‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 32 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II. 2l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II. 2l

sur lesquels elle s'appuie, elle a concentré outre mesure entre ses mains la possession du sol, devenu le monopole d'un petit nombre ; et ceux qui en Angleterre sont propriétaires forment une minorité si petite en face de tous ceux qui ne le sont pas, que la propriété y serait peut-être en péril si elle était aux yeux du peuple un objet désirable.

Mais, par un événement propice plus encore que par l'effet d'une politique sage, le sol en Angleterre n'a point encore jusqu'à ce jour excité l'envie des classes inférieures; le peuple anglais laisse à son aristocratie le monopole de la terre , parce qu'il a lui-même le monopole de l'industrie. Les domaines immenses du lord n'ont rien d'importun pour le bourgeois auquel le commerce du monde entier offre une arène sans bornes, et qui pense que s'il fait une grande fortune, il acquerra peut-être un jour, avec les terres de ce lord , son titre et ses honneurs.

L'agriculteur anglais prend peu de souci du système politique dont l'effet est de repousser des champs dans les villes les habitants des campagnes, lorsque cet agriculteur, éloigné du sol, trouve dans l'atelier des fabriques un travail aussi régulier et un meilleur salaire. C'est là , il faut le reconnaître , qu'est Ja grande garantie de l'aristocratie anglaise : garantie fragile et caduque qui ne durera qu'aussi longtemps que l'industrie anglaise fournira l'univers de ses produits.

L'aristocratie d'Irlande , pleine de vices dont l'aristocratie anglaise est exempte , loin d'être comme celle-ci secourue par des circonstances favorables , lutte au contraire contre des accidents funestes.

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Ainsi, c'est pour l'aristocratie irlandaise un sort fatal que celui qui a placé l'Irlande à côté de l'Angleterre; car jamais cette aristocratie n'a cessé d'être anglaise de cœur, et presque d'intérêt ; voilà pourquoi elle a toujours résidé et aujourd'hui encore réside plus en Angleterre qu'en Irlande, et ce fait matériel , qui la sépare le plus souvent du peuple soumis à son empire, est pour elle la source du vice le plus funeste à toute aristocratie, qui n'existe réellement qu'à la condition de gouverner. Il arrive souvent d'attribuer tous les maux de l'Irlande au défaut de résidence de l'aristocratie; mais c'est prendre une conséquence du mal pour le mal lui-même. L'ai'istocratie d'Irlande n'est point mauvaise , parce qu'elle s'absente; elle s'absente, parce qu'elle est mauvaise; parce que rien ne l'attache au pays, parce que nulle sympathie ne l'y retient. Pourquoi, n'aimant ni le pays ni le peuple, resterait-elle en Irlande, lorsqu'elle a près d'elle l'Angleterre qui l'invite et l'attire par le charme d'une société plus civilisée , plus élégante , et qui a le mérite d'être la patrie originaire?

En général, toute aristocratie porte en elle-même le frein qui la tempère sinon l'arrête dans ses écarts et dans son égoïsme. Il arrive d'ordinaire que cellelà même qui n'aime pas le peuple le craint, ou du moins elle a besoin de lui ; elle exécute alors par calcul ce qu'elle ne fait point par sympathie. Elle n'opprime pas trop , de peur de révolter ; elle ménage les forces nationales dont elle tire profit , et il peut lui arriver ainsi de paraître généreuse alors qu'elle n'est qu'habile et intéressée.

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