‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 48 sur 83 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Le droit d'idnesse en Angleterre et en Irlande. — Nécessité de l'abolir dans ce dernier pays. *— Eé^umé des chapitres précédents.

II faut sans doute que les terres soient aliénables, pour que le peuple puisse les acquérir; c'est la première condition; car on ne peut acheter que ce qui est dans le commerce. Voilà pourquoi Tabolition des substitutions est la première chose à faire; mais ce ne serait pas assez. Le peuple ne deviendra pas propriétaire^ si toutes les terres à vendre sont de grande étendue; et elles conserveront cette vaste dimension dans tout pays où règne le droit de primogémture.

Bien, je crois, n'est plus commun, en France, que de se tromper sur la nature du droit d'aînesse exis« tant en Angleterre. On croit qu'une volonté impérieuse de la loi attribue forcément à l'atné des fils la totalité de l'héritage patrimonial , et que celui-di jouit du bienfait de la loi en dépit de la volonté contraire de ses parents. Il n'existe rien de semblable.

Cette liberté, que je montrais tout à l'heure dans le propriétaire d'un domaine substitué, se retrouve bien plus grande encore dans le père de famille faisant la dernière disposition de sa fortune. Il peut, s'il lui plaît, partager également ses b|ens entre tous ses enfants , donner la plus grande part , la totalité même ^ l'un d'eux, ^u dernier d'entre eux, à la plus jeune de ses filles , et ne rien laisser aux autres ; il

TB#181JMS [pAÈMtm, CHAJP. IV ^ SBCT. II y § Pf^. <»5

p«Ut exclure Fauié; que diskje? il peut non^-senle-' ment donner tout à un ^ seul d'entre eux , il peut même les déshériter tous ensemble, et laisser sa fortune entière à un étranger.. La loi n'étahlit ep faveur- des enfants aucune réserve. Rejnarquons , en passant, que si la légidation anglaise mérite im r^ proche, ce n'est pas d'étçe trop absolue, c'est plutôt de trop laisser à la liberté de l'homme. Elle est l'op^ posé de la loi française, qmi destitue l'homme de toute volonté dans la disposition de ses biens.

Tandis qu'en France on mécpnnait la loi anglaise sur te9 (Successions, en lui attribuant un despotisme dont elle est«ëxempte, -il arrive souvent aux Anglais de tomber dans une erreur contraire, qui est de w.nsidérer leur loi de primogéniture comme n'étant douée en elle-même d'aucune puissance. Gen'e^tpoint dans la loi , vous disent-ils , que;^ réside le droit d'ainesse; il est tout entie^ dans lesimpeurs.

Les Anglais* qur tiennent ce 'langage ont raison dans de certaines limites* U est bien clair que si le droi^de priqiogjéniture était contraire à l'opinion et aux mœurs du pays^ il cesserait d^xister, puisqu'il if est point obligatoire; il a pourtant sa racine dans la loi. Quel est le principe légal? c'est que si le père ne l^t poSnt de t^HofxmvAf et %ie dispwe point d'une autre manière de sa- propriété , le £ds aîné hérité de tout;^ à l'exclusion des frères et soeuis ,. qui n'ont absolument rien. Ojr, que suit-il de là? C'est que lef père^ gardant le silence, la loi parle; et la voix de * celle-ci est |oute eh faveur de l'aîné des fils. Dites, si vous le \oulez , que' la loi n'^t.paS tyraqiiiqae, puisqu'il est permis de résister à son ejm>ire j^mai^ II. i5

iK^diti^ pat qu'elle e$t 9aaA puiffi^ctt» oar, si rbonune

^mf émw* absolue*

£t prm^ him gar4e à toute U puî^aan» qu'eUi»

exf i*c# MT Ja VolQotQ de ThomiM » alpr$ Bdéodfi qil'^Ufi stniMo la lato^er e^tièr^^ent libre* £U« pro* ciAlse )q priqdiie qtie, d«niie ailmçe da père,4'ai»é d^ gU héritQivi Af»l de ji«» domaines^ N'ei»t*ce pa» qm&mâ «i U léfiilateiir dédanûi que, dan» «Km esprit, r#ttribi4tioii SAns partage de l'hérédité à Tamé dM fik ^t Tarrifif ornent le plus atge et le [plus jiMte? S'il m es^ktait an ^leilleur et iplm équi|i^>li^ la loi Fadopteraît mm doute pour euiaire la hm^ du droit «opi]|iun« Qu^le. est la oonaéquenoe de oeçi? C'est que (aut père de famille qui désire dsi partager ég^deuuunt sas terres entra tous ses enfanta* se trouvf tout d'^^rd en opposition avec la loi. Celle-ci lui perm^^^l «st vf ai^ de suivre son désir } umê ^fiu il aait que ; s'il ne ^ssiit pas* une disposiUan oonforoie k ce sentiment, la loi dispos^t^ii autrement^ Il aait qu^n cas de sakuace^de sa part^ sQii . fila a>ué a àtoit à la totalité de l'héritage. Or, <c'«^ déjà (diose grave pour un père que de ofaangef la oonditioo laita par la loi à I'ub de ses^ enfanta. Ce perd tm oroiraf^^^l pas faeileuimtcqa'en dét^angeaut l'ordre qua la loi a ft^çé, il commet une aorte d'in^ justice envQr^Oilui au profit de qui oet ordre %été établi? et» combien t^ette injustice lui pai^tra évi** •dente , lorpqu'çn miv^ temps que son esprit ^sera troublé 4^ oes doutes, sa yamti viendra Jui montrer l'ayaut^^ de transmettre entier^ à un seid deseen-r dant,"^ beau domaine, qu'uh par^e égal enfre

plusieurs déshonorerait ? Au milieu de ced doutes, de ces scrupules, de ces passions, il prendra le pavti de ne rien faire , ce qui sera pourtant un acte tràs^ décisif; car, encore une fois, rhomme j^ taisant, le droit de primogéniture règle la succession.

Ce droit e^t sans contredit 1^ privilège le plus im^ portant de l'aristocratie anglaise ; -^joutons qu'il est le plus incontestablement national.

