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tériel. Un jour, en i837, elle accueille avec de longues acclamations un homme qui, assez riche pour payer la dîme, Ta refusée, et s'est laissé conduire en prison plutôt que d'obéir à la loi (i).
Mais c'est surtout aux approches d'une élection politique que l'association montre sa puissance. Appliquée d'abord à !a préparation des listes électorales , elle veille à l'inscription des électeurs indépendants et en fait les frais quand ceux-ci sont pauvres : si des orangistes sont indûment inscrits, elle poursuit elle-même leur radiation. Le jour de l'élection étant arrivé, elle fait des proclamations au peuple pour lui enseigner ses devoirs et ses droits ; elle lui dit les réformes nécessaires au salut du pays et les engagements que doit prendre tout candidat aspirant à ses suffrages ; elle proclame hautement les noms de ceux qui seuls ont droit à sa confiance , dit à chaque localité le représentant qu'elle doit élire, les mérites singuliers de celui-ci, ses talents rares, ses vertus peu communes, et ne déclare pas moins ouvertement les vices , la servilité et l'incapacité du concurrent. L'élection finie , l'association célèbre ses victoires , si elle a triomphé ; et, en ce cas de revers, pallie sa défaite. Mais son oeuvre électorale n'est pas encore terminée ; elle décerne publiquement l'éloge aux citoyens, jadis adversaires , et qui dans la dernière lutte se sont montrés amis, de tnême qu'elle flétrit impitoyablement les défections imprévues. Elle s'attache surtout à surveiller la conduite de l'aristocratie : un pauvre fermier est-il chassé de sa ferme pour avoir voté contre le gré de son propriétaire , l'association vient
a4 rtisisTANci; a i'oituession.
à son secours, lui donne une indemnité et livre le nom (lu propriétaire à l'animad version générale. Quelquefois elle fait plus : lors d'une élection partielle arrivée en i83G (i), un malheureux électeur, qui était en prison pour dettes, reçut de son propriétaire , qui était aussi son créancier, la promesse d'être mis en liberté s'il votait pour le candidat tory. Le pauvre Irlandais, tiré de sa prison et amené dans la salle électorale pour y donner son suffrage, allait peut-être céder à la séduction , lorsqu'au moment où il élevait la voix : « Souviens-toi , lui cria sa femme venue là pour l'encourager, souviens-toi de ton âme et delà liberté. » Et le pauvre agriculteur, ayant voté selon sa conscience, retourna en prison. Dans une séance solennelle, l'association a décerné à cette femme héroïque une médaille d'argent sur laquelle est inscrite cette noble allocution : « He^ menibej' jour soûl and liherty (2). »
C'est un des caractères particuliers de l'association de ne pas seulement surveiller le gouvernement, mais de gouverner elle-même ; elle ne se borne pas à contrôler le pouvoir, elle l'exerce. Elle fonde des écoles, des établissements charitables, lève des taxes pour leur soutien , protège le commerce , aide l'industrie et fait mille autres actes (3) ; car, comme la définition de ses pouvoirs ne se trouve nulle part , la Umite n'en est point marquée.
A vrai dire, l'association est un gouvernement dans le gouvernement : autorité jeune et robuste, née au sein d'une vieille autorité, moribonde et décrépite : puissance nationale centralisée qui broie et réduit en poussière tous les petits pouvoirs épars
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çà et là tl'une aristocratie anti-nationale. 11 n'est pas exact de dire que l'association anéantit le gouvernement en Irlande : car comment appeler de ce nom l'empire d'une l'action qui ne se maintient que par le secours de la force matérielle ?
Dans un pays où il existerait des pouvoirs légitimes et réguliers, l'établissement d'une association pareille serait, si elle pouvait s'y former, l'organisation même de l'anarchie. En Irlande , cette association peut bien être un principe et un moyen de révolution politique, mais c'est en même temps le plus puissant élément social qui existe en ce pays.
Avant que l'association irlandaise se fût constituée , le peuple pensait sincèrement qu'il n'était pas de pouvoir temporel qui méritât l'obéissance et le respect, parce qu'il croyait méchante et tyrannique toute autorité humaine. L'association qui , il faut le reconnaître, gouverne l'Irlande, lui a appris, en le soumettant à son pouvoir et en le protégeant, que l'autorité peut être bienfaisante.
