‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 28 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHA-P. I. lO'J · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHA-P. I. lO'J

sères de la population irlandaise ne sont point de rares accidents ; presque toutes sont permanentes ; celles qui ne durent pas toujours sont périodiques.

Tous les ans, à peu près à la même époque, on annonce en Irlande le commencement de la famine, ses progrès , ses ravages , son déclin.

Au mois de février dernier (i 838) , la presse française enregistrait ce cri annuel de la misère irlandaise , et disait le nombre des personnes qui, en un seul mois, étaient mortes de faim. Soit égoïsme, soit humanité, beaucoup se plaisent à penser que les récits qu'on fait de l'indigence irlandaise sont empreints d'exagération; et pour eux le mot fàmint', dont pn se s^rt pour peindre les angoisses de l'Irlande, n'est qu'une expression métaphorique qui signifie une excessive détresse, et non le terme propre pour exprimer l'état de gens réellement affamés et mourant, faute d'aliments.

C'est surtout en Angleterre qu'on aime à se tenir dans cet état de dou|;e , dont il est cependant bien aisé de sortir.

En 1727, il y a environ cent ans, le primat Boulter écrivait d'Irlande , où il était le principal agent du gouvernement anglais :

« Depuis mon arrivée en ce pays ( pn lyaS ), la famine n'a presque pas cessé parmi les pauvres. La cherté des grains était telle l'année dernière, que des milliers de familles ont été obligées de quitter leurs demeures, pour aller chercher leur vie ailleurs. Il en a péri par centaines « mciny hundred per'ished{\),^^

Comme on demandait, en i832, à l'évéque Doyle, quel était dans l'ouest Tétat de la population : Ce

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qu'il a toujours été, répondit-il; on y meurt de faim comme de coutume. People are perishing as usual (i).

En 1817 , des fièvres, causées par l'indigence et la faim , atteignirent en Irlande un million cinq cent mille individus, dontsoixante-cinqmille périrent (9.), et l'on a calculé que, en 1826, le vice des aliments occasionna vingt mille maladies (3).

Lors de la grande enquête faite, en i835, par le gouvernement anglais sur l'état social de l'Irlande, la question suivante fut adressée par les commissaires à leurs correspondants dans chaque paroisse :

« Avez-vous connaissance de quelque décès arrivé depuis les trois dernières années, et dont un besoin urgent ait été la cause ? »

Et l'enquête constate une foule de morts , que la privai ion d'aliments a seule occasionnées. Ici, ce sont des malheureux que la faim a manifestement tués ; là, des infortunés dont elle a hâté la mort. Ceux-ci périssent d'un long épuisement ; ceux-là , tout à la fois de maladie et de faim (4).

Ce serait un travail douloureux à faire, que de dépouiller toute cette enquête, qui comprend dix volumes in-folio, dont quelques-uns ont plus de neuf cents pages ; dont chaque page , chaque ligne , chaque mot, constatent une misère irlandaise, et où pourtant toutes les misères de l'Irlande ne sont pas rapportées.

Les commissaires chargés de cette enquête mémorable, estiment qu'il y a en Irlande près de trois millions d'individus qui chaque année sont sujets à tomber dans un dénuement absolu (5): ces trois mil-

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