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L'Irlande sociale, politique et religieuse

L'objet que l'auleur s'est proposé en écrivant ce livre a été de faire connaître l'état présent de l'Irlande qui lui a paru digne d'être approfondi et médité.

Deux fois, à des époques différentes, séparées par un intervalle de deux années, en 1835 et en 1837, il a visité ce pays attirant par ses malheurs; et en parcourant cette pauvre Irlande désolée par tant de misère , froissée par tant d'injustices, déchirée par tant de convulsions et de discordes, il a vu des scènes si dignes de pitié, il a senti s'élever dans son âme de si grands troubles, et s'agiter dans son esprit des problèmes si graves, qu'il lui a semblé que, s'il parvenait à pefndre quelqu'une de ses impressions, le tableau qui serait son ouvrage pourrait ne manquer ni d'intérêt ni d'utilité.

ji PRÉFACE.

L'Irlande est une petite contrée sur laquelle se débattent les plus grandes questions de la politique, de la morale et de l'humanité.

11 n'existe sans doute de nos jours aucun phénomène politique plus considérable et plus digne d'attention que le progrès du principe démocratique dans toutes les sociétés.

Ce principe gagne tous les peuples, il travaille tous les empires; sous une forme ou sous une autre, républicaine ou monarchique, libre ou absolue , il porte en tout pays le dogme de l'égalité civile et politique ; il y saisit tous les esprits , il y atteint toutes les conditions , pénètre dans toutes les classes et dans tous les rangs, il s'établit dans les mœurs, des mœurs il passe dans les lois, il change la face du monde; le mouvement qu'il imprime est constant, général, universel, mais il n'est pas partout le même. Tandis que, sous l'influence de ce principe envahissant , la plupart des aristocraties d'Europe tombent, et n'offrent plus aux regards que décomposition ou ruines , les unes abattues d'un seul coup , les autres renversées lentement ; celles-ci résignées à périr, succombant sans défense ; celles-là déjà vaincues , quoique luttant encore : il existe un pays, l'Angleterre, où l'aristocratie est encore pleine de vie et de puissance; où l'inégalité civile

^ PRÉFACE. iij

et politique, maintenue dans les lois, s'est conservée entière dans les mœurs ; oii le vieux privilège féodal se trouve si singulièrement mêlé aux libertés les plus jeunes et les plus hardies , qu'en voyant l'empire absolu qu'exercent dans ce pays la naissance et la fortune , on le croirait en arrière de toutes les nations, et qu'en y regardant seulement le bien-être et la liberté du peuple, on le juge en avance de toutes; où enfin l'aristocratie est aussi attaquée, mais oii elle est assez puissante pour tenir tête à son ennemi , et si ce n'est pour le vaincre , du moins pour lui disputer longtemps la victoire.

L'aristocratie anglaise offre seule à la démocratie moderne un noble et digne adversaire ; à la différence de ces puissances usées et décrépites qui, soit infirmité, soit défaut de cœur, se laissent tuer paisiblement sur leur lit de mort, l'aristocratie anglaise lutte vaillamment pour la défense de ses droits , et montre assez , par l'énergie et l'habileté qu'elle déploie, comment elle soutiendra ses privilèges jusqu'à son dernier soupir ; nulle n'est aussi populaire qu'elle , nulle cependant n'est aussi attaquée, parce qu'aucune autre n'est aussi forte, et ne saurait, en résistant de même, provoquer de pareilles agressions. Et non-seulement les luttes qu'elle soutient sont les

iv PRÉFACE,

plus violentes et les plus décisives , ce sont aussi les plus solennelles et les seules qui s'offrent à tous les regards ; car, tandis que les autres aristocraties végètent ou s'éteignent dans l'ombre , l'aristocratie anglaise vit et combat au grand jour, à la lumière de ses libertés. Dans ce moment de transformation sociale où deux principes contraires sont aux prises , il semble que l'aristocratie anglaise demeure l'unique champion du privilège antique contre toutes les puissances de l'égalité moderne. C'est assurément un grand combat qui se livre , c'est une scène imposante qui s'offre aux yeux, c'est un drame immense qui se développe à la face du monde. Eh bien! ce combat, cette scène, ce drame, oii l'Angleterre joue un si grand rôle, c'est l'Irlande qui en est le théâtre.

C'est d'Irlande que la démocratie souffle sur l'Angleterre ses plus ardentes passions; c'est d'Irlande que partent les coups les plus capables d'ébranler dans sa base le vieil édifice de la constitution britannique.

Le peuple d'Irlande, tenu pendant sept siècles sous le joug de l'Angleterre, a souffert une constante oppression ; il a vu tour à tour sa patrie envahie et son culte proscrit ; dépouillé de son existence nationale , il a été menacé dans sa vie

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