Les cadets en souffrent moins qu'on ne pouirait croire, parce que la même constitution qui les exclut de Théritage paternel, les dédommage par un< certain nombre de privilèges qui l^ar sont ré^ serves. L'Église , l'armée, la marine , la compagnie des Indes , leur offrent des carrières dont ils ont à peu près le monopole. Le jour où l'on voudra porter au droit d'aînesse un coup morte) , on n'aura qu'à enlever aux cadets de famille la faveur politique qui leur fait oublief l'injure de la loi civile ; de ce jour-là seulement, le droit d'aînesse leur parais tra une injustice. ^

Pour comprendre le sentiment populaire dont, en Angleterre , le droit de primpgéniture est l'objet, il faudrait tâcher de mettre, pour un instant, de côté nos idées françaises en cette matière, nos habitudes philosophiques , et nos moeurs^ démocratiques elles-mêmes. , . •

En France, quand' une succession s'ouvre , ce qui excite l'intértfk , c'est le sort de cefux entre lesquels l'héritage sera divisé. En Angletér>*e, ce n'est pas l'héritier qui attire l'attention, c*fest l'héritage. La loi anglaise a bien pins* en vue la terre que l'homme; il ne s'agit (^as de distribuer la terre équitableraent

!2a8 DJESS RSBCtoES AU HA.L. *— ABOLIR L'ARIâTOGRATIE.

entre tous ; ce qui importe, c'est de donner à la terre on possesseur digne d'elle ^ et qui soit capable de la conserver entière et indivise.

Pour comprendre cette idée^ il faut songer à tout ce qu'il y a de richesses accumulées sur le sol anglais, à tous les arrangements factices qu'il a reçus , à toutes les transformations artificielles que la main de l'homme lui a fait subir.

Les domaines anglais sont comme autant d'objets d'art dont chacun forme un ensemble parfait; il semble qu'on ne pût, sans impiété, leur fsdre subir un partage; .chacun d'eux est comme un tableau du Corr^e trouvé dans une succession. Il ^ftut, de toute nécessité, qu'un seul héritier le possède : nul ne voudrait qu'on le mutilât. Dans de certains pays , ce lot privilégié se tire au sort. En Angleterre, on gagne ce lot en naissant le premier.

£t remarquez que ces domaines, éclatants de luxe et d^industrie, ne sont pas de rares accidents qui se rencontrent çà et là ; i|s forment l'état commun du sol; ils se succèdent, sans une seule lacune, d'un bout du pays à l'autre , sans aucun intermédiaire qui les interrompe, sans aucun contraste qui les dé* pare. Voilà pourquoi l'Angleterre est si belle ! Quelle splendeur dans l'ensemble! quel goût admirable dans les détails! comme tout y est riche, élégant, fini! Il semble que rien n'ait été fait en vue de l'utilité, et que tout ait 4^ calculé pour l'agrénftnt , pour la grâce et pour la beauté du paysage ! Il est si fa^Ie d'éljre généreux ehvers^ki terre , quand elle-même vous prodigue tous ses trésors, {ci , point de gêne , point d'entraves , point de petit propriétaire dont

TROISràME PARTIE, CHAP. IV , S£GT. II , § IV. 2^9

les voes étroites et mesquines viennent contrarier de vastes plans ; point de petit champ dont la grossière culture souille de son contact les perfectionnements agricoles d'une savante erploitatiori ; point de toit pauvre dont les misères viennent désenchanter les regards. Tout est grand, magnifique , somptueux dans les campagnes de l'Angleterre.

Il faut avoir vu cent fois ces campagnes merveil* leuses, sur lesquelles la nature a versé tant de trésors , Findustrie humaine tant de richesses, et l'art tant d'ornements ; il faut traverser TAngleterre d'un schI trait, aller de Londres à Edinburgh, et voir toute cette magie d'un seul coup-d'œil , pour comprendre, non le droit de primogéniture, mais le sentiment qu'on en a en Angleterre, pour s'expliquer comment une sorte de popularité est attachée à ce privilège, sans lequel ces beaux domaines, qui font une si belle contrée , tomberaient sous la hache du principe d'égalité qui divise et broie les héritages.

Quand nous vantons , en présence d'un Anglais , le3. avantages de' notre loi de succession, qui,'prenant.saçource dans^Féqjaâté naturelle, fait des parts égales aux enfants, et divise ainsi sans pitié l'héritage patarnel, nous, sommes à peu près* sûrs dé n'être pas cèmpris, et.il est rare qi^ l'expression d'uii pareil sept^nlent n'excite che;^ lui le rire ou Tincrédulité. En général; il'n'adhiet pas comme chose possible qiÀiiiç pareille loi existe dans aucun pajs, ou il pense que qi^()ays est menacé d'une ruine pro*chaine. Les id^ de l'Anglais sûr ce point sont au nombre de ses convictions les plus fenaces.

a3o DES BEMÈDES AU MAL. — ABOLIR L'AûrSTOGRATIE.

Le droit d'aînesse est, en Irlande , le même, suivant la loi, qu'en Angleterre; mais il n'y trouve point le même appui dans l'état du sol , dans les préjugés et dans les passions nationales.

Il est vrai qu'en Irlande , comitie en Angleterre , tous ceux qui sont en possession de vastes do-» maines éprouvent, pour la conservation de ces pro* priétës 9 le même sentiment aristocratique que les projHriétaires anglais ^ et partant le même attache* ment pour le privil^e qui seul en empêche la division. ^

Il est vrai encore qu'en Irlande il arrive souvwt 4UX nouveaux enrichis , qui achètent une grande terre) d'être, comme en Angleterre^ saisis tout ans* sitôt des mêmes instincts d'orgueil et de conserva* tion pour ce domaine ^ qu'ils seraient fiers de transmettre entier à leur postérité la plus reculée.

Mais, en Irlande, la passion de l'aristocratie s'arrête à ceux qui en sont ou qui croient en être membres } et ce nombre est très-limité. En Angleterre , à côté d'une vieille fortune il y en a mille qui sont en train de naître; il n'en est pas de nlême en Irlande, oii la misère est presque aussi immobile que le soL

■^K. ' • ifc

Peu espèrent arriver au but , et ceux qui l'ont attlint sont haïs. Jamais^ en Irlande^ je n'ai entendu le peuple témoigner ^ en parlant des vastes possessions de l'aristocratie , oes sentiments indulgents et quelquefois enthousiastes dont j'ai si souvent,. en Angleterre , surpris l'expression dans 4» bouche du pauvre. . * *'

On pourrait donc abolie , en Irlande, le principe du droit de primolféniture sans y blesser aucune-

ment le senthnent national. Ce serftît^ aii contraire, le meilleur moyen de mettre la loi d'acicord âVM i'«sprit public. S'il est vrfti que leâ laid dvilè^ d^un peuple expriment ses mciâurâ , be petit^m pfli dii^ qu'audsi longtemps qu'ea Irlande tme àristdwâtii anti-nationale ^«mservera âô^ privilèges éitilfif , il 3^ ^ora dans ce pays Coiitradletlôii flâgràtlté entré se» moeurs et ses lois ?

