PREMIÈRE PARTIE, CHAP. lï, SECT. II, § IV. I^S
tous les cas , c'est le sentiment de la majorité qui y fait la loi.
On voit que la paroisse anglaise possède le droit de se gouverner elle-même, comme les corporations municipales , avec cette différence qu'elle tient ce droit des citoyens qui la composent , c'est-à dire d'elle-même. Les corporations municipales ayant reçu d'un pouvoir supérieur l'indépendance qu elles ont, la possèdent avec tous les mélanges de servitude qu'on a voulu leur laisser. La paroisse, au contraire, est libre, parce qu'elle n'a jamais cessé de l'être , parce qu'elle n'a jamais subi la loi d'un conquérant.
Telle est, en peu de mots, l'organisation de la paroisse anglaise.
Cette organisation est aussi celle de la paroisse d'Irlande. Lorsque les Anglo-Normands conquirent l'Irlande , ils y portèrent la paroisse saxonne , aussi bien que le comté normand [ï); et il n'est pas un principe constitutif de la paroisse anglaise qui ne se retrouve tout pareil dans la paroisse d'Irlande.
D'où vient donc que la paroisse d'Irlande, si semblable en théorie , est en fait si différente de celle d'Angleterre ?
En Angleterre , la paroisse est pleine dé mouvement et de vie ; elle est le centre d'une multitude de grands intérêts ; elle féconde à elle seule cette couche première de liberté populaire, que recouvre l'édifice aristocratique.
Il règne sans doute en Angleterre une grande inégalité sociale ; mais il faut assister , dans ce pays , aux séances d'un vestry, pour juger à quelle eiitra-
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ordinaire liberté cette inégalité s'allie. On y voit avec quelle indépendance de langage et de pensée le plus obscur citoyen anglais s'exprime en face de ce lord , devant lequel il s'inclinait tout à l'heure. 11 n'est point son égal, d'accord ; mais , dans la limite de son droit, il est aussi libre, et il en a la conscience. Son droit, c'est de discuter les intérêts de la paroisse; et ce droit il l'exerce non-seulement avec liberté , mais encore avec une mesure , et quelquefois une habileté qu'on est tout surpris de rencontrer dans un orateur, dont les mains noircies et la mise grossière annoncent un artisan, ou un homme de la plus basse classe. L'ensemble des institutions anglaises forme sans doute un gouvernement aristocratique; mais il n'existe pas une paroisse d'Angleterre qui ne constitue une république libre.
En Irlande, au contraire, la paroisse qui présente aux yeux la même forme extérieure que la paroisse ' anglaise , n'a rien de la vie de celle-ci : douée des mêmes organes , elle est languissante , inerte , si ce n'est tout à fait morte. Pourquoi cette différence ? Une cause principale l'explique.
Sans doute la paroisse ne s'est point, en Irlande, trouvée dès l'origine dans les mêmes conditions favorables qui, en Angleterre, l'ont aidée dans son berceau. Une fois l'orage de la conquête normande passé , la paroisse anglaise , relevant sa tête , a continué à croître et à se développer sur la terre dans laquelle elle était enracinée. La paroisse d'Irlande , au contraire, arrivée dans ce pays avec les Anglo- Normands, qui apportaient plutôt le corps que l'esprit des institutions saxonnes adoptées par eux , a