la même violence ce tribut offert à un culte ennemi ? Est-ce que leur raison ne leur suggère pas les mêmes objections ? Le catholique riche ne sent-il pas, aussi bien que le catholique pauvre, l'injure de payer l'Eglise protestante ? Est-ce que le droit de rébellion ne sera pas le même? La résistance, non moins légitime, sera évidemment la même. La seule différence sera dans les procédés qu'elle prendra pour éclater. La résistance, venant désormais des riches, sera plus éclairée et plus
2/|6 j)KS nF:\ii:Di;s Ail ]\ial. — aboliii L'ARisTOCRATrri. habile; elle aura, pour réussir sans violence , des chances qu'elle n'avait pas quand elle partait des basses classes. Mais si le recours à la force lui est nécessaire , elle sera encore plus puissante , parce que, mieux dirigée, elle s'appuiera sur le peuple intéressé à repousser un fardeau qui, en définitive, retombe toujours sur lui. il y a d'ailleurs, en Irlande, des masses populaires, souffrantes et irritées, qiù de longtemps ne manqueront point aux partis violents.
Et pourquoi interroger l'avenir sur les effets de ■ce changement? Le présent ne suffit-il pas pour les apprécier? Quelques mois à peine se sont écoulés depuis qu'a été faite cette innovation qui devait calmer Thlande agitée ! et déjà nous voyons la dîme soulever, sous son nouveau nom, les mêmes oppositions que par le passé, et l'Église anglicane exciter parmi le peuple les mêmes ressentiments et les mêmes fureurs 1
D'où vient cette inutilité des efforts tentés pour réformer l'Église anglicane d'Irlande? C'est que l'Irlande veut, non la réforme de l'Église anglicane, mais son abolition. Le \ice radical de cette Eglise, c'est de constituer le culte légal et officiel d'un peuple qui a un autre culte ; l'abus , c'est son établissement lui-même ; sa création au sein d'un peuple catholique est un excès qui se perpétue aussi longtemps qu'elle dure. Le grand tort de l'église anglicane en Irlande, c'est de se trouver placée au sein d'une population qui la repousse sans examen. Ses richesses, son luxe, son oisiveté, sont assurément de grands vices ; mais de tous les vices le plus énorme , c'est son existence. Sa destruction en
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Irlande est le premier pas vers le bon sens et l'ordre.
Lorsqu'on parie d'abolir l'Eglise anglicane, il ne s'agit point d'anéantir en Irlande le culte épiscopa), mais seulement de détruire la supériorité politique de ce culte sur tous les autres.
Il ne faudrait pas non plus, en abolissant la prédominance du culte anglican, la remplacer par la suprématie du culte catholique ; ce qui importe , c'est d'établir en Irlande l'égalité des cultes. L'Irlande, il est vrai , est catholique en masse , comme l'Angleterre est épiscopale, comme l'Ecosse est presbytérienne; et il serait logique que l'Irlande eût un établissement catholique, comme l'Ecosse a un établissement presbytérien , et l'Angleterre un établissement anglican. Mais d'abord c'est une grande qjiestion de savoir s'il est bon de lier l'un à l'autre l'Etat et l'Église. Comment associer ensemble des institutions humaines et caduques avec une institution qui est de Dieu, et qui ne meurt point .^ Que serait-ce d'ailleurs que de proclamer en Irlande la religion catholique religion de l'Etat, sinon détruire le privilège religieux des protestants pour le transporter aux catholiques ? Après avoir aboli l'injurieuse suprématie de l'Eglise anglicane, qui offense en Irlande la majorité du peuple, verra-t-on la minorité protestante opprimée par le culte qu'elle opprima jadis?
L'un des plus grands périls auxquels soit exposée l'Irlande catholique, c'est qu'après avoir été dominée elle veuille devenir dominante.