On est (oï^ de reodnnàttrè ausKi que rAbolltidli dif droit d^aînesse ne causerait point ta Irlande léà ruiner qu'elle pourrait faire en Angleterre. Q éitste bieiv en l£ljindé de magnifique^ dozâaineé ^ et de splendides demeures ; tùm^ ce i^otit Cotnme des fiàÊts danâ le désert. Le riche propriétaire dlrlàiîdé a cout4ime d'entourer sa résidence d'tmê certaine étiendUè de terres réservées ^ sut lesquelles il àcciiinùlë tou» s&É sôindy tout ^n luïe, tout son orgueil, ai l'oh arrête sêà regards tor cet «espace étroit, on «e cttAt encore en Angleterre ; mais aè^ qu'on porte «est yetut ^ âu-delày on eât dé toutei<^ parts frappé du plu§ h^ste spectacle ; la terre s(e montre âtic(si pauvre que se^ habitants : il semble qu'elle envoie le reflet dé leUt* profonde misère ; deâ càbâUéS IminoudeS , dé!; fchamps dépourvue de clôturer j iïh soi Utt ^ éUtiè-

rement dépouillé d'arbres , tmit préisente un aspedt

déiSàlé.

En. Angleterre, là ferme est st riche «ju^eHc se côu- 'bmd avec la réserve du propriétaire* En îrkudé, îl y a, au point où înit le domaine privé du iriché, itu brisement subit; ^t IVh â peine à dhôiré que cette Çerme hidaose, qui, porte teiit d^îidigence et

a 32 DES-UBMÈDJBS lu MAi;i. ^ ÀBOLIA I.' ARiSXOGRATie.

de mUieut*, dépende de ce fialais superbe, qui contient une si énorme opulence.

Maintenant, 'pepse-t-on qu'il y eut matière à d^ grands regrets, quand, par l'^et d'une législation nouvelle, ces immenses terres, si horribles à voir, viendraient à se diviser ? Serai^ce le cas de déplorer la mutilation des grandes terres , si tous ces do-^ maines , chargés de huttes §auvages et de fermiers en haillons, se couvraient d'habitations modestea et de petits propriétsure^ ? ' '

Ici ^core, on le voit bien , l'intérêt de l'frlande commande impérieusement de renverser ce qu'en Angleterre on peut laisser debout. <

. L'abolition, en Irlande, du droit de primogéniture ^est absolument nécessaire pour conduire au but qu'il faut atteindre. • Ce serait déjà introduire dans la loi un changeqient considérable que de retourne^ l'échelle du droit^; *et , au heu d'établir que l'aîné des fils aura tout Théritage, à moins de dispositions contraires du pèreir^ de statuer qu'en cas de silence.de celui-ci, le partage sera égal ^ et qu^povir dépouiller les plus jeimes au* profit de l'aîné , il ËOidra une déclaration expresse*.

Sans doute , pendant longtemps, une pareille loi serait peu effic|C6, p^rce que les mœurs des riches lutteraient contre elle.; mais ne serait-dle p^ le moyen le plus sur et Te plus équitable de- préparer les mœurs ?• D'abordelle serait puissante chaque fçifi qu'un, père de famille aurait omis volontah^emèvjî): ou involontairement dt faire un testament} et combien sont surpris pap leur dernière heure ! ce serait

TaOTSIÈMB PARTIE^ GH'Ai'. IV, SECT. Il, §*IVr 21^3

aussi enlever à Tégoïsme de l'orgueil Tasile dans lequel il a coutume de se réftigier. >Sur cinq enfentBy quatre sont dans une condition misérable, un seul est riche: que voulez-vous? c'est la loi qui Ta réglé ainsi. Désormais on pourrait dire au père: Cette révoltante inégalité dans l'état de ceux qûî avaient un égal droit à votre tendresse est votre ouvrage; die résulté, non d'une omission de votre part, ftiais d'un fait positif dont vous êtes l'auteur.

Je ne puis croire qu'à la longue une pareille loi ne devînt' féconde, et sans doute elle amènerait la division d'un grand nombre de domaines. Il faut n'avoir point vu la France pour ne pas reconnaître aœc quelle rapidité cette division s'opère , dès que te principe du partage égal commence à exercer son action dissolvante. Le droit d'aînesse étaflt aboli, le* fractiozoïemént des héritages qui en résulterait offrirait d'abord à la <;lasse moyenne qui naît en Irlande des terres d'une étendue accommodée à ses moyens, et sans doute U divftion, se perpétuant, finirait par rendre la propriété accessible aux classes inférieures elles-mêmes.

En résumé , pour atteindre le but qu'on se propose, il .faudrait briser les liens féodaux qui eUr ehaînent le sol, abolir les substitutions, au droit de primogéniture substituer le droit coranuin du partage égal; délivrer la propriété ^^de toutes ses entraves; ne point la laisser incertaine entre un maître qui n'est plus possesseur, et un possesseur qui n'est pas propriétaire; déclarer rachetable, à prix d'argent, tQutc^ rente perpétuelle ; exposer au grand jour le môûyement de la terre, en fceiliter la vente, ouvrir

âl34l BC^ ^MÀDBS AU M AU -^ ABOLIH l'aBISTOOBÀTIE.

gratuitement au public le registre où sont consignés le» engagements relfttiife au sol , o£frir à ces engage** ments deft garanties de sécurité^ et en simplifiant la forme des contrats dont le sol est l'objet, vendre possible l'achat des petits comme des gralids dû* maines.

Je ne prétends pas, du reste, indiquer les ppooédéa législatifs par lesquels le mal signalé pourrait être guéri , et je me borne à dire aux hommes de qui dépend le sort de l'Irlande : « Hàtez-vous de &ire des « lois qui rendent la terre au cQmmerce } diviser i c fractionnez la proptié^ autant que vous le pourrest^ « car c'est le seul moyen^ tout en renversant une ari»- « tocratie qui doit tomber y de relever les basi|M « classes; c'est le seul moyen de mettt*ele ^1 à la ce portée<^u peuple ^ et il faut » de toute nécessité ^ c que le peuple d'Irlande devienne ^propriétaire* » '

SECTION m.

