‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 13 sur 83 · DEUXIÈME PARTIE y CHAP. II, §[ III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE y CHAP. II, §[ III

m traÎBe avec elle des périls, autant vaudrait se livrer « pursmeiit.et simplem^ à la merci dii. despotisme; ' ic et Vos Seigneuries ne réussiront jamais à ence chidner mon intelligence à la lettre de la loi, au « point de m'arréter ^ans la poursuite du; juste et « du vrai que me montre ma conscience. Prenons « donc pour guide un principe de justice; con^ui- « sohs-nous d'aptes lui , et tenons^nous en garde de «notre mieux contre Fabus; mais n'allons pas, oc parce que Tabus se trouve mêlé au principe, sa- « crifier ce principe lui-même. Si nous agissions «t ainsi , mieux vaudrait pour nous cesser de vivre « en société, et nous ne serions certaiœmei^ pas « dignes de la constitution libre dont la Providence

<c a doté ces éontrées (i). » : f

Tel est aujourd'hui le langage dû prêtre en Irlande. C^est ainsi que d'un élément &vorable de sa nature aux gouvernements établis sort un principe fécond de liberté pour le peuple ; principe de résistance politique devenu si formidable en Irlande, qu'on se demande quelle autorité est capable de s'y maintenir à l'encontre de lui, et auquel pourtaitt ses adversaires eux-mêmes osent à peine toucher, parce qu'il est l'unique sauvegarde sociale de ceux dont il attaque la puissance politique. ^Le clergé catholique esta peu près l'unique source de morale à laquelle le peuple irlandais vienne puiser; lui seul enseigne à ce peuple les règles de conduite privée qui sont encore les plus sûrs garants de l'hotmêteté dans la vie publique; et là même où ses passions politiques sont engagées avec ses intérêts, tout en adoptant la voie du peuple , il s'efforce, en suivant

SB aisisTAscB a. L'onmEWKnr.

celui-ci, de le diriger^ ^t il y rétusit souy^iit. En tout temps, il a condamné les principes et les a^es des White-Bojs ; %t le docteur Doyle les foudroya plus d'une fois de ses excommunications. Si , au milieu de sa démagogie f l'association est parvenue à répandre parmi le peuple des idées d'ordre et de sou*mission à une règle , c'est le dergé catholique ipii i^ ^té son agent immédiat. Si le richey si le juge de paix auxquels le peuple résiste par le conseil du prêtre, ne sont pas tués et pillés, c'est au prêtre seul qu'ils le doivent. Étrange situation d'une aristocratie dont les membres , pour assurer leuf vie et l^iur fortune, ont en quelque sorte besoin de délaisser leur pouvoir politique! Singulière destinée d'un clergé qui, porté par ses instincts et ses doctrines vers l'autorité j en devient le plus terrible adversaire !

Du reste, dès que le clergé irlandais^ dont la doctrine catholique n'est point hostile aux pouvoirs terrestres, sort de son principe^ il est tout naturellement, et par un penchant «qui lu^ est propre, l'ennemi de l'aristocratie.

Le ^ristîanisme est démocratique de son essence ; il est la grande sourœ d'égalité qui ooule perpétud*lement et inonde l'univers. Le christianisme ne cesse d^tre démocratique que lorsqu'il est détourné de son cours naturel.

SI le principe chrétien est le plus démocr^tâqUe de tous les principes religieux, il £aut ajouter que de toutes les formes sous lesquelles le principe chrétien se manifeste aux hommes, la forme cathohque est aussi la plus démocratique. Elle seule passe le même niveau sur tous les hommes^ sur t<ms les

BEUxiieaiB paatib, ckap« n, § m. 5^

peuples , qn^elle soumet à l'empire d'un seul <shef i suprême arbitre du geure humain»

Ciomment àonc arrive-t-il que le culte catholique soit parfois l'aHié et l'ami de l'aristocratie ? C'est que le corps qtd représente ce culte, c'e8t*à-dîre le clergé^ peut être organisé de telle façon qu'il perde son caractère originaire pour en prendre un autre qui ne lui est pas propre.

Supposez un clergé catholique doté de grands privilèges ; de là lui Tiendront. d'abord les instincts , tes passions , les intérêts de toutes les corporations privilégiées. Supposes que, co-eadstant dans l'État avee une noblesse ^ il ait des droits et des avantages analogues à ceuxde cette noblesse; que, comme elle, il possède de grands pouvoirs politiques , de vastes do'* maines , d'immenses richesses } alors il s'établifaen tre ces deux corps une sympathie naturelle) une tendance constante les portera à se r^ipprocher, à s'allier étroitement , à se liguer pour l'attaque, à s'unir pour la défense. Alors. aussi ses instincts, ses passions, ses intérêts de corps privilégié, l'éloigneront autant du peuple f c'est-à-dire du plus grand nombre ^ que ses principes d'égalité dmétienne et d'égalité catholique l'en rapprochaient avant qu'ils fussent altérés; et on le verra d'autant plus se retirer du peuple , que cet autre corps privilégié, son semblable et son allié, la noblesse , s'en tiendra elle-même plus éloigpée; de telle sorte que si celle-ci entrait en guerre avec le peuple I le.dergé^ cet ami primitif et naturel du peuple, en deviendrait aussi l'adversaire.

Mais on conçoit que ri^i de semblable ne peut arriver dans un pays où le clergé chrétien et çatho-

6o Rlési6TANCE A l'oPPRESSIOÏT.

lique ne possède aucun privilège et n'occupe aucun ** rang hiérarchique dansTEtat; où il existe, à la vérité, une aristocratie, mais une aristocratie protes* tante en face du peuple catholique, une aristocratie qui, au lieu d'attirer le clergé vers elle par des parités de position, et de le provoquer ainsi à une alliance, le repousse, au contraire, avec toute la violence qui peut nsutre dé l'assemblage de passions hostiles, de principes opposés et d'intérêts Contraires; dans un pays^ enfin, où toutes ces passions, tous ces principes, tous ces intérêts, qui séparent le clergé ,de l'aristocratie l'unissent au peuple. • **

Ainsi, en Irlande , le clergé a toute autorité sur un peuple qui ne reconnaît d'autrepouvoir que le sien : situation bien différente du cas où le clergé , uni à un roi absolu,' est contenu strictement dans les limites de son influence spirituelle^ et de celui où, allié d'une aristocratie, il a une force politique, mais partagée et impopulaire. Ici le -clergé catholique a sur le peuple la double autorité, et il la possède seuL' C'est ainsi qu'un corps reKgiëux qu'on voit quelquefois l'appui > des princes ou l'allié .des corporations privilégiées ^ est en Irlande un des plus puissants éléments de liberté et de démocratie.

Page 1