‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 106 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. IV. 35l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. IV. 35l

sorte d'aversion invincible. Entre le vrai et le faux, s'il est désintéressé , on peut compter qu'il choisira le mensonge. Aussi ne dit-il rien sans appuyer son affirmation d'un serment ; il jure tout sur son honneur : upon mj honour, upon my word : locution familière à ceux qui ne disent point la vérité.

Sa répugnance pour le travail n'est pas moins singulière : en général, il fait sans goût, sans soin, sans zèle , ce qu'il exécute , et le plus souvent il est oisif. Beaucoup d'Irlandais, qui sont misérables, ajoutent beaucoup à leur misère par leur indolence ; il ne leur faudrait, pour alléger leur infortune, qu'un peu d'industrie et d'activité; mais rien ne saurait les soustraire à leur apathie et à leur nonchalance ; ils semblent s'y complaire, ils s'y étalent et y restent , en dépit de leur détresse et de leurs besoins qu'ils ne sentent plus.

Ce sont là des vices déplorables; en voici maintenant qui sont terribles. Violent et vindicatif, l'Irlandais déploie dans les actes de sa vengeance la plus féroce cruauté. On a vu comment, en Irlande, le cultivateur qui a été expulsé de sa ferme ou saisi dans ses meubles, faute de payer la dîme , se porte, dans son ressentiment, à des représailles empreintes de la plus atroce barbarie. On ne songe point sans horreur aux supplices qu'il invente dans sa fureur sauvage (i). Quelquefois l'incendie, l'assassinat ne lui suffisent point , il lui faut de longues tortures pour sa victime (2), Souvent il est dans ses fureurs aussi injuste que cruel , et il fait subir sa vengeance à des personnes tout à fait innocentes du dommage qu'il a éprouvé. Il ne s'en prend pas seulement au

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propriétaire et à l'homme d'église des rigueurs dont eux seuls devraient être responsables ; sa violence se porte sur l'agent du propriétaire, sur le nouveau fermier, sur l'huissier du ministre ; quelquefois il s'éloigne d'un degré de plus de l'auteur de ses maux : il enlève avec violence les femmes, les filles de ces hidividus , et les déshonore pour punir leurs maris et leurs pères qui eux-mêmes ne sont point coupables.

Ces vices , ces crimes , je les connais , je les vois chez l'Irlandais, et chez l'Anglais je ne les tn'^uverais pas. D'où viennent ces vices et ces crimes ? De la race ? — Non. Je repousse comme impie une doctrine qui fait dépendre du sort de la naissance le crime et la vertu. Je ne croirai jamais qu'une nation tout entière soit fatalement, et par le destin seul de son origine, enchaînée au vice ; jamais je ne penserai que le Dieu qui a fait l'homme à son image ait créé un peuple dépourvu de la faculté d'être honnête et juste. Je n'admettrai jamais qu'il ait refusé à ce peuple la liberté morale, c'est-à-dire qu'en lui donnant la vie il l'ait destitué des conditions de la vertu. Cette injustice énorme me serait humainement démontrée, que j'en douterais encore plutôt que de douter de Dieu. Mais pourquoi l'admettrais-je, lorsque rien ne me la prouve? Par quelle disposition étrange irais-je attribuer à une injustice présumée du Ciel un mal dont je vois clairement les causes sur la terre ?

Ceux qui expliquent par une tache originelle les mœurs des Irlandais, oublient-ils donc que ce peuple subit depuis sept siècles la plus constante, la plus

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