Ce quHl faut faire pour abolir les privilèges religieux

de Vctristo&ratie.

Nécesnti de clétAiire )â supréntàtie cki cillfe anglican.

Enfin ce ne serait 'point assez d'avoir enlevé à ràristocratie irlandaise ses privilèges socsaux et politiques , ai on He la dépouillait aussi de ses privi^* léges religieux^

l^.pri;vilégcfe rdigiaÉxsont :k prédomînanf^e d£

TBOlSîkmE PARTIB4 CHAP* lY^ S£GT. III f § 1/ %^5

son culte, qui^ quoique professé par une petite mî^* oorité, est la religion légale de tous ; et le6 grandes richesses données par l'État k son Église.

Ck)mment l'aristocratie, perdant sa puissance po*litique et civile | conserverait-elle une supvématie religieuse qui n'était que Tacoessoire de sts autres privilèges? C'est k grand'peine que l'Église angliciuie se .mail) tient 9 appuyée sur les pouvoirs temporels de l'aristoeratie ) ceux-ci venant à lui manquer ^ sût quoi s'appuierait-elle ?

Sans doute, au milieu de ioutes les ruines du Vieil édifice, (>n ne conservera pas cette Église, qui est pour l'Irlande un si grand fléau, que tons les autres

privilèges de l'aristocratie fudsent^^ls épargnés , il y aurait nécessité de la détruire^ Comment done, ces privilèges tombant, resterait-elle debout?

Au milieu des vices qui abotidetit dans la sotiéfé irlandaise, le vice de la sjiprématie anglicane se montre en reUef plua choquant que totis les autres^ uon-seûletùent parce qu'il est le plus funeste, mais aussi parce qu'il est le plus absurde.

L'obstination qu'on met 4 maint^^jir dans Tirlande catholique le principe légal et l'existenoe dl&cielte def l'Église protestante, pronviè qiisi y a dân^ les iiistitutions humaines Un degré d'égoïstHé é^ de fo^^ dont il est impossible de m|Lrqtiér la lihiite.

€hi ne peut comprendre l'Église anglicane d'Irlande qu'à m naissance; le 2èle retigiéu^t des tetnps lioui^ TeatpKque. Chaque secte, au seizième siècle, tjroyait t^ii* la vérité abàoluô, et n^gard^it comme ttn sateit devoir d'ittiposer sa croyaiioé ^ même par la feveë^ k quioot^e était âli)M')»tathetlft^«*pem^

a36 DES msMÈDEs au mal. — • ABOLIR .l'aristocratie.

avoir une autre foi. Alors l'esprit de prosélytisme animait tous les cultes ; et les anglicans, qui possédaient la puissance temporelle , eussent montré à cette époque une grande modération, s'ils se fussent bornés^ comme aujourd'hui, à placer sous les yeux ées catholiques d'Iriande ce qu'ils considéraienC comme V Église modèle , le type de la vraie foi y et qu'en leur offrant cette forme unique du vrai culte^ ils leur eussent défendu tout autre mode d'adorer Dieu.

On concevrait encore que si, de notre temps, la même passion religieuse régnait sur les Anies, il fut permis de s'èntéter dans une entreprise dont trois siècles d'iputiles essais ont démontré le vice.

Mais la tolérance n'a-t-elle pas, de nos jours, remplacé, même en Angleterre, l'esprit de prosélytisme? £n âépit de sa natupe anglicane, le gouvernement anglais reconnaît tous le$ cuites; et les sectes les plus diverses, qui jadis 13e déchiraient entre elles, vivent mainte):)ai\t paisibles sous là protection des lois.

Qugl eist 4oncle seps d'une Église créée dans un pays par le fanatisme religieux;, et qui, après trois cents an> de pcsrsécutions. stériles^ continue d^exister, <{uand le fanatisme est éteint?. : , - ■• ^

On trouve encore ^^ il est vrai, parmi quelq^iâes congrégations protestante^ d'Anglçteirr^;, dlr^scbde et d'Ecosse^ un zèle enthousiaste et uçe ardjeùr re* ligieuse . qui rappellent les j^remiers temps 4e la reformatiez; mais on doit rendre à l'Église anglicane établie en Irlande cette justice, qu'elle est bien complètemeot exempte de paroles* passons,», et

TROfiHiHE PARTIE, GHAP. IV , SBCT. III, § ). aSj

que, condamnée à vivre au milieu d'une population cathdli'que, elle paraît tout à fait résignée à son malheur. Les ministres anglicans )ie semblent point préoccupés du besoin de faire des adeptes ; et la meilleure preuve que peuvent donner beaucoup d'entre eux de leuir parfaite tolérance , c'est le fait même qu'ils ne résident point parmi ceux dont ils pourraient tenter la conversion» C'est d'ailleurs une coutume familière aux ministres anglicans d'Irlande* de reprocher aux catholiques leur esprit de prose* ly tisme ; d'où il faut inféser *que les ministres angli* cans sont animés d'un autre esprit. Assurément cette modération est louable; on ne peut que l'approuver, mais si les ministres anglicans ne sont pas en Irlande pour faire des prosélytes, pourquoi y sont-ils? Places dans ce pays pour tendre vers un but dont la poursuite eât abandonnée ^ pourquoi y restent-ils ? Si ce n'est point la passion qui les retient, faudra-tril croire que c'est l'intérêt? et que/ n'ayant point converti l'Irlande à leur culte, ils n'en gardent pas moins leâ privilèges , les terres , les revenus , qu'on leur avait donnés pour travailler à cette conversion? Triste condition d'une Église qui, pour échapper au reprpche d'égoïstne, n'aurait d'autre moyen que de se montrer intolérante ou de périr! Si, en dépit des enseignements du passé, l'Église anglicane d'Irlande rêvait encore la conversion de ce pays au protestantisme , elle soulèverait plus de passions , mais elle choquerait moins les esprits ; elle serait plus irritante, mais moins absurde. Son établissement primitif fut une violence , son maintien présent est un non sens. Dans Ion impuissance reconnue de com-

!t98 DES ]|E|lfeD£6 ÂtT MÂLi »- ABÔIIR L^MS^GRATIE.

muniquer ses croyanoes à ceux qui la paient ^ elle s'efforce de se rendre inoffensive , et ne voit pas que plus elle excite Hndulgence , plus elle révolte la raison.

