‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 8 sur 101 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

iS KIÔSISTANCE A l'oPPRESSION.

O fut encore dans l'association qu'elle trouva le secret de sa force et Tespoir de son alfraiichissement. Yers l'année iSaS, V association catltolique s'établit sur un plan et selon des principes nouveaux (i). Les vuloiitaires de 1778, les Irlandais- Unis de I 792 , étaient plutôt des corps armés, tout prêts à livrer bataille , que des associations formées par des citoyens pour la défense de leurs droits. Le premier de ces corps, presque exclusivement protestant, ne pouvait représenter l'Irlande catholique; le second, dans lequel se confondaient des croyants de tous les cultes , avait fini par effrayer tout le monde par ses tendances et ses manifestes révolutionnaires. La nouvelle association , établie dans un sens de progrès sans violence , d'agitation sans guerre, de résistance sans révolution , attira dans son sein tout ce qu'il y avait en Irlande d'instincts et de besoins d'indépendance.

Quand le gouvernement d'un pays a une racine nationale , s'il s'élève contre lui des orages populaires, on est toujours sûr de le voir appuyé sur une partie plus ou moins considérable de ia nation. Ainsi, lorsqu'en Angleterre l'aristocratie est attaquée, celle-ci, trouvant parmi le peuple d'ardents et nombreux auxiliaires , on doute si elle ne gouverne pas selon les vœux du plus grand nombre; alors sûrement il y a encore des oppositions puissantes, mais ce ne sont que des partis en face d'un gouvernement qui est ou parait être la vraie représentation du pays. Il en est autrement chez un peuple qui obéit à une autorité anti-nationale. Ainsi, en Irlande, où l'aristocratie est ennemie du peuple , nul ne résiste

DEUXIÈME PARTIi;, GlIAP. M, J^ r. If)

quand le gouvernement est fort; mais le jour où l'opposition est libre d'éclater, l'hostilité est universelle, et le pouvoir abandonné, tombe dans l'isolement. Ce sont les opposants qui sont la nation , et le gouvernement qui est un parti. Ces opposants composent aujourd'hui la grande association irlandaise.

Mais comment ce gouvernement peut-il maintenir son action sur un peuple entier ligué contre lui ? La difficulté est grande , et , pour en comprendre l'étendue , il est utile tle connaître tout ce qu'il y a de démocratique dans l'association nationale d'Irlande. Je crois devoir en exposer ici le plan et en indiquer le caractère.

Je ne sais si j'en ai bien saisi l'esprit et le sens; mais, en cas d'erreur, je ne pourrai m'en prendre au secret et aux mystères de cette association, dont tous les actes se passent à la face du soleil , et sont ainsi livrés au jugement de tous.

Un comité central , séant à Dublin , et composé de membres dont le mode d'élection a varié suivant les circonstances, représente l'association et prend toutes les mesures jugées utiles à la cause commune. Ce comité s'assemble régulièrement, examine les lois proposées au parlement, les discute, censure les actes du pouvoir et ses agents, prend des résolutions, les publie, en un mot agit comme un vrai parlement, auquel il ne manque que le pouvoir régulier de faire des lois obligatoires pour tous. L'association a un journal qui publie ses actes et ses décrets (i).

Comme tous les gouvernements établis, l'association reçoit un tribut en retour de la protection

ao RÉsiSTATvrr, a i. oppression.