Ce serait une source féconde de malheurs pour l'Angleterre et pour elle-même ; pour l'Angleterre ,
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qui ne pourrait soulïrir cette domination de secte, et chez laquelle toutes les vieilles passions de la réformation seraient réveillées par cette prétention papiste ; et pour l'Irlande elle-même, qui serait de nouveau écrasée par l'Angleterre.
Il importe donc aux deux pays que l'Irlande s'accoutume à la liberté religieuse : or , quel meilleur moyen, pour lui imprimer des habitudes de tolérance, que de placer tous les cultes sur le même niveau ? Et c'est à présent, c'est pendant que l'Angleterre protège l'Irlande, qu'elle doit donner aux catholiques de ce pays un enseignement de ce genre. 11 faut que l'égalité des cultes leur vienne comme un bienfait ; plus tard ils la considéreront peut-être comme un mal : et c'est ce qui arriverait certainement , si cette égalité ne se fondait , en Irlande , que lorsque les catholiques seront devenus tout à fait maîtres de la société politique ; alors ils croiraient qu'on n'introduit l'égalité des religions que pour abaisser leur culte.
Moyen d'établir l'égalité des cultes en Irlande. — Avantages d'un salaire public pour le clergé catholique.
Un publiciste anglais a dit avec raison qu'il y a deux moyens d'établir l'égalité entre les cultes; c'est de les payer tous, ou de n'en payer aucun ( i ).
Le système selon lequel on laisse à chaque corn-
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munauté religieuse le fardeau de son culte et de ses ministres, semble assurément le plus équitable, puisque md , dans cet ordre d'idées , n'est appelé à payer pour le culte d'autrui , et ne donne , pour le sien propre, que ce qui lui plaît.
Cependant il y a équité aussi, et peut-être plus de sagesse politique dans le système qui charge l'Etat de pourvoir également aux frais de tous les cultes sans attribuer de prééminence à aucun d'eux.
Et, s'il y avait doute sur cette grave question, l'état particulier du clergé catholique d'Irlande le ferait peut-être cesser.
Je conçois le système suivant lequel les membres de chaque communauté soutiennent eux-mêmes leur Eglise , et contribuent librement aux frais de leur culte; je conçois, dis-je, ce système dans un pays qui , comme les Etats-Unis, par exemple , contient une multitude de sectes diverses , dont aucune ne constitue une puissance considérable dans l'Etat. Mais qui ne voit du premier coup d'œil tous les périls que présente un tel système en Irlande , où il n'y a guère que deux communions en face l'une de l'autre ; où le seul culte catholique comprend près de sept millions d'âmes ; où le clergé de ce culte est la première puissance du pays ; où le clergé dépend étroitement du peuple, et le peuple de ce clergé ; et où ce clergé et ce peuple , ennemis politiques du gouvernement, accroissent leur force mutuelle en se liguant tous les deux contre lui.
Il y a sans contredit, dans la puissance populaire du clergé catholique en Irlande, quelque chose d'ex-
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cessif qui semble deniander qu'on le tempère : un salaire donné par TEtat à tous les membres de ce clergé exeicvrait cette influence modératrice. Ce salaire, proportionné à celui qui serait donné aux ministres de l'Eglise anglicane et presbytérienne, attesterait l'égalité politique des cultes. Le clergé d'Irlande, attaché au peuple irlandais par la sympathie du culte conunun , ne serait plus affranchi de tout lien envers l'autorité publique. Recevant désormais de l'État un traitement fixe, il ne demanderait plus rien au peuple pauvre et misérable ; il serait moins populaire, sans doute, mais plus indépendant; moins libre envers le pouvoir, mais plus affranchi des passions de parti. Quel serait l'obstacle à cette mesure ? Serait-ce qu'un gouvernement protestant ne saurait payer une Église catholique , ou qu'une Eglise catholique ne peut consentir à recevoir son salaire d'un État protestant ? Ces objections n'auraient de poids que si, en payant le culte catholique, l'État le reconnaissait comme la religion du pays; ou si, en acceptant ce salaire, les prêtres catholiques étaient tenus de reconnaître la suprématie protestante de l'État. Lors de l'union législative de l'Irlande, M. Pitt avait conçu un plan d'émancipation des catholiques d'Irlande, dans lequel il faisait entrer le salaire du clergé catholique; tout le monde paraissait d'accord, le parlement adonner, le clergé d'Irlande à recevoir; l'histoire contemporaine constate le consentement officiel donné alors par les évêques catholiques au projet du ministre anglais : le pape lui-même avait donné son assentiment. Mais Georges III croyait que son serment anglais et
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protestant ne lui permettait pas d'émanciper les catholiques d'Irlande, et devant sa volonté obstinée le projet d'un salaire pour le clergé catholique s'évanouit avec le plan d'émancipation dont il était un accessoire ( i ).