Depuis que l'Église ne persécute plus les catholiques d'Irlande avec les lois pénales du dix-huitième siècle , elle manifeste devant les attaques dont elle est l'objet la plus singulière surprise. Que lui reproche-t-on ? Ses ministres ne rivenMls pas paisiblement sur leurs terres ? Ne les voit-on pas indulgents pour leurs fermiers , bons Voisins , bons pères de famille? Ne dépensent-Us pas leur revenu au profit de la population qpi travaille? Et n'est-ce pas un grand bienfait pour un pays encore sauvage, et où les classes les plus élevées ne résident pas , d'avoir çà et là épars sur sa surface un certain nombre d'hommes intellectuels, qui , s'ils n^ font pas fleurir l'arbre du protestantisme, y déposeront du moins des germes féconds de civilisation? Tel est le langage de l'Église d'Irlande et de ses amis les plus ardents (r). Cependant, alors même quejes ministres anglicans, si souvent absents de leur poste , ne le quitteraient point, ils seraient impuissants à faire le^ien qu'on leur demande. Vainement vous les convertissez en de simples retitiers , ils jont toujours pour le peuple les ministres d'une religion ennemie ; leur fortune , si modique qu'on la suppose , est une charge pour le pauvre , et pour le catholique un scandale. Les persécijtlons violentes et directes de l'ÉglisQ-ont cessé, mais l'oppression morale qui leur a succédé «st encore un lourd fardeau; l'existence çeule ,de TÉfflise

TSOIUàHfi I^AHTfSy OHA9. IV, SBCT* HI, $ I. àftg

anglicane ea Irlande, telle qu'tUe est conMiituée^ est une constante tyrannie.

Aussi longtemps que le culte anglican sera eu Irlande la religion €k l'État , TÉtaC sera odieux au pays, et il n'y aura pour llrlgnde ni prospérité pos« sîble ni repos.

La suprématie-anglicane est pour llrlande le prin-* ctpe et la source continua de tous les mauK : ell^ signifia, pour l'Irlandais, violence, confiscation , m* pinesi cruauté ; elle est/ à ses yeux, le signe certain de rinjitstke, du mensonge* et de la spoliatitm. Tant que rÈglise anglicane sera le culte établi en Irlande, à tort ou à raison, oe pays ne se. regardera point comme libue ; il $^ croim toujoure traité en pays conquis et opprimé , parce cpie les plus amers souvenirs dQ la conquête sont tous méiés de protestant tÎ9m^ f et qu'il n'est pas un souvenir de protestant tisme qui ne soit mêlé de tyrannie.

Il faut donc couper avec soin cette racine aiigU«* cane de l'aristocratie , qui , si ^le restait en iHandi^^ ne pouaserait que de funestes rejetons, ^lel que soit h gçuvemement qui «Rétablisse mr les ruines de l'aristocratie irlandaise , malheur à lui s*il m<Hntre lampindre sympathie ou la moindre pitié pour le V-WlX privilège anglican I

" Ce pripdpe de domiqatioii religieuse , dans Ie« cpiel se résument et se perpétuent tous les vieux grie^ de llrlande oatholique , sera , ttat qu'il durera, i^ne source intarissable de divisions, de haines, d'attaques et de résistances ; il rendra impossible toute autorité, même la plus bien&isante, mais appuyée «tiF lui. Vainepaent Jle gouvernement , d'ail-

afyo DBSEJWàDESAU MAI.*—- ABOLIR l'aRISTOCII ATI E,

lews le plus national ^ tenterait de s'établir en Irlande^ il serait impuissant et fragile , si on lai laissait cette base yieieus^. Et vainement des réformes seraient £Eiites dans l'administration de l'Église anglicane, des abus corrigés , les sinécures abolies y les richesses du clergé diminuées y le mal sera toujours le même aussi longtemps que prévaudra }fi principe qui attribue à l'Église ^anglicane une prédominance légale sur tous les autres cultes ; et ce mal provoquera toujours les mêmes sdulèvements^ 1^ ra^mes violences y les mêmes ré&ellions populaires réparai-* tront. Sous quelle forme éclateront ces résistances nouvelles ? Quel iait en sera l'occasion ?' On ne sau* rait le dire ; mais ce fait ne manquera pas.

C'est une erreur souvent commise que de croire qu'une diminution dans les*revenus de TÉglise anglicane remédierait au mal religieux. D'abord cette réduction ne pourrait, même sans injustice, excéder de certaines limites. Le haut clergé d'Irlande est seul opulent. Les ministrq^ de paroisse n'ont pas , terme moyen, chacun plus de 10,000 francs de rente (5oo livres sterling). Cette somme énorme pour i^ux qui la paient à contre-cœur est à peine sufiBsante pour les ministres qui la reçoivent ; ceux-ci sont presque tous des cadets de famiÛe pour lesquels l'Éghse^st un état; leur fortune, qudque belle qu'elle paraisse,' est encore bien inférieure à leur condition et à leurs besoins; ils sont mariés, ils ont des enfants qu'il faut bien élever et au sort desquels il faut pour* voir; ils ont des amis riches, des rapports de société et de famille dans le monde élégant ; leurs charges sont grandes et leurs revenus sont au«dies5ous

TBOISIÈME PARTIS y CHAP. IV^ S^GT. III, § I. a4l

de leurs nécessités. Peut-être mémey pour être impartial et juste , faudrait41 reconnaître que le clergé d'Irlande ne s'est jamais prévalu à la rigueur de la totalité de ses droits. La dîme, en Irlande est sans aucun doute bien moindre qu'en Angleterre (i). Au Ueu d'équivaloir comme dans ce dernier pays au. dixième des produits du sol , elle est à peine égale au vii^ème i et ce n'est pas seulement depuis que la loi 'l'a réduite que la dîme est moindre en Irlande; . elle y a toujours été telle ^ soit modération dç ceux à qui elle était due, soit résistance de ceux qui la devaient. Et pourtant les richesses du clergé angli? can excitent en Irlande des cris et des plaintes qu'en Angleterre elles ne provoquent pas.

Les hauts salaires que reçoit l'Église d'Irlande sont y il faut le dire, le prétexte et non la cause réelle de ces clameurs.

