PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV. agi
anglaise, et qu'on y voit lutter constamment ensemble ; l'un d'autorité , l'autre de liberté ; le premier, attirant au centre tous les pouvoirs, le second , tendant à les éparpiller parmi le peuple ; celui-ci s'efforçant d'associer au gouvernement le plus grand nombre , celui-là travaillant à resserrer dans le moins de mains possible l'exercice de la puissance publique; le premier, appuyé tantôt sur le roi , tantôt sur le parlement ; le second , prenant sa racine dans la paroisse ; l'un, le principe normand; l'autre , le principe saxon (i).
Lorsque Guillaume-le-Conquérant et ses chevaliers normands vinrent s'établir en Angleterre , au onzième siècle, ils y trouvèrent la paroisse saxonne, dont le principe libre était alors en parfaite harmonie avec celui de tous les autres pouvoirs ; Guillaume et ses successeurs abattirent bientôt ces institutions, qui plaçaient la puissance dans le peuple, et attirèrent à eux toute l'autorité; cependant, au milieu de cette destruction générale, un seul pouvoir fut épargné : la paroisse, qui fut respectée peut-être à cause de son caractère demi-religieux , et devint, sous la tyrannie des Normands et des Tudors, le seul asile où s'abrita la vieille liberté saxonne.
La paroisse anglaise constitue une unité politique, absolument indépendante , et placée en dehors de tous les autres pouvoirs de l'État ; elle ne leur est point supérieure, car elle ne commande rien à aucun ; elle n'est point au-dessous d'eux , car nul n'a rien à lui prescrire ; elle est à la base du pays , elle en couvre toute la surface ; bien différente des corporations municipales qui n'en occupent que quel-
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ques points épars cà et là ; bien autre que les comtés, qui ne sont que des divisions de l'Etat; elle est partout , dans l'État, dans les comtés , dans les corporations j il n'est pas une petite parcelle du pays qui ne soit paroisse. C'est à tort qu'on la considérerait comme un pouvoir dépendant du comté , parce qu'elle est renfermée dans le sein de celui-ci ; elle en est un fractionnement matériel , et non une division politique; elle ne lui est subordonnée en aucune chose ; elle ne relève pas plus de lui que du pouvoir central, et, sauf l'action judiciaire qui peut la rendre comptable de ses actes, elle possède, dans la sphère de ses pouvoirs, une véritable souve* raineté ( i ).
Le principe fondamental de la paroisse anglaise est que le pouvoir souverain réside dans l'assemblée de tous ceux de ses habitants qui paient une taxe pour les pauvres (ail rate-payers). Cette assemblée se nomme vestry, et tout membre du vestry se nomme im vestryman. De ce premier principe découle toute l'organisation paroissiale. C'est le vestry, corps constituant (constituency), qui élit les officiers de la paroisse ; et ceux-ci, n'agissant que comme les mandataires du vestry, lui doivent compte de tous leurs actes : ce compte , tous les vestrymen ont le droit de le demander, car chacun .d'eux est une partie du souverain. Le vestry s'assemble toutes les fois qu'il plaît à ses membres d'en provoquer la réunion ; dans cette assemblée, tout vestryman peut exposer ses vues , ses griefs , ses plaintes ; la discussion y est complètement libre; tous les intérêts de la paroisse y sont livrés à la controverse , et, dans