Aujourd'hui si le projet était remis en question , ce n'est pas du roi et du parlement que viendraient les plus grands obstacles mais du clergé irlandais lui-même. Au commencement de l'année iSSy, le bruit s'étant répandu que l'intention du gouvernement était de représenter ce projet, les évêques d'Irlande se sont émus, et ont déclaré unanimement que jamais ils ne consentiraient à recevoir de l'État une assistance qu'ils ne voulaient tenir que du peuple (2). Cette déclaration est-elle l'expression d'une volonté définitive? il est permis d'en douter. Je l'ai déjà dit plus haut : il n'est pas dans la nature du clergé catholique de se montrer hostile envers les pouvoirs établis. L'on ne peut nier que , sous plusieurs rapports, le clergé catholique d'Irlande ne soit présentement en dehors de ses voies ordinaires ; son dévouement au peuple est sans doute propre à sa nature, mais sa haine contre la loi temporelle ne l'est pas (3). Et l'on peut conclure de ce qui se passa du temps de Pitt qu'un arrangement eût été facile entre le gouvernement et les prélats catholiques d'Irlande; cette transaction souriait alors au plus grand nombre de prêtres: elle leur assurait une condition stable à la place d'un état précaire , un salaire régulier au lieu d'une assistance sujette à mille variations, un traitement fixe à la place d'un revenu Fecueilli par sous et deniers. Elle les affranchissait
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des caprices populaires sans les placer dans la dépendance du pouvoir.
Mais, depuis cette époque , l'existence du clergé catholique d'Irlande a complètement changé. Les grandes luttes engagées depuis vingt ans entre le gouvernement et le peuple, luttes solennelles et nationales, dans lesquelles le clergé catholique a combattu et vaincu avec le peuple; dans lesquelles le prêtre, devenu tribun, s'est mêlé à tous les mouvements populaires , s'est établi le défenseur de tous les droits violés, le partisan de toutes les réformes , a joui de tous les succès , et a bu à longs traits dans cette coupe enivrante de la popularité; ces luttes, dis-je, ont créé, pour le clergé catholique d'Irlande, la plus grande existence politique qu'il soit donné à un corps religieux de posséder ; et à présent que le clergé catholique a goûté de cette vie, il n'en veut point d'autre. %
Lors donc que le clergé catholique déclare que si le gouvernement voulait lui donner un salaire il le refuserait, ce n'est pas seulement pour flatter le peuple dont il dépend qu'il tient ce langage; il exprime sans doute un sentiment sincère; il a la conscience de tout ce qu'il perdrait en acceptant un traitement de l'Etat, et il voit bien que, pour gagner un salaire plus fixe et moins casuel, il sacrifierait une partie de sa puissance et de sa grandeur.
Cependant les conditions de l'étroite union qui lient mutuellement le clergé catholique et le peuple d'Irlande peuvent, sinon changer, du moins se modifier. Toute circonstance, tout événement qui amoindrira en Irlande le rôle politique du clergé