‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 115 sur 126 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Résumé des chapitres précédents. — Illusions qiir- se fait l'aristocratie d'Irlande.

On vient de voir comment une cause politique et un principe religieux ont corrompu , en Irlande , l'aristocratie et ses institutions.

L'aristocratie irlandaise le plus souvent ne gouverne pas; quand elle gouverne, elle gouverne mal. Elle manque de la première condition essentielle à tout gouvernement pour être bienfaisant, qui est d'éprouver de la sympathie pour les sujets et de ne pas les mépriser. Absente , on la déteste ; présente, on la maudit; elle possède toute la terre dans un pays où le peuple n'a que la terre pour vivre , et d'immenses revenus dont elle ne rend pas une obole aux malheureux dont elle les tient. Elle a de grands pouvoirs civils , et elle fait de sa puissance un tel usage, que le gouvernement et le sujet ne connaissent d'autre procédé que la force : le premier, pour imposer sa loi; le second, pour s'y soustraire. Elle a de grands privilèges religieux dont elle a si étrangement abusé, qu'elle a rendu son culte haïssable parmi mille objets de haine. Voilà certes des vices considérables et si énormes , que Ton peut dire qu'elle n'a d'une aristocratie que le nom.

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Mais il y a dans cette aristocratie quelque chose peut-être de plus surprenant et de plus extraordinaire que ses vices : ce sont les illusions qu'elle se fait; c'est la foi qu'elle a dans la sainteté de son droit, dans la légitimité de son titre; c'est l'indignation que lui fait éprouver toute contestation du moindre de ses privilèges !

J'admettrai, si l'on veut, qu'après la conquête de l'Irlande , les Anglais conquérants aient rencontré de grands obstacles à leur fusion avec les indigènes; je concéderai, s'il le faut, qu'après la réformation , les Anglais étant devenus protestants, aient éprouvé une répugnance légitime à s'allier étroitement avec les Irlandais catholiques; j'irai plus loin; et, tenant compte du génie des temps et des révolutions , je concéderai encore que ces conquérants protestants aient très- sincèrement travaillé à la conversion des Irlandais au protestantisme, et qu'ils aient, par des motifs de pure conscience, exercé une persécution qu'on a souvent attribuée à l'intérêt. Ces prémisses étant posées, j'en abandonnerai facilement les conséquences; j'avouerai sans peine que le grand seigneur anglais qui possède tout à la fois des terres en Irlande et en Angleterre, doive préférer pour sa résidence l'Angleterre à l'Irlande ; j'irai plus loin encore, et je conviendrai que celui-là même qui n'est propriétaire que dans la pauvre Irlande, est si près de l'heureuse Angleterre, qu'il doit être bien fortement tenté de s'établir dans celle-ci; je concevrai surtout qu'il abandonne l'Irlande telle qu'elle est de nos jours , en proie à mille discordes intérieures, et dévorée par mille maux qu'il y a trouvés en naissant;

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