Ceux qui pensent que des réformes dans les vices reconnus de l'Église d'Irlande suffiraient pour en faire une institution bienfaiscmte n'ont qu'à jeter un coup d'œil sur le passé»

Les haines et les désordres que cette Église excite en Irlande^ ayant en 1824 attiré l'attention du parlement anglais 9 on s'imagina que Thostilité manifestée GQntre l'institution tenait au mode suivant lequel la dîme était levée ; et que tout grief cesserait dès que cette forme vicieuse serait corrigée. La dîme se prenait alors en nature sur les récoltes du cultivateur : une loi fut rendue (2) qui autorisait tous les débiteurs de la dîme en Irlande à entrer en composition avec les ministres de l'Église anglicane à l'effet de commuer la dîme en .une redevance pécu- II. 16

'Ai$% DEâ %ElAkùl& AU MAL. — ABOLlA L'AàtSTOCfiAÏIE.

niàire. Cependant, cette loi reïidue et exécntée, la dîme et TÉglise furent attaquées eomme par le

On pféténdlf alof s que la haine déâ Irlandais cëfitre FÉglise anglicane ne devait être attribuée qu'aux incapacités palîtiqucd domt était frappé en Ifkiide qulcdnqile professait tin autre culte; et Ton antioûça que lé jmir dà les catholiques d'Irlande useraient aflPr anchis , ces inimitiés seraient amorties. Cependant, après Fétnancipatioîi de iSâg, PÉglise aîigH«ané est->elle moins haie et moins attaquée en Irlsttide? En i83o on commence à refuser le paiemêiit de k dîme, et en i83i Tlrlande entière est en pleine révolte Contre les droits de l^Égtise.

Alors on a pensé que ces agressions nouvelles p)!^tiaiet!t leur source datis quelques abus oubliés.

ce La dîme est odieuse, a-t-on dit, à cause des «• rapports personnels que son paiement fait naître ut entre le cathoHque qui ïâ paie et le mitïistre cf protestant qui la reçoit. Ce n'était pas assez d*aua toriser le débiteur et le créancier à substituer au ii paiement en nature une dette pécuniaire ; car cette tf autorisation , Je plus grand nombre n'en fait^point « tisage , il faudrait donc déclarer obligatoire cette tf commutation de la dîme qui aujourd'hui n'est que

tf permise, n

Ëil doâséquence une loi nouvelle (>) est adoptée .qui, ati lieu d'établir une faculté, prescrit comme un devoir la conversion de toute dîme en une somme d'argent déterminée.

Cette réforme était un incontestable progrès ; et nul doute que , si l'institution qui en était l'objet

TBCfISfiHB PARTIE y CHAP. IV, SKCT. III ,§ K l43

n'eût point été radicalement vicieuse , le bienfait du changement eut été senti et accepté avec reconnais^ sance.

Cependant , cette loi destinée à étouffer les pâs^ sions ne fait que les irriter; c'est en t83i ({Ue le changement s'opère : et cette même année Ilrlailde est en pleine insurrection contre k dîme.

Mais dn se méprend encore : ce n'est point ^ diton ^ contre l'institution que le peuple s'insurge , mais contre quelque défaut non encore aperçu , et qu'il faut découvrir. On cherche donc encore une fais des abus dans TÉglise ; on en trouve sans peihe ; et l'année suivante (i 833) on ne doute pas que toutes les clameurs contre l'Église ne cessent lorsqu'on abolit l'une des plus odieuses richesses de l'Église anglicane (les church rates), c'est->^à-dire l'impôt levé par les protestants sur la population catholique des paraisses pour l'entretien du culte protestant : et on[pense que toutes les attaques vont finir lorsqu'on réduit le nombre des évéques protestants , lorsqu'on diminue leurs revenus et que l'on soumet les propriétés ecclésiastiques à une meilleure administration (i).

Cette loi passe pourtant inaperçue; la résistance à la dîme continue, et l'Église qui esccite les mêmes passions est en butte aux mêmes attaques.

Enfin f après cinq années de confusion et d'anarchie, l'Irlande va, dit-on, retrouver l'ordre et la paix : car la dîme elle-même va être réduite (%). Sa charge va passer du pauvre au riche. Cette grande innovation se fait ; nous en sommes les témoins.

Mais ceux qui attendent de cette réforme des effets

a44 ^^ BEMÈ]]|SS AU MAL. — ABOLIR l' ARISTOCRATIE.

considérables m sefont41$ pas une grande illusion? La dernière loi (The Tithes act Ireland) réduit la dîme de 2 5 Wo, c'est-à-dire d'un i/4, elle ôteà/a dune son nom , et la convertit en une rentefoncière fixe et perpétuelle {Rent changé). Enfin sa disposition importante çst celle-ci : autrefois c'était le petit cultivateur et te fermier sur qui pesait l'obligation, de payer la dhne; la loi nouvelle les affranchit de cette charge , qu'elle transporte, aux propriétaires.

L'intention de cette loi est généreuse : mais on se tromperait si l'on croyait qu'à dater de ce jour, la' dîme, en Irlande, cessera de peser sur la population pauvre , et de soulever les résistances populaires.

On connaît assez la situation et les sentiments des propriétaires irlandais pour juger de l'impatience avec laquelle ils ont reçu le fardeau qui vient de leur être imposé.

Comment ces riches déjà si pauvres, parviendrontils à payer cette nouvelle dette?

Beaucoup' en auront à peine le pouvoir, la plupart n'en auront pas la volonté. D'abord on peut compter que. presque tous s'efforceront de rejeter sur le peuple la charge qu'on a voulu leur attribuer; et ils auront pour cela un moyen facile , celui d'augmenter, le ferma^pe du cultivateur en proportion de la charge nouvelle que la dîme leur ijnpose ; on obtiendra ainsi du peuple, par une voie inSirecte^ ce qu'auparavant on lur demandait directement. Mais quelle sera la conséquence? C'est que ne voyant dans cet acte du propriétitire qu'une nouvelle preuve

