IV. LES PRESBYTERIENS
Voici un autre élément de démocratie qui , quoiqu'il ne soit pas d'origine et de nature irlandaises, ne se trouve pas moins en Irlande, et y exerce une notable influence. Je veux parler des presbytériens
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écossais , venus en Irlande du.temps de Jacques P% de Cromwell et de Guillaume ni (i), et pour la plupart établis dans la province d'Ulster.
Le culte presbytérien et le. culte catholique ^ ces deux adversaires religieux, procèdent de deux principes absolument opposés l'un à l'autre , le premier • de la liberté y le second de l'autorité; celui-ci soumettant toutes les volontés , toutes les consciences aune seule conscience, à une seule volonté; celuilà laissant à chacun le soin de former par un libre examen sa conviction individuelle. Mais ces deux principes, si directement contraires, ont un e^t démocratique commun, et, par deux voies différentesi, conduisent les hommes à l'égalité. Suivant le principe catholique, tous sont égaux sous un seul maître qui nivelle tout au-dessous de lui : dans l'Église presbytérienne tous les individus sont égaux parce qu'ils sont tous souverains. Si l'on pouvait comparer une institution politique et une institution religieuse, je dirais qu'il y a entre l'Église presbytérienne et la constitution des États-Unis une trèsr grande analogie. Dans l'une comme dans l'autre l'autorité vient du peuple et de la majorité, et va toujours en remontant par degrés; le presbytère, c'est la Commune; le synode, c'est l'État; l'assemblée générale , le congrès. C'est absolument l'opposé de l'Église catholique où l'autorité part d'en haut et descend sur le peuple.
Assurément c'est un phénomène remarquable que la rencontre et le développement simultanédans le même pays de ces deux éléments démocratiques de nature si diverse, et pourtant unis pour travail*
6a R1ÊSI8TAHCS A t!oP9SL^MStOn.
1er ensemble à la même œuvre. Le culte catholique et le culte presbytérien d'Irlande ont été dans Tori"^ gine séparés par tant de pateions et^de préjugés, qu'une simple analogie dans les effets politiques de leur doctrine ne les eù( point sans doute rappro*
• chég, s'il n'eût existé d'ailleurs entre eux, dès le principe , ime autre cause d^union ; cette cause c'est la présence au milieu d'eux d'un adversaire commun, l'Église anglicane , l'alliée du gouvernement an^ioan.
Pendant longtemps la haine retigieuse qm les animait Tun contre Vautre fut plus puissante que
. l'intérêt politique qui pouvait les réunir ; et l'histoipe en offre un mémorable exemple. £n 1703 on pro*' posa dans le parlement d'Irlande un biU qui aurait pour objet de contraindre tous lea £(>nctionnairfis publics à prêter un serment conforme au rit ^gli* can. Or, ce bill, destiné surtout ^à frapper d'incapacité les cathcdiques irlandais, était coni^ dans des termes si généraux qu'il atteignait aussi bien ks dissidents méthodistes et les presbytériens que les catholiques eux-*mième8 ; cependant lés presbytér riens ne le r^K>ussàrent point; #1:, en l'acceptant, ils aimèrent mi^ix s'interdira àeux-mêmM l'exercice d'un droit que de le laisser^ atix catholiques. Ici Tintérêt politique cédait à la paasi^ religieuse (i)«
Plus tar^ Ja passion religieuse cède à la passion politique ; et l'on voit s'unir dans un comn^un intérêt d'im^pendanee ceux que la religion séparait; ce
t chai^ement date de 1789. Déjà avant cette jépoqua les presbytériens d'Irlande avaient phni d'une fois manifesté laiirs penchants r^mUicaim et démociar
DEuxtMis PA^niÈy cbèp. n^ § lY. 65
tiques. Ces grands mouTements de 1 778 et de 178a, dans lesquels on vit la moitié d'un peuple sous le» armes, ces conventions populaires où les résolutions se dalleraient à la majorité des suffrages , avaient poui^ point central la province d'Ûlstar, et pour base la population presbytérienne. Mais alors Fesprit de seete' gênait encore Tesprit de liberté; et, satisfaits d'obtenir 'des droits et des garanties pour llrian<fe protestante , 1^ presbytériens de ce temps prenaient peu de souci de la servitude catholique. La révolution française vis(t imprimer à leur esprit des taidances plus larges et plus généreuses. La France répandait sur tout le monde des idées de liberté générale et d^6fiàancipation universelle , qui ne trouverait nulle part un phis grand retentissement qu'en Irlande , de tous les pays le plus opprimé. Ce he fut pourtant point parmi les plus misérable^ , c^est-à-dire parmi les catholiques , que la liberté française rencontra le plus d'écho ; ceux qu'elle trouva les plus prompts à adopter ses conseils et ses élans, furent les pre^ytériens , plus attentife à sa voix parce qu'ilif la comprenaient mieux.
Aussi tout le mouvement irlandais de cette époque est-il imprégné de l'esprit français et des passions de là ¥Vance. On ne parie plus en Mande que de la déclaration des droits et de la souveraineté du peuple ; à Bublin , à Bdfest , on ^lèbre aivec pompe , au 1 4 juillet de chaque année ^ l'anniver*saire de la prise de la Bastille ; chaque .victôiite que la France remporte contre l'Europe monarchique est pour l'Irlande un^ujet de joie et l'occasion d'une (éle aalicmale 5 à lort ou à raison , s'écrie le peuple
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irlandais , que la France triomphe ! c'est notre cause qu'elle défend , c'est pour nous-mém^s qu^elle combat; c'est la caus%de là liberté humaine.
Et dans cet entraîjiement généreux , des protesr tants , qui jusqu'alors s'étaient montrés les impjaca* blçs ennemis du culte catholique, s'établissent ses champions les plu$ dévoués , et montrent pour son affranchissement plus de zèle et d'impatitàçe que les catholiques n'en témoignaient eux-mêmes. Tous les protestants , qui alors se mirent à la tétç du mouvement national et formèrent, en s'unissant aux catholiques , la fameuse association des IrUm* dais'UniSj étaient des presbytériens.
De là date la première alliance survenue entre ces deux mortels enneaais, les catholiques .v ot les puritains. Dor là aussi la première scission politique arrivée dans le corps des presbytériens d'Irlande: car, tandis que les uns faisaient taire leurs passions religieuses pour n'écouter que leurs sympathies politiques , les autres , fermant l'oreille à la voix de la liberté qui les appelait, restaient opiniâtrement attachés au joug de leurs vieilles haines antipapistes.
Cette division est encore celle que présentent les presbytériens de nos jours. Sur.sept cent mille environ dont toute la secte se compose^ il y en a à peu près la n^oitié qui sont favorables au mouvement démocratique que l'autre moitié combat. Ceux-ci ont plus de haine pour la reUgion catholique que d'amour pour la Uberté, et préfèrent demeurer les alliés de l'Église anglicane, leur enneoiie politique, que de s'unir aux catholiques, dont ils sont les ennemis