C'est à l'association que le peuple irlandais doit de perdre ses traditions de sauvage indépendance, et de contracter des habitudes sociales et régulières. Chose étrange! l'association qui mène l'Irlande est le plus factieux de tous les pouvoirs ; il ne se passe guère de jour sans qu'elle pousse le peuple à violer quelque loi ; elle lui prescrit comme un devoir civique de refuser le paiement de la dîme, qui est commandé par la constitution ; elle voue au mépris et à la haine publique les corporations municipales qui cependant sont des pouvoirs légalement constitués, l'Eglise anglicane qui est la première institution
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du pays, l'aristocratio (léj)ositaire actuelle» de toute l'autorité administrative; et cependant, je le répète, l'association a donné au peuple irlandais ses premières notions tlu droit et de la légalité. Avant que l'association existât, et par conséquent avant qu'elle fit entendre ses conseils, le peuple éprouvait les mêmes sentiments de haine contre tout ce qu'elle lui recommande de haïr; mais alors il était aveugle et farouche dans ses ressentiments. L'association n'a pas changé le fond de son âme; elle l'a laissé avec toutes ses haines qu'elle a jugées légitimes , et c'est ce qui a fait sa force : seulement elle les a éclairées de quelque lumière ; elle a appris au peuple non à les étouffer, mais à les contenir ; elle s'est efforcée d'adoucir ses penchants, d'indiquer à ses passions politiques des voies douces , paisibles , rigoureusement légales, à la place des moyens violents et criminels auxquels il était habitué à recourir ; elle l'a accoutumé à recevoir une direction supérieure , et à accepter l'empire d'une autorité toute morale, à la place du gibet, seul pouvoir social auquel il eût foi. Elle n'a pas plié le peuple aux règles de la loi , mais à une règle : voilà comment un élément d'ordre est sorti du désordre même.
On m'a battu! s'écriait d'une voix lamentable un paysan lors de l'élection de Waterford. — Et pourquoi , lui dit-on , n'avez-vous pas rendu les coups ? — Je croyais, répondit-il, que l'association l'avait défendu. La veille de l'élection de Clare l'association porta une défense générale de s'enivrer : pas une goutte de wiskey ne fut bue par le peuple (i).
L'association n'a pas la puissance d'empêcher le
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whiteboysme , qui tient à des causes bien plus sociales que politiques ; mais si elle ne le détruit pas, elle le limite, elle le combat hautement, le désavoue (i); elle empêche les passions politicjues de se porter vers lui, et de chercher en lui un auxiliaire.
Avant l'association, vingt Irlandais ne pouvaient se trouver ensemble sans que leur réunion fît bientôt naître quelque querelle et quelque violence; à la voix de l'association , des milliers , des centaines de mille personnes se rassemblent dans un même lieu, paisiblement, et dans l'ordre parfait d'une milice disciplinée, sans engager la plus légère dispute, sans se livrer au moindre excès : et par ces démonstrations solennelles d'une force tranquille mais menaçante, apprennent à l'Angleterre ce qu'elle doit penser de la sauvage Irlande.
Mais ce qui dans l'association d'Irlande me paraît le plus grave et le plus digne d'attention, c'est ce qu'il y a de profondément démocratique dans ce gouvernement du peuple par un pouvoir central, unique, émané de la volonté universelle, expresse ou tacite, résumant en lui tous les éléments nationaux, toutpuissant par l'assentiment populaire; pouvoir absolu dans ses actes, quoique soumis constamment au contrôle de tous; nivelant tout au-dessous de lui, mandant à sa barre toutes les puissances aristocratiques de la nation ; accoutumant ainsi le peuple à l'égalité sociale et politique; pouvoir mobile, insaisissable quoique perpétuel , changeant sans cesse de nom, de forme et d'agents, quoique toujours le même ; c'est-à-dire une démocratie constituée dans un pays qu'on prétend gouverner avec des institutions aristocratiques.
a8 RÉSISTANCE A I, OPPRESSION.
§ II. O'CONAELL.
Le mouvement de l'association est celui de toute l'Irlande; mais ce grand travail de la nation a des agents particuliers , et il en possède un tout à la fois si considérable et si célèbre, que je ne crois pouvoir le passer sous le silence : je veux parler d'O'Connell. Si l'association mène l'Irlande , c'est O'Connell qui gouverne l'association. O'Connell exerce sur son pays et sur l'Angleterre elle-même une si extraordinaire influence , qu'en l'omettant ici ce serait négliger plus qu'un homme, et presqu'un principe. Il me semble donc nécessaire, pour donner sur lui quelques détails, de me détourner un instant du cours d'idées dans lequel je suis engagé, et vers lequel ce sujet me ramènera d'ailleurs tout naturellement.
Chaque jour, de notre temps, on voit les grands hommes devenir plus rares. Ce n'est pas qu'il se fasse de moins grandes choses qu'autrefois; mais ce qui se fait de grand parmi les peuples, au lieu d'être exécuté par tel ou tel homme, l'est par plusieurs, et à mesure qu'un plus grand nombre concourt à l'œuvre , la gloire particulière des agents diminue. Lorsque dans un pays je ne vois aucun homme qui s'élève au-dessus des autres , je n'en conclus point que tous les hommes de ce pays soient petits, j'en tirerais plutôt la conséquence qu'ils ont tous une certaine grandeur. Nulle part , les grandes individualités ne sont plus rares que dans les pays d'égalité générale. Voyez les États-Unis ; où