‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 38 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CIIAP. II, SECT. I , § I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CIIAP. II, SECT. I , § I

Il abandonne le loyer de son domaine à quelque traitant moyennant un prix une fois payé, ou une somme annuelle , dont le chiffre est fixé à forfait. Cet entrepreneur, riche capitaliste, résidant soit à Londres , soit à Dublin , ne loue pas une terre en Irlande pour en être le fermier , mais il la prend à bail pour en faire la matière d'une spéculation , et tout aussitôt le marché conclu , il n'aspire qu'à transmettre à un autre l'exploitation de cette terre, à la condition seulement qu'un bénéfice lui soit assuré. Alors il a coutume de diviser le domaine en un certain nombre de lots de cent, de cinq cents , de mille acres, qu'il afferme à des traitants secondaires ou niidlemen. Quelquefois le propriétaire résidant fait luimême cette division de son domaine , qu'il livre ainsi directement aux spéculateurs subalternes.

Mais comment ces traitants de seconde ou de première main feront-ils valoir les portions de terre qu'ils prennent à bail ? Chacun d'eux établira-t-il sur sa part une grande ferme ? S'il le faisait , il aurait à risquer un capital considérable; or, comment un traitant aurait-il plus de foi dans la terre que le maître du sol lui-même? Que fait-il donc? Il ne fonde sur la terre qu'il a prise à loyer ni grandes ni petites fermes ; il se borne en général à en défricher la surface. Ce travail étant fait , il subdivise son lot , et l'afferme au taux le plus élevé qu'il peut, par parcelles de cinq , de dix , de vingt acres , à de pauvres agriculteurs du pays, les seuls qlii prennent réellement la terre pour la cultiver ( i ) ; c'est-à-dire qu'il fait la plus modique avance de fonds, dont il aspire à tirer les plus gros profits.

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Mais comment tous ces petits agriculteurs ferontils pour exploiter la terre qu'ils prennent à bail? Où s'établiront-ils? Le propriétaire ou le traitant ont-ils pris le soin de construire une habitation sur chacune des petites parcelles qui leur ont été attribuées? Non, sans doute; car pour faire cette construction , il aurait fallu des capitaux dont nul n'a voulu faire l'avance. La terre leur est donc livrée toute nue. Mais alors où se logent-ils ? Ils construisent eux-mêmes un amas informe de bois et de paille mêlés ensemble , qu'ils appellent leur cabane. Trouvent-ils du moins à leur disposition quelques instruments de culture ? Non , aucun , ils ont à s'en pourvoir comme ils pourront.

Ainsi , en Angleterre , le propriétaire donne au fermier une résidence et des outils pour travailler. En Irlande , le pauvre qui prend la terre à loyer doit bâtir sa demeure et y apporter ses instruments de cultTU'e. On se demande alors comment, le riche ne pouvant donner un capital , le pauvre se le procure. Il faut répondre que le plus souvent il ne le trouve pas , et qu'il ne met que son travail brut dans une entreprise pour le succès de laquelle un capital serait nécessaire. Il cultive mal, parce que les moyens pour cultiver bien lui manquent. jMaintenant, comment, cultivant mal, peut-il payer le fermage exorbitant qu'exigent de lui le spéculateur, les traitants et le propriétaire? Car c'est en définitive le pauvre agriculteur qui porte le fardeau de tous les engagements successifs dont la terre a été l'objet. Le grand propriétaire qui a donné sa terre à l'entreprise reçoit de l'entrepreneur une somme d'ar-

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