‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 68 sur 101 · TROISIÈME PARTIE, CHAP. IV, SF.ri. III, ^ I. 2/| I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAP. IV, SF.ri. III, ^ I. 2/| I

de leurs nécessités. Peut-être inéuu;, pour être impartial et juste , faudrait-il reconnaître; (|ue le clergé d'Irlande ne s'est jamais prévalu, à la rigueur de la totalité de ses droits. La dinie en Irlande est sans aucun doute bien moindre qu'en Angleterre (i). Au lieu d'équivaloir comme dans ce dernier pays au dixième des protluits du sol , elle est à peine égale au vingtième , et ce n'est pas seulement depuis que la loi l'a réduite que la dime est moindre en Irlande; elle y a toujours été telle, soit modération de ceux à qui elle était due , soit résistance de ceux qui la devaient. Et pourtant les richesses du clergé anglican excitent en Irlande des cris et des plaintes qu'en Angleterre elles ne provoquent pas.

Les hauts salaires que reçoit l'Eglise d'Irlande sont, il faut le dire, le prétexte et non la cause réelle de ces clameurs.

Ceux qui pensent que des réformes dans les vices reconnus de l'Église d'Irlande suffiraient pour en faire une institution bienfaisante n'ont qu'à jeter un coup d'oeil sur le passé.

Les haines et les désordres que cette Église excite en Irlande, ayant en 1824 attiré l'attention du parlement anglais , on s'imagina que l'hostilité manifestée contre l'institution tenait au mode suivant lequel la dîme était levée ; et que tout grief cesserait dès que cette forme vicieuse serait corrigée. La dîme se prenait alors en nature sur les récoltes du cultivateur : une loi fut rendue (2) qui autorisait tous les débiteurs de la dime en Irlande à entrer en composition avec les ministres de l'Église anglicane à l'effet de commuer la dîme en une redevance pécu- II. 16

•j4» J^l^S RFjMkDES AU MAL. ABOMH I.'\lUSTOCRATIE.

niaitv. Ccpemlanr, cette loi reiRliie et exécutée, la (lime et l'Eglise iiireiit attaquées comme par le passé.

On préterulit alors que la haine des Irlandais contre l'Église anglicane ne devait être attribuée qu'aux incapacités politiques dont était frappé en Irlande quiconque professait un autre culte; et l'on annonça que le jour où les catholiques d'Irlande seraient affranchis, ces inimitiés seraient amorties. Cependant, après Témancipation de 1829, l'Eglise anglicane est-elle moins haïe et moins attaquée en Irlande? En i83o on commence à refuser le paiement de la dime, et en i83i l'Irlande entière est en pleine révolte contre les droits de l'Eglise.

Alors on a pensé que ces agressions nouvelles prenaient leur source dans quelques abus oubliés.

« La dime est odieuse, a-t-on dit, à cause des « rapports personnels que son paiement fait naître « entre le catholique qui la paie et le ministre « protestant qui la reçoit. Ce n'était pas assez d'au- « toriser le débiteur et le créancier à substituer au « paiement en nature une dette pécimiaire ; car cette « autorisation, le plus grand nombre n'en fait point « usage, il faudrait donc déclarer obligatoire cette « commutation de la dîme qui aujourd'hui n'est que « permise. »

En conséquence une loi nouvelle (i) est adoptée . qui, au lieu d'établir une faculté, prescrit comme un devoir la conversion de toute dîme en une somme d'argent déterminée.

Cette réforme était un incontestable progrès 4 et nul doute que , si l'institution qui en était l'objet

TROISlt:ME PARTIE, CHAI'. IV, SFCT. HI , § r. lf{^

n'eût point été radicalement vicieuse , le hienfail du changement eût été senti et accepté avec recoimaissance.

Cependant , cette loi destinée à étouffer les passions ne fait que les irriter; c'est en i83u que le changement s'opère : et cette même année l'Irlande est en pleine insurrection contre la dime.

Mais on se méprend encore : ce n'est point , diton , contre l'institution que le peuple s'insurge , mais contre quelque défaut non encore aperçu , et qu'il faut découvrir. On cherche donc encore une fois des abus dans l'Eglise ; on en trouve sans peine ; et l'année suivante (] 833) on ne doute pas que toutes les clameurs contre l'Église ne cessent lorsqu'on abolit l'une des plus odieuses richesses de l'Eglise anglicane (les church rates), c'est-à-dire l'impôt levé par les protestants sur la population catholique des paroisses pour l'entretien du culte protestant : et on pense que toutes les attaques vont (inir lorsqu'on réduit le nombre des évéques protestants , lorsqu'on diminue leurs revenus et que l'on soumet les propriétés ecclésiastiques à une meilleure administration (i).

Cette loi passe pourtant inaperçue; la résistance à la dîme continue, et l'Eglise qui excite les mêmes passions est en butte aux mêmes attaques.

Enfin , après cinq années de confusion et d'anarchie, l'Irlande va, dit-on, retrouver l'ordre et la paix : car la dîme elle-même va être réduite (-i). Sa charge va passer du pauvre au riche. Cette grande innovation se fait ; nous en sommes les témoins.

Mais ceux qui attendent de cette réforme des effets

2/|4 I>KS BEMI:DES ATT MAL. MîOI.IR l'aRTSTOCRATIF..

considérables ne so font-ils j)as i:no grande illusion :' La dernière loi ( Tlic Tilhes act Ireland) réduit la dîme de 25 o/o, c'est-à-dire d'un i//|, eWeôtek la (lime son nom , et la .convertit en une rente foncière fixe et perpéuielle {client change). Enfin sa disposition importante est celle-ci : autrefois c'était le petit cultivateur et le fermier sur qui pesait l'obligation de payer la dîme ; la loi nouvelle les affranchit de cette charge , qu'elle transporte aux propriétaires.

L'intention de cette loi est généreuse : mais on se tromperait si l'on croyait qu'à dater de ce jour la dîme, en Irlande, cessera de peser sur la population pauvre , et de soulever les résistances populaires.

On connaît assez la situation et les sentiments des propriétaires irlandais pour juger de l'impatience avec laquelle ils ont reçu le fardeau qui vient de leur être imposé.

Comment ces rickes déjà si pauvres, parviendrontils à payer cette nouvelle dette?

Beaucoup en auront à peine le pouvoir, la plupart n'en auront pas la volonté. D'abord on peut compter que presque tous s'efforceront de rejeter sur le peuple la charge qu'on a voulu leur attribuer; et ils auront pour cela un moyen facile, celui d'augmenter le fermage du cultivateur en proportion de la charge nouvelle que la dîme leur impose ; on obtiendra ainsi du peuple , par une voie indirecte , ce qu'auparavant on lui demandait directement. Mais quelle sera la conséquence? C'est que ne voyant dans cet acte du propriétaire qu'une nouvelle preuve

Page 1