TROISIEME PARTIS^ GHAP. IV, SBGT. Ilf , § I. ^45

de cupidité et de rigueur, le fermier sentira s'accroître toutes ses haines envers celui-ci , et sera encore plus prompt que par le passé à donner un libre cours à ses vengeances meurtrières. Ht vainement le propriétaire s'efforcera de rejeter sur ]*Église tout Fodieux d'une exaction dont celle-ci seule en effet profite; le pauvre agriculteur d'Irlande qui du matin au soir trace son pénible sillon, ne comprendra rien sinon qu'autrefois il payait à un homme d'église très-haïssable une dette, qu'à présent il acquitteentre les mains d'un riche qu^il ne hait guère moins. Qui ne conçoit dès lors quel sera , même parmi les propriétaires protestants le sentiment de répugnance contre la dime, qui viendra ajouter, soit à leurs emban^as d'argent, soit aux ressentiments populaires. Mais ce ne sont pas seulement les propriétaires protestants qui seront tenus de payer la dîme : elle sera exigée aussi des propriétaires catholiques. Or, croit-on que ces propriétaires, dont le nombre en Irlande augmente rapidement , seront mieux disposés à payer la dîmé que ne Tétaient leurs fermiers ? Est-ce que leurs passions religieuses ne repoussent pas avec la même violence ce tribut offert à un culte ennemi ? Est-ce que leur raison ne leur suggère pas les mêmes objections ? Le catholique riche ne sent-il pas, aussi bien que le catholique pauvre , l'injure de payer l'Eglise protestante ? Est-ce que le droit de rébellion ne sera pas le même? La résistance, non moins légitime, sera évidemment la même. La seule différence sera dans les procédés qu'elle prendra. pour éclater. La résistance, venant désormais des riches, sera pltis éclairée et plus

a46 DES RFHÈDES AU MAL. — ABOLIR L ARISTOGHATlÈ.

habile; elle aura, pour réussir sap$ violence, des chances qu'elle n'avait pas quaud elle partait deg basses classes. Mais si le recour$ à la force lui est nécessaire , elle sera encore plus puissante , parce que, mieux dirigée , elle s'appuiera sur le peuple intéressé à repousser un fardeau qui, eu définitive, retonpibe toujours sur lui. fl y a d'ailleurs, en Irlande, des masses populaires , souffrantes et irritées, qui de longtemps ne manqueront point aux partis violents.

Et pourquoi interroger l'avenir sur les effets de ce changement ? Le présent ne suffit-il pas pour les apprécier? Quelques mois k peine se sont écoulés depuis qu'a été faite cette innovation qui devail: calmer l'Irlande agitée ! et déjà nous voyons la dîme soulever, sous son nouveau nom, les mêmes oppositions que par le passé ^ et l'Église anglicane exciter parmi le peuple les mêmes ressentiments et les mêmes fureurs!

D'où vient cette inutilité des efforts tentés pour réformer l'Église anglicane d'Irlande? C'est que l'Irlande veut, non la réforme de l'Église anglicane, mais sop abolition. Le vice radical de cette Église, c'est de constituer le culte légal et officiel d'un peuple qui a un autre culte ; l'abus , c'est son établissement lui-même ; sa création au sein d'un peuple catholique est un excès qui se perpétue aussi longtemps qu'elle dure. Le grand tort de l'église anglicane en Irlande, c'est de se trouver placée au sein d'une population qui la repousse sans examen. Ses richesses, son luxe\ son oisiveté, sont assurément de grands vices; mais de tous les vices le plus énprme , c'est 5Qn existence. Sa destructiou ^en

TBOISlàME PARTIE 9 CHAP. IV, SECT, IJI, § L %1^'J

Irlaiide e$t le premier pas vers le bop sens et Tordre.

Lorsqu'on parle d'abolir l'Église anglicane, il ne s'agit point d'anéantir en Irlande le culte épificopat, n^ais seulement de détruire la supériorité poUtique de ce culte sur tous les autres»

Il ne faudrait pas non plus , en abolisswt la prédominance du culte anglican, la remplacer par JI9 suprématie du culte catholique ; ce qui importe , c'est d'établir en Irlande l'égalité des cultes, L'Ir^ lande, il est vrai , est catholique en masse ^ oonune l'Angleterre est épiscopale, comme l'Écos^e est presbytérienne î et il serait logique que l'Irlande eût un établissement catholique, comme l'Ecosse a un établissement presbytérien , et l'Aiigleterre un établissement anglican. Mais d'abord cest une grande question de savoir s'il est bon de lier l'un à l'autre l'État et l'Église. Comment associer ensemble des institutions humaines et caduques avec une institur tion qui est de Dieu, et qui ne vmm point? Que serait-ce d'ailleurs que de proclamer en Irlande J^ religion catholique religion de l'État, sinon détruire le privilège religieux des protestants pour le transporter aux catholiques ? Après avoir aboli l'injurieuse suprématie de TÉgUse anglicane, qui offense en Irlande la majorité du peuple, verra-t-on la minorité protestante opprimée par le culte qu'elle opprima jadis ?

L'un des plus grands périls auxquels soit exposée

l'Irlande catholique, c'est qu'après aToir été dominée elle veuille devenir dominaiite.

Ce serait une source fécoâde de jumUmmi!^ pour l'An^eterre et pour e)le*-meme j |)our l!Aj9(gki^rre ,

1à/^S D£S REI^rÈBES AU MAL. — ABOLIR l'aRISTOCRATIE.

qui ne pourrait souffrir cette domination de secte ^ et chez laquelle toutes les vieilles passions de la réformation seraient réveillées par cette prétention papiste ; et pour Tlrlande elle-même , qui serait de nouveau écrasée par l'Angleterre.

îl importe donc aux deux pays que llrlande s'accoutume à la liberté religieuse : or , quel meilleur moyen, pour lui imprimer des habitudes de tolérance, que de placer tous les cultes sur le même niveau ? Et c'est à présent, c'est pendant que l'Angleterre protège l'Irlande, qu'elle doit donner aux catholiques de ce pays un enseignement de ce genre. 11 faut que l'égalité des cultes leur vienne comme un bienfait ; plus tard ils la considéreront peut-être comme un mal : et c'est ce qui arriverait certainement , si cette égalité ne se fondait , en Irlande , que lorsque les catholiques seront deveniis tout à fait maîtres de la société politique ; alors ils croiraient qu'on n'introduit l'égalité des religions que pour abaisser leur culte.

Moyen d'établir Tégalité des cultes ea Irlandi. — Avantages d'un salaire

public pour le clergé catholique.

Un publiciste anglais a dit avec raison qu'il y a deux moyens d'établir l'égalité entre les cultes ; c'est de les payer tous, ou de n'en payer aucun (i).

Le système selon lequel on IsCisse à chaque com-

TROISli:ME PARTIE y cilAP. IV, SEGT. III , § II. ^49

munauté religieuse le fardeau de son culte et de ses ministres, semble assurément le plus équitable, puisque nul, dans cet ordre d'idées, n'est appelé à payer pour le culte d'autrui , et ne donne , pôtur le sien propre , que ce qui lui plaît.

Cependant il y a équité aussi , et peut-être plus de sagesse politique dans le système qui charge l'État de pourvoir également aux frais de tous les cultes sans attribuer de ' prééminence à aucun d'eux.

