CHAPITRE m
L'émancipation de 1829.
Les convulsions de 1798, dont l'union de 1800 fut le dernier épisode , sont suivies d'un long repos ; ou du moins l'ordre se rétablit en Irlande tel qu'il existait avant que la population essayât de secouer ses fers. Les protestants reprennent leurs habitudes d'oppression que les catholiques subissent désormais en silence ; cette sorte de paix règne vingt années en Irlande.
Cependant, au moment ou le pacte d'union parlementaire fut établi entre l'Irlande et l'Angleterre, celle-ci s'était engagée envers la première à abolir les incapacités politiques qui frappaient encore les catholiques irlandais. Cette abolition était promise comme un adoucissement aux rigueurs de l'acte d'union. Mais cet acte étant accompli, la mesure de grâce et de générosité qui devait l'accompagner ne se réalisa point. M. Pitt , alors premier ministre, se montra, il est vrai , jaloux de tenir l'engagement pris ; mais sa volonté fut impuissante devant l'obstination de George III qui aurait cru violer le serment protestant prêté à son couronnement s'il eût autorisé la présentation d'un bill contenant l'ém^ancîpation des catholiques irlandais. Le premier ministre se conduisit noblement ; ne pouvant tenir sa promesse , il résigna ses fonctions. L'Irlande n'en fut pas moins fondée à se plaindre d'un manque de foi ; et avertie par ses malheurs passés, au lieu de recourir à la violence et à la révolte pour obtenir justice , elle n'employa plus pour faire valoir ses droits que les moyens légaux que lui offrait une constitution libre. La presse et l'association furent ses deux instruments les plus considérables. Vers l'an 1810, un comité de catholiques s'organisa et prit en main la direction de tous les
l86 INTRODUCTION HISTORIQUE.
efforts nationaux qui tendaient à une réforme (1). John Keogh dirigea ce comité jusqu'au jour où O'Connell y parut, et y domina comme il devait bientôt dominer toute l'Irlande. L'association catholique prend pour but et pour drapeau l'émancipation parlementaire des catholiques : l'opinion publique, excitée sur ce point, s'échauffe peu à peu ; la presse la stimule sans relâche; le peuple, convoqué dans des iiueiings, s'anime à la voix de ses chefs; des pétitions sont adressées au parlement ; elles échouent, mais leur rejet rend plus vive la passion qui les avait dictées; O'Connell, qui est déjà puissant sur le peuple, le guide de sa prudence et de son habileté ; la réforme s'avance ainsi d'un pas tout à la fois sage et hardi. L'Angleterre refuse l'émancipation demandée par les catholiques irlandais ; alors l'Irlande envoie à l'Angleterre un catholique pour la représenter au parlement ; ce représentant , c'est O'Connell ; le comté qui l'envoie , c'est le comté de Clare; et cet acte de l'Irlande est accompagné de démonstrations populaires assez imposantes pour qu'elles ne puissent être reçues avec mépris. L'Irlande, abattue etniutilée il y a trente ans, commence à se relever de ses ruines ; le recours à la violence l'avait anéantie , la voilà redevenue puissante par le droit.
Le 13 avril 1829, le parlement d'Angleterre adopte le bill en vertu duquel tout catholique peut désormais entrer au parlement sans avoir à prêter aucun serment qui répugne à sa conscience. Ainsi tombe le dernier anneau de la chaîne des lois pénales sur lesquelles s'appuyait la persécution. C'est le terme de la quatrième époque. C'est la fln de la période qui sépare le passé des temps présents.
(i) L'histoire, les procédés, les actes, les délibérations du comité catholique se trouvent dans l'important ouvrage de M. Wyse, intitulé : Hhtorical shetch oj ihe late cathoiic association. 2 vol. in-8°, 1829.