‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 31 sur 126 · CAUSES DE L\ MISERE IRLANDAISE · texte numérisé non relu

CAUSES DE L\ MISERE IRLANDAISE

les mêmes , et n'en possèdent point un pareil nombre.

Supposez des conquérants qui, dès que les premières convulsions de la conquête sont passées , s'efforcent d'en effacer le souvenir en se mêlant au peuple conquis, prennent son langage, adoptent une partie de ses mœurs, s'approprient presque toutes ses lois , et pratiquent la même religion ; supposez que ces conquérants, formés en société féodale, ayant à lutter contre des rois puissants et oppresseurs , cherchent un auxiliaire dans la population conquise, et qu'unis désormais par un lien d'intérêt mutuel, les vainqueurs et les vaincus s'accoutument à mêler leur cause en combattant un ennemi commun ; supposez que, ces luttes durant pendant des siècles , les seigneurs en querelle avec leurs rois ne manquent jamais de stipuler des droits pour le peuple en même temps qu'ils conquèrent pour eux-mêmes des privilèges; supposez enfin que ces conquérants, après avoir, par une fusion rapide avec les vaincus, fait oublier les violences de la conquête , travaillent sans relâche à racheter l'injustice de leurs privilèges par les bienfaits du patronage ; que, supérieurs en rang, en richesse et en puissance politique, ils ne cessent de se montrer aussi supérieurs en talents et en vertus ; que prenant en main toutes les affaires du peuple , ils se mêlent à toutes ses assemblées, discutent tous ses intérêts, dirigent toutes ses entreprises, sacrifient la moitié de leurs revenus pour ne pas voir un seul pauvre sur leurs domaines , donnent à celui-ci des lumières, à celuilà des capitaux, accordent à tous un appui éclairé.

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charitable, bienveillant; que, placés à la tête d'une société commerçante , ils en comprennent admirablement le génie et les besoins, lui donnent avec la liberté de l'industrie, toutes les libertés politiques et civiles qui sont l'âme de celle-ci ; et que , pour faire à cette société de magnifiques destinées, ils lui ouvrent des comptoirs dans le monde entier , établissent pour elle des colonies florissantes , fondent pour elle de grands empires dans l'Inde , rendent ses vaisseaux souverains sur toutes les mers, et fassent toutes les nations du monde ses tributaires ; et qu'enfin, après lui avoir ouvert toutes les voies de la fortune , ces mêmes hommes , abaissant la barrière qui sépare d'eux le prolétaire , disent à celui-ci : Sois riche , et tu deviendras lord. Sans doute une pareille aristocratie pourra receler encore bien des germes d'oppression , et plus d'un principe de ruine ; on comprendra cependant qu'elle puisse se maintenir longtemps forte et prospère, et que même, succédant à la conquête, et chargée de toutes les injustices du privilège féodal, elle donne au pays qu'elle tient sous son empire l'illusion, si ce n'est même la réalité, d'un gouvernement juste et national. On comprendra le règne long et brillant de l'aristocratie anglaise.

Supposez, au contraire, des conquérants qui, bien loin d'arrêter les violences de la conquête , travaillent sans relâche à les perpétuer ; rouvrent cent fois les blessures du peuple conquis ; au lieu de s'unir à celui-ci , s'efforcent de s'en tenir séparés , refusent tout à la fois de lui donner leurs lois et de prendre les siennes , conservent leur langage et leurs mœurs,

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et posent entre eux et lui la plus insurmontable barrière, en déclarant crime de haute trahison toute alliance par le sang entre les fils des vainqueurs et les descendants des vaincus ; supposez qu'après s'être ainsi constitués vis-à-vis du peuple conquis comme une faction distincte par la race et par la puissance , ces conquérants viennent à être séparés de lui par une cause plus profonde encore, par la différence des religions; que, non contents de lui avoir ravi son existence nationale, ils entreprennent encore de lui enlever son culte , et qu'après avoir passé des siècles à le dépouiller de son indépendance politique, ils passent encore des siècles à lui disputer sa liberté religieuse ; supposez que ces conquérants , tyrans politiques, tyrans religieux, méprisant la nation conquise à cause de sa race , la haïssant à cause de son culte , soient placés dans cette situation extraordinaire qu'il n'y ait pour eux ni intérêt à protéger le peuple ni péril à l'opprimer; alors on concevra qu'une aristocratie composée de pareils éléments ne puisse enfanter qu'égoïsme, violences, injustices d'une part, que haines, résistances, dégradation et misère de l'autre; on comprendra l'aristocratie d'Irlande.

L'aristocratie d'Angleterre, toute habile, toute nationale qu'elle est, eût peut-être été impuissante à se maintenir si, en même temps qu'elle couvre ses vices d'éclatantes vertus, elle n'eût été protégée par des accidents heureux.

Sujette, comme toutes les aristocraties dont Je principe est le privilège, à abuser de sa force dans un intérêt égoïste , elle a tendu à l'excès les ressorts

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