PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. HT, § II
d'un culte apporté par l'étranger. Comment les catholiques d'Irlande paieraient-ils de bonne grâce à un pareil créancier cette dette qui n'est pas seulement onéreuse pour eux comme taxe, mais qui pèse surtout sur leur dignité, et dont ils ne peuvent se libérer sans charger d'une sorte de remords leur conscience religieuse ? Et la perception de cet impôt anglican ne heurte pas seulement les catholiques, elle froisse encore tous ceux qui, quoique protestants, suivent un autre rit que l'Eglise anglicane et qui souffrent d'honorer extérieurement et de soutenir un culte qui n'est pas le leur.
Enfin , parmi les anglicans eux-mêmes , la dîme est impopulaire, car, à leurs yeux, leur propre clergé est déjà bien assez riche ; et ce leur est une grande charge que de payer ce tribut dont ils ne peuvent reporter le fardeau sur leurs fermiers sans augmenter, par ce surcroît de fermage, la misère de ceux-ci et tous les périls que cette misère enfante.
Maintenant faut-il s'étonner s'il arrive sans cesse qu'au milieu de ces sentiments presque unanimes à frapper la dîme de réprobation, les catholiques, qui sont naturellement les plus hostiles de tous à ce revenu de l'Église anglicane , refusent de la payer , et qu'ils aiment mieux se soumettre à toutes les conséquences légales de leur refus , c'est-à-dire à tous les procédés et à tous les frais d'une exécution judiciaire, que de faire, en payant de bonne volonté, un acte de condescendance qui leur répugne et qui les humilie?
Faut-il s'étonner si les exigences répétées d'une part, et de l'autre la persévérance des refus amènent
(les collisions qui d'abord se résolvent en procès (i) et en haines secrètes , mais qui finissent par la violence ?
Lorsqu'un peuple souffre de plusieurs oppressions; lorsque chez ce peuple une grande masse de maux s'accumule; lorsque les griefs de ce peuple contre ceux qui le gouvernent se multiplient à l'infini; il semble que s'il se révolte, ce sera au nom de toutes ses misères; il semble qu'il rassemblera tous ses griefs à la fois pour appuyer sur eux son insurrection et qu'il tiendra à attaquer non telle ou telle cause , mais toutes les eau ses de ses souffrances. Ce n'est point ainsi, cependant, que les peuples ont coutume de procéder dans leurs efforts de délivrance : quelque innombrables que soient les maux d'un peuple opprimé , on est sûr que toute explosion dt^s passions populaires, aboutissant à une révolte, adopte un grief principal qui résume en lui tous les griefs, représente en quelque sorte tous les malheurs du peuple et sert de point de ralliement à toutes les haines.
La demande de la dîme et les résistances qu'elle provoque ont sans cesse offert et offriront longtemps encore aux passions populaires ce drapeau séditieux.
Voyez , quand une fois l'esprit de résistance s'est emparé de tous, comment il procède; de toutes parts on s'assemble, on délibère, on prend des résolutions communes; le refus de la dime est décrété par la voix populaire qui déclare :
« Que le système des dîmes est particulièrement « funeste aux habitants de ce pays, condamnés à a maintenir dans le luxe et l'oisiveté toute une classe