‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 113 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. IV

C'est ainsi que la persécution et la tyrannie corrompent les peuples.

Que l'on cesse donc d'attribuer à la race la dégradation morale d'un peuple que de mauvaises lois ont seules dépravé.

Cette dépravation , du reste , n'a pas seulement atteint l'homme de race irlandaise ; elle a corrompu tous ceux qui ont été soumis à son influence, quelle que fût leur race originaire.

On sait les griefs de l'Angleterre contre l'Irlande, parce qu'environ deux ou trois siècles après la conquête , les Anglais de race établis en Irlande avaient pris, disait-on, les mœurs des Irlandais et étaient devenus plus corrompus que ceux-ci, Ipsis Hibernis Hiberniores: le reproche n'était guère mieux adressé aux Anglais de race qu'aux Irlandais , sur lesquels pesait également le despotisme de l'Angleterre : ils étaient aussi corrompus, parce qu'une égale tyrannie avait pesé sur eux.

Sir John Davis , dont le témoignage ne sera pas récusé par les amis partiaux de l'Angleterre, estimait que de son temps, environ trois siècles et demi après la conquête , il y avait déjà en Irlande plus de colons anglais que d'indigènes , d'où il concluait l'absurdité de ceux qui imputaient à l'infériorité de la race les malheurs de l'Irlande (i). Qu'on étudie bien l'Irlande, et l'on reconnaîtra que la misère et la corruption du peuple sont répandues sur toutes ses parties justement en proportion de la tyrannie qui a pesé sur chacune d'elles. L'Ulster est moins pauvre et moins vicieux parce qu'il a été moins persécute.

^^6 CA.RACTÈPE IRLAjVDAIS.

On a coutume aussi , quand on juge le caractère irlandais, de toml>er dans un autre écueil qui rend impossible toute appréciation équitable. On prend toujours l'Irlandais dans ses rapports avec l'Anglais, son supérieur en rang et en fortune, son maître politique , son ennemi religieux. Ceci est une source certaine d'erreur. Il faut, pour apprécier la moralité d'un homme, l'étudier surtout dans ses rapports avec ses égaux. Vous devez, par cette raison , pour comprendre les mœurs de l'Irlandais, examiner celui-ci non seulement dans ses relations avec la classe supérieure des protestants, ses ennemis politiques, mais encore dans ses rapports avec les catholiques pauvres comme lui.

Eh! bien, voyez à quel point cet Irlandais, si fourbe, si cruel envers le riche, est sincère et fidèle à l'homme de sa classe (i)? J'ai souvent entendu poser naïvement la question qui suit : Comment se fait-il donc que l'Irlandais, quelquefois si perfide et si barbare , donne d'ailleurs les plus touchants exemples d'humanité et de charité (2)? — La réponse est simple : Il est inhumain envers les ennemis de son culte et de race , et charitable envers ses frères humbles et opprimés comme lui. Si vous ne prenez point cette distinction pour guide de vos observations, vous ne parviendrez jamais à comprendre le caractère de ce peuple.

J'ai dit plus haut comment, dans sa vengeance aveugle, l'Irlandais enlève quelquefois et déshonore la femme, la fille de celui qui a excité son ressentiment; voilà, sans doute, d'odieux attentats aux mœurs; il est pourtant bien certain , d'ailleurs, que

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