‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 21 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. I. IQ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. I. IQ

Tout, en Irlande, est mêlé de religion : les souvenirs de son histoire , depuis le temps où elle s'appelait l'iledes Saints, jusqu'à ces derniers siècles où elle fut persécutée pour sa foi ; les luttes de la conquête, les révolutions qui l'ont suivie; les gouvernements qui se sont succédé; son état social de nos jours; les classes , les partis politiques qui la divisent ; les ;^

passions qui l'animent; le caractère, les mœurs, le développement intellectuel de ses habitants; la division géographique elle-même de son territoire, tout est marqué d'un signe religieux.

On ne peut espérer de connaître les malheurs de l'Irlande que si l'on parvient à comprendre l'Irlande religieuse.

Celle-ci se divise en deux zones distinctes : protestante au nord; catholique au sud et à l'ouest. La première renfermée dans l'Ulster; la seconde s'étendant sur les trois autres profanées, Leinster, Munster et Connaught.

Le Connaught est, de nos jours, le type de la vieille Irlande. Il semble que la nature ait pris à cœur de le distinguer des aiitres provinces. L'Océan le borne à l'occident; au sud et à l'est le fleuve Shannon l'entoure, et fait de lui une grande presqu'île, séparée du reste de l'Irlande. Ce fut là, au temps de Cromwell, l'asile des infortunés qui eurent à choisir entre la mort ou ce lieu de retraite. Go to liell or to Connaught {^Fas en enfer ou en Connaught^ ^ àx^^àX. le tyran aux proscrits. Ceux-ci, en se réfugiant sur cette terre misérable, y apportèrent l'antique foi de leurs aïeux , leur reli-

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gion bannie , leur patrie exilée. Depuis ce temps, le Connaught n'a pas cessé d'être le foyer de l'Irlande catholique. Nulle part le souvenir des guerres civiles n'est aussi vivace; nulle part l'Anglais et le protestant ne sont détestés d'une haine plus religieuse et plus nationale.

Ce qui caractérise le nord , ce n'est pas seulement d'être protestant : c'est surtout d'être puritain ; rUlster est l'Ecosse de l'Irlande. Cette province a garflé dans toute son amertume les vieilles passions antipnpistes que lui apportèrent les colons de Jacques 1'^% et que ravivèrent les soldats de Cromwell et de Guillaume III. L'habitant de l'Ulster n'est séparé que par un fleuve de celui du Connaught; mais la religion établit entre eux une plus puissante barrière ; et bien du temps encore s'écoulera avant que le puritain écossais du nord de l'Irlande regarde et traite comme ses frères les catholiques du Connaught ( the Connaught people ). En Connaught, le plus grand nombre parle encore la langue primitive des indigènes ; dans l'Ulster on ne parle que l'anglais (i). L'Ulster résume l'Irlande protestante, comme le Connaught l'Irlande catiiolique.

En général, l'Irlandais primitif est catholique; l'Anglais est protestant attaché au culte anglican; l'Écossais, aussi protestant, suit les rites de l'Eglise presbytérienne.

J'ai dit qu'en Irlande, où tout est mêlé de religion , les partis et les conditions sociales en portent l'empreinte. Le protestantisme qui depuis Eiisabeih fut le culte des conquérants de l'Irlande, est celui de la classe supérieure. Le protestant est

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