TROISIÈME PARTIE) GHAP. II
sur les grandes propriétés, des gardiens judiciaires, chargés de percevoir, au profit des créancier», les fermages dus au propriétaire, et dont celui-ci a été dépouillé, soit par une sentence de la justice , soit par une transaction volontaire.
Cette détresse des propriétaires irlandais^ qui va toujours croissant, tient à plusieurs causes-: la première de* toutes , c'est leur propre incurie. Ils ont , pendant des siècles, rejeté sur des agents et sur des middlemen Fennui de leurs affaires dlrlande; et voilà qu'un jour ils s'aperçoivent que ces afiËSiir^. ont été mal conduites, et que leur forlune, au lieu de s'accroître, a décliné. Une autre raison, c'estleur cupidité aveugle, qui, en rendant leurs fermiers miséra&les, est devenue pour eux-mêmes une cause d'appauvrissement. Et puis, comme ils sont véritablement en état de guerre avec la population, celleci leur cause sans" cesse de grands dommages, sans* autre avantage pour elle que le plaisir de leur nuire. On se fait difficilement une idée de la quantité de bestiaux qui, chaque année, sont tués méchamment ou' mutilés sur les terres des riches , de bois et d^édifices qui sont brûlés , de prairies qui sont bêchées et retouriiées, d'arbres qui sont coupés par pur esprit de vengeance. Je vois qu'en i833 il s*est commis dans la province de Munster plus d'attentats en vue de préjudicier aux propriétaires que dans le but de procurer un profit aux auteurs du crime. Ainsi , au milieu de"^ tous les délits , je ne trouve que cinquante-neufs vols , mais je remarque cent soixànte-dix-huit attentats dictés par ces instincts de violence brutale et ^ vindicative , et qui
J'JO DES REM^DJi^ 4U MAL* *«^ ÀMUR l' ARISTOCRATIE.
ruinent le propriétaire sans enrichir le fermier (i). J'ai dit que rien, dons l'intérêt des clauses pauvres, ne peut remplacer la sympathie des riches ; il faut ajouter que rien, pour le riche, ne peut, suppléer* )a sympathie du pauvre ; et quand Je pauvre hait le riche, il n^y a point de loi ui dure, point de cour martiale, point de supplices, qui puis^ept Tempécher de travailler à la ruine de celuvci*
Enfin / l'indigence des riches irlandais a une der^ nière cause, de dafe plus récente» Durant la guen^e d^ Iji France avec l'Europe , et aotaniinent de 1 800 à i8f o, l'Angleterre ayant été, pour sa subsistance, réduite presque entièrement aux ressources, de son territoire, l'Irlande, qui a toujours été son grianier d'abondance , le devint plus que jamais. ]>s produite agricoles de l'Irlande furent, en conséquence, si recherchés, que leur prix s'accrut outre mesure. Cet état de ehosee se continuant d'année en année, le$ propriétaires, dont lee^ terres donnaient à leurs fermiers des fruits d'une valeur double ou triple, se \mtèmu% d'élever le prix des baux dans la même proportion I et, ne prévoyant point que cet accroîa- Mmeqt de Ibrtuna, $i agréable à leur orgueil^ cte- Mrait evec l'aecident qui l'avait &it naître , ils ét^blirent les dépends de leur maison wr cette baiie fragile.
Tant que dura le blocus <x)ntineistal, l'aristocratie d'Irlande fut magnifique et prospère, et le peuple lui^^méme souffrit moibs;'mais la paix ét^at repdue au monde, le marché irlandaii^ fut privé de son monopole , le3 produits de la terre perdirent leur valeur exagérée, et la fort^iue de tou^ ks propriétaires
lut mbitranent réduite* C^p^nàênt^ «p dépit de 0e r^orè qui leur enlevait la moitié de leuf9 rewmia, to^iiiches »e diminuèrent point Iwrs dépm^afir .
Il 6$t dans la nature das ariftocmtie» de «ne ftmr voiir décliner; elk^ 99nt bâtie» sur un ptéd^^tal dont h vanité eit k b^is^ : ar» Ui vanité cesserait d'être plle-méniey si elle consentait k se ternir ou à s'abaisser, Une pareille résignation est surtout impossible ji une aristpçratie 4 Vgent ; c^r le rang se mesurant sur }|i fortune, qui voudra s^'humUier e« s'avouant
moins riche?
Les grands seigneurs irlandais n'eussent jamais consenti à se rapetisser d'une ligne; et, continuant à vivre dans le même luxe avec des ifortunes moindres, les uns sont arrivés à une ruine complète , les autres y marchent rapidement; et, plutôt que de réformer dans leur domestique un dieval ou un laquais , vont tomber du haut de leur faste dans l'extrême indigence. C'est une faiblesse très-familière à rhomme de ne pouvoir supporter l'approche d'une infortune légèrç dont l'heure est fixée , et de s'avancer résolument vers un malheur immense, inévitable, mais dont le jour n'est pas marqué. L'aristocratie exagère tous les vices comme toutes les veçtus qui procèdent de l'orgueil.
Quels que soient les maux de l'aristocratie irlandaise, on ne trouve guère de larmes pour les déplorer. Et pourquoi s'affligerait-ou de voir décrépit le ^rps dont la 'fin est nécessaire? Abandonnée à elle-même , cette aristocratie périrait peut-être. Mais la Jaissera-t-on , infirme et impotente, languir des années, des siècles même, et s'éteindre dans une
a^a 'I>CS ItEMiDfiS AU SrAL.—- ABOLIR l'aRISTOGIÎATIE.
lente agonie au milieu des yiolenoes qu'elle excitera^ des misères qu'elle fera naître et des malédictions qu'elle entendra jusqu'à sa dernière heure? Non» Sa caducité, loin de la prot^er, la condamne; elle ne peut plus être, pour le peuple«irlandais, qu'un sanglant fantôme de gouTemement ; et sans doute elle ne se relèvera pas au milieu des coups tmribles qui lui sont portés, lorsque, dans des temps de paisible tyrannie, elle est tombée si bas. Elle n'^t donc plus qu'un fléau et un obstacle , qu'il &ut se hâter de faire disparaître.