‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 37 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. I, § I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. I, § I

semblable? Pourquoi l'un est-il aussi heureux sur sa terre que l'autre est misérable sur la sienne? Comment arrive-t-il que le premier , bien logé , bien vêtu , bien nourri , entouré d'une famille heureuse comme lui-même , vit dans l'aisance et le contentement , imaginant à peine un sort plus fortuné que le sien , tandis que l'autre, couvert de haillons, vit de pommes de terre quand il ne jeune pas , n'a d'autre asile que le réduit immonde qu'il partage avec le pourceau , et voit pendant l'hiver ses pauvres petits enfants périr de froid sans qu'il puisse les vêtir, entend toute l'année leur faim qui crie sans pouvoir l'apaiser ?

C'est qu'en Angleterre le grand propriétaire est le patron du sol et de ses habitants; il ne se borne pas à toucher ses revenus et à réclamer ses droits , il remplit aussi des devoirs , et se croit tenu de rendre un peu de ce qu'il reçoit. Et d'abord, engageant en quelque sorte sa fortune dans la terre qu'il possède, il y met des capitaux considérables. Aussi voyez quelle demeure il prépare à son fermier. Plusieurs bâtiments la composent ; rien n'y manque de ce qui peut faire à ses hôtes une vie douce et commode; elle est le centre d'une vaste exploitation ; autour d'elle s'étendent de vastes domaines qui en dépendent ; les meilleurs instruments d'agriculture y attendent la main qui doit les mettre en usage. Et puis, quand il a créé cette grande ferme , il en surveille la fortune. Voyant les efforts du fermier, il jouit de ses succès, et compatit à ses revers; et, par une sympathie aussi éclairée que généreuse, il adoucit des infortunes qui, si elles

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n'étaient réparées, lui deviendraient funestes à luimême. Il n'est pas toujours libéral, mais rarement il manque de lumières. Ainsi les rapports du propriétaire et du fermier ont pour base première la sagesse ou la bienveillance de l'un, d'où naissent tout naturellement la déférence et le respect de l'autre. En Irlande les choses ne se passent point de la sorte ; souvent, nous l'avons dit, le propriétaire est absent; souvent il lui arrive de ne pas connaître ses propres domaines ; il sait vaguement qu'il possède dans le comté de Corke ou de Donégal une terre qu'on dit avoir de cent à cent cinquante mille acres d'étendue; que, d'un côté, la mer le borne , et de l'autre la plus haute montagne qu'on aperçoit à l'horizon. Désireux de tirer de ces immenses possessions le meilleur parti possible , il est bien résolu d'ailleurs de ne pas aventurer une obole pour les faire valoir. Il a dû , lui ou ses aïeux , cette grande terre à la confiscation; qui sait si quelque révolution nouvelle ne viendra pas lui enlever ce qu'une révolution précédente a fait tomber dans sa famille^ Ce raisonnement que fait le propriétaire absent , il le fait à peu près le même quand il réside ; car, alors même qu'il touche le sol , il n'y prend jamais racine , et l'Irlande n'est point pour lui une patrie à laquelle il croie devoir des soins et des sacrifices. Ainsi le grand propriétaire d'Irlande aspire d'ordinaire à exploiter ses terres sans faire l'avance d'aucun capital, c'est-à-dire à recueillir sans semer. Mais comment obtenir du sol les moindres produits sans (juelques dépenses premières? Voici de quelle manière le propriétaire irlandais résout ce problème.

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