PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. III, § II
« de personnes dont ils ne reçoivent rien en échange « si ce n'est des marques de haine et de mépris (i). »
Cependant, en dépit de ces manifestations hostiles, le ministre de l'Église anglicane se prépare à lever ses dîmes : c'est son droit; il l'exerce, il le fait valoir auprès de tous ses débiteurs, mais ceuxci refusent unanimement. Alors le ministre anglican, s'adresse à la justice en même temps qu'il réclame l'appui de la force publique. Un porteur de contraintes va déposer des sommations légales chez tous les récalcitrants, et pour que cet officier ne rencontre point d'obstacles sur son chemin , trente ou quarante gendarmes ( policemen ) sont mis à sa disposition et l'accompagnent dans sa périlleuse tournée. Cette formalité remplie , un jugement est bientôt obtenu qui condamne les opposants. Mais ceux-ci ne s'y soumettent point; ils appellent du jugement sur quelque motif réel ou imaginaire ; ils plaident, font des frais, gagnent du temps, le tribunal supérieur les condamne encore; mais cette sentence étant rendue , ils n'y obéissent pas davantage et refusent de payer. Le ministre anglican, dont le droit vient de recevoir les plus solennelles sanctions de la justice, voit ce droit périr s'il n'a pas recours aux moyens les plus rigoureux d'exécution : il se résout à les employer.
On vient pour saisir le bétail du débiteur : on ne le trouve point , il a disparu la veille , il «st caché. A force de recherches on le découvre : alors le peuple s'assemble et chasse les exécuteurs. La gendarmerie est mandée; à peine se met-elle en route pour venir au lieu où on l'appelle que des signaux
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faits sur la montagne, des clameurs convenues, des sons de cornes familiers aux pâtres du pays, annoncent à toutes les populations d'alentour l'arrivée de la force publique; ces bruits se répètent d'écbos en échos, les cabanes s'agitent au loin, toute la campagne est en émoi , chacun sait le lieu du rendezvous : c'est celui de la saisie projetée. On y arrive de toutes parts, on se parle, on se consulte, on s'encourage, on s'excite mutuellement à la résistance; le tocsin sonne, les constables approchent;
ils arrivent Des huées universelles que suit un
morne silence les accueillent. Aidés de cette force imposante , les gens de justice s'emparent enfin de leur proie. Mais pendant qu'ils décrivent les objets saisis, la passion populaire s'enflamme; on plaint les malheureux qu'atteint cette exécution, on voit des familles éplorées, une femme, des enfants s'attachent aux objets dont les recors s'emparent; et l'on dit hautement que ces rigueurs, ces misères, ce deuil, sont l'œuvre d'un homme d'Église protestant , dont il faut que le sang du pauvre peuple catholique engraisse l'opulence, et des cris d'horreur retentissent; l'indignation, la colère s'accroissent, des murmures terribles se font entendre, l'orage s'avance à grands pas et gronde d im bruit formidable, celui de la vengeance populaire. En un instant les agents de la force publique f-ont outragés, menacés , assaillis de coups Alors un ministre protestant, juge de paix du voisinage, paraît, lit au peuple la loi sur les émeutes (the riot net) et ordonne aux constables de faire feu siu' le peuj)le. Il est obéi. Dès ce moment la fureur de la multitude ne connaît plus
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de limites. Cette population , qu'on croit réduite et écrasée parce qu'on l'a dépouillée de ses armes, trouve encore dans le sein de cette terre qu'elle foule aux pieds des armes assez terribles pour en accabler ses ennemis. Elle supplée pgr l'énergie et par le désespoir aux moyens de combat qui lui manquent, et après une courte lutte, la moitié des constables, restés sur la place et tués à cpups de pierre, détermine la retraite des autres qui s'en vont laissant la foule enivrée de son succès inespéré et de sa sanglante victoire (i).
Il arrive parfois que la sentence judiciaire ne rencontre point de pareils obstacles jlans ?pn exécution; la saisie s'opère, mais celui dans l'intérêt duquel elle se pratique n'en tire pas pour cela plus de profit.
Les objets appartenant au débiteur étant placés sous la main de la justice , il faut encore les vendre au profit du créancier. Or, la difficulté est de trouver d<*s acheteurs. Unp enchère est ouverte ; mais nul ne se présente pour enchérir , et malheur à qui couvrirait la mise à prix ! D'effroyables menaces sont placardées çà et là contre quiconque se rendrait adjudicataire d'un objet vendu pour le paiement d'une dime ! Ces menaces n'ont pas besoin d'être écrites, elles sont dans les clameurs de la multitude assemblée autour des agents judiciaires qui procèdent à la vente; car, si personne ne vient pour acheter, une foule immense s'empresse autour de l'encan pour veiller à ce qu'on n'achète pas : et ces i^enaces écrites ou vociférées ne sont pas vaines :
il y a eu de terribles exemples qui sont dans la mémoire de tous.
Or, la force armée peut bien ])rotéger l'exécuteur judiciaire pratiquant la saisie; elle peut résister aux rebelles, les vaincre, les exterminer, quoique sujette elle-même à de cruelles représailles ; mais ce qu'elle ne saurait faire , c'est d'obliger cette foule muette devant l'enchère à rompre le silence, c'est de vendre à celui qui ne veut pas acheter. Souvent , après bien des efforts stériles, le bétail saisi et qu'on n'a pu parvenir à vendre est conduit dans la demeure du ministre protestant, qui garde la chose en attendant qu'il en trouve le prix.
Alors toutes sortes d'expédients sont mis en usage pour sortir d'une conjoncture aussi difficile. Espérant que la vente se ferait plus aisément dans une grande cité, siège du gouvernement, on imagine de transporter à Dublin les objets saisis; mais à peine est-on en train de les conduire, qu'on est arrêté sur la route ; des rassemblements tumultueux se présentent çà et là, et bientôt dans une lutte engagée entre la populace et les agents de la force publique, ceux-ci sont dépouillés de leur proie et forcés d'y renoncer. Alors, sans abandonner ce plan, on a recours pour son exécution, à d'autres moyens. Chaque convoi d'objets saisis se Fendant à Dublin obtient une escorte armée qui lui est fournie par la
gendarmerie de brigade en brigade Mais arrivé à
Dublin le butin saisi, mis en vente, ne trouve pas plus d'acheteurs que dans le reste de llrlande. C'est comme une matière pestiférée dont chacun fuit le