qu'elle donne; tribut dont la quotité varie, se perçoit suivant des formes diverses, mais finit toujours par être acquitté. En it^u), limpôl payé à l'associât ion par chacun de ses membres était de deux sous par mois (un penny)(i), taxe légère, mais suffisante pour établir un contrat d'autorité et d'obéissance entre le corps qui la perçoit et l'individu qui la paie. L'association avait des percepteurs qui levaient l'impôt, d'autant mieux payé qu'il était volontaire. Aujourd'hui l'association ne va point chercher l'argent des contribuables, ceux-ci le lui envoient dans la forme de souscriptions individuelles : changements dont les formes signifient peu, mais sont nécessaires pour échapper aux lois par lesquelles de temps à autre le gouvernement attaque l'association. Ainsi, par exemple, dans l'origine les membres du comité central procédaient de l'élection du peuple entier ; chaque baronnie envoyait au chef-lieu du comté un certain nombre d'électeurs qui nommaient un ou plusieurs députés pour représenter le comté dans le comité central ; ainsi faisaient les trois cent cinquante baronnies et les trente-deux comtés d'Irlande. De sorte que les meneurs de l'association étaient au fond et même dans la forme les délégués du pays. Cette forme électorale, pratiquée en 1792, fut frappée comme inconstitutionnelle par un acte du parlement (the convention act), ce qui n'empêcha pas qu'en 181 1 et en iSaS, l'association n'employât le même mode pour le choix de ses représentants ; mais en 18 r i une décision du jury, et en 1825 une nouvelle loi du parlement (appelée the algerine act) (2) ayant dissous le comité de l'associa-

DKTIXIKME PARTIE, CriAP. II, §1. M

tioii et l'associalion elle-même comme illégale , il a bien fallu recourir à une forme différente d'organisation ; et aujourd'hui l'association n'a point de ciiefs apparents auxquels elle confère Télection avec un mandat exprès. Chaque réunion de l'association est comme un meeting particulier, où chacun a le droit de se rendre , dont le président est chaque fois nommé à la majorité des suffrages , et dans laquelle tout le monde a le droit de proposer son avis.

Mais quelle que soit la forme, le fond est toujours le même ; le nom de l'association varie aussi, quoique ses éléments ne changent guère. En iSaS, elle s'appelait l'association catholique ; non que les protestants en fussent exclus, un grand nombre, au contraire, en faisaient partie ; mais parce qu'alors le grand objet en litige était d'obtenir de l'Angleterre l'émancipation politique des catholiques irlandais. Lorsqu'en 182 5 l'association est dissoute par le parlement, elle se reforme aussitôt sous un autre nom ; en 1837 et en i838 elle s Si^^oidàtY association gênéraie de l'Irlande ; à l'instant même où j'écris elle a pris le nom de société des Piécurscurs {Precursors society){{). Dans une harangue récente O'Connell annonçait que bientôt elle s'appellerait X association nationale. Sous ces dénominations diverses elle est toujours la même, c'est-à-dire la représentation réelle du corps de la nation.

C'est à ce titre qu'elle commande à l'Irlande , et qu'elle est obéie. A sa voix toutes les paroisses d'Irlande s'assemblent ; des réunions se forment dans les baronnies, au centre des comtés, partout où elle ordonne aux citoyens de se mouvoir; le même jour,

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à la même heure , l'Irlande entière est debout , occupée dn même objet, sous le joug d'une même passion , poursuivant un but commun. Il s'agit d'une pétition à présenter au parlement : mais qu'arriverait-il si , au lieu de demander des signatures, l'association appelait des baïonnettes?

L'association qui s'était formée par les sympathies populaires , est devenue chaque jour plus puissante par ses victoires. La fameuse élection de Clare , l'émancipation de 1829, la rébellion de i83i contre les dîmes, le triomphe des candidats populaires dans les élections, sont ses oeuvres incontestables. Tout le monde lui obéit mieux depuis qu'elle a prouvé sa force et son habileté.

L'association s'établit la patrone de tous les citoyens : elle provoque et reçoit la plainte de quiconque a des griefs contre l'autorité publique, contre des ministres de l'Église anglicane et surtout contre les magistrats appartenant à l'aristocratie. Depuis que l'association couvre le pays de son égide , il n'y a pas en Irlande de pauvre paysan si faible et si isolé qui n'ait contre le plus riche et le plus puissant oppresseur l'appui du corps entier de la nation.

La cupidité de quelque ministre protestant , âpre et rigide dans la collection de ses revenus, lui est-elle signalée, l'association le flétrit par un blâme public : et l'on sait quel sort en Irlande attend ceux qui sont désignés à la haine du peuple. Le pauvre qui devait la dime a-t-il été mis en prison faute de paiement , l'association fait les fonds nécessaires pour obtenir sa liberté. Quiconque résiste au paiement de la dime reçoit d'elle un appui moral et ma-

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