Et , s'il y avait doute sur cette grave question, l'état particulier du clergé catholique d'Irlande le ferait peut-être cesser.

Je conçois le système suivant lequel les membres de chaque communauté soutiennent eux-mêmes leur Église, et contribuent librement au^ frais de leur culte ; je conçois , dis-je , ce Système dans un pays qui , comme les Ejtats-Unis, par exemple , contient une multitude dé sectes diverses , dont aucune ne constitue une puissance considérable dans l'État. Mais qui ne voit du premier coup d'œil tous les périls que présente un tel système en Irlande^ où il n'y a guère que deux communions en face l'une de l'autre ; où le seul culte catholiqife comprend près de ' sept millions d'âmes ; où le clergé de ce culte est la première puissance du pays ; où le clergé dépend étroitement du peuplé, et le peuple de ce clergé ; et où ce ctergé et ce peuple , ennemis politiques du gouvernement, accroissent leur force mutuelle en se liguant tous les deux contre lui.

Il y a sans contredit, dans la puissance populaire (du clergé catholique en Irlande, quelque chose d'ex-

aSo BE6 ItBlfilDCS AV MAIi. — <« 4BOU% l'aHISTOCBATIE.

œssif qui semble dea^^nder qu'on le tendre : un salaire donné par l'État à tous les membres de ce <;lergé exeriserait cette influence modératrice. Ce salaire , proportionné k celui qui serait donné ^ux ministres de l'Ëgli^ anglicane et presbytérienne, attesterait l'égalité politique des cultes. I^ clergé d'Irlande 9 attaché au peuple irlandais par la sympathie du culte oommuQ , ne serait plus affranchi de tout lien envers l'autorité publique, Recevant désormais de l'État un traitement fixe, il ne demand^aît plus rien |iu peuple pauvre et misérable ; il serait moins populaire, sans doute, mais plus indépendant ; moins libre envers le pouvoir, mais plus affri^nchi des passions de parti. Quel serait l'obstacle k cette mesure ? Serait-ce qu'un gouvernement protestaiit ne saurait payer une Église catholique ,* ou qu'une Eglise catholique ne peut consentir k recevoir son jsialaire d'un État protestant ? Ces objections n'auraient de poids que si, en payant le culte catholique, l'État In reconnaissait comme la religion du pgys } pu si f en acceptant ce salaire, l^s prêtres <»tholiquas 4i9iim% tepus de r^çon^aânr^ la, suprématie protestante de l'État» Lors de l'union l^islative de rirlaaxde, M. Pifet gvaiJ; çonça un plan d'éman^ipar tipn des iiatboliques d'Irlande, dans lequel il faisait entrer le salaire du clergé catholique; tout le monde paraissait d'accord , le parlement k donner , le* clergé d'IrlanVle k recevoir; l'histoire eontempor^ine constate le consentement officiel donné aXors par les évéques çatholiquesau projetdu ministre anglais : le pape lui-même avait d^nné son aasentina^nt. Mais Geprges m croyait que san «erm wit anglais et

{»rot#stdDt ne lui perinettaît pa# d'émimciper Ih

catholiques d'Irlande j et devant s^ yolputé pmUliée le projet d'un salaire pour le clergé catholique s'év^pouit ai^c le pl^n d'émapcipation dopt il était UP £|cce9Soire(i).

Aujourd'hui $i h projet était reipi^ eu quâitiom 9 ce n'ej»t pas d^ roi et du parlement que vieudrai^nt les {dus grand» obstacle» mfiis du clergé irlandais lui*méme. Au commencement da l'année 1 8379 }e bruit s'étant répandu qua l'intention du gQuverU6ment était de représenter ce projet^ le» éyéques d'Irlande ise sont émus, et ont déclaré unanimem^iit que jamais ils ne consentiraient à recevoir de l'état une aasistapce qu'il» ne vpulaieut teuir que dii peuple (2). Cette déclaration estrelle l'i^pressiop d'une volonté définitive ? il est permis d'eu douter. Je l'ai déjà dit plus haut : il n'est pas dans la uatui« du clergé catholique de se montrer hostile euver» les pouvoirs étabU»f I^'on ne peut nier que , sou» plusieurs rapport» 9 le clergé cathplique d'iHande ue soit présepteuiept eu dehor» de se» voies prdinmre» ; son dévouement au peuple est sans doute propre à sa nature^ mai» sa haine poutre la ^i temppr^U^ ue l'est- pas (3), Et l'pn peut couclure de ee qui »e pa»»a du temps de Pitt qu'uu arrangement eût été facile entre le gpuvernem.eut et les piélats catholiques d'Irlande; cette transaction souriait alpr» au plus grand nombre de prêtres: elle leur assurait uue condition stable h la piape d'uu état pré<îaire , uu salaire régulier au lieu d'uue assistance sujette à mille

variation», uu traitement Am à Ja place d'uu revenu recueilli par ww» et denier», ^le le? affrai^^is^ftit

DkSâ DES BEMÈBES AU MAL. —ABOLIR l'aRISTOGRATIE.

des caprices populaires sans les placer dans la dépendance du pouvoir.

Mais, depuis cette époque , l'existence du clergé catholique dlrlande k complètement changé. Les grandes luttes engagées depuis vingt ans entre le gouvernement et le peuple, luttes solennelles et nationales, dans lesquelles le clergé catholique à cornbatfu et vaincu avec le peuple; dans lesquelles le prêtre, devenu tribun, s'est mêlé à tous les mouvements populaires , s'est établi le défenseur de tous les droits violés , le partisan de toutes les réformes , a joui de tous les succès , et a bu à longs traits dans cette coupe enivrante de la popularité; ces luttes, dis-je, ont crié, pour le clergé catholique dlrlande, la plus grande existence politique qu'il soit donné à un corps religieux de posséder ; et à présent que le clergé catholique a goûté de cette vie, il n'en veut point d'autre.

Lors donc que le clei^gé catholique déclare que si le gouvernement voulait lui donner un siàlaire il le refuserait, ce n'est pas seulement pour flatter le peuple dont il dépend qu'il tient ce langage; il exprime sans doute un sentiment sincère; il a la conscienee de tout ce qu'il perdrait en acceptant un traitement de l'Etat, et il voit bien que, pour gagner un salaire plus fixe et moins casuel , il sacrifierait une partie de sa puissance et de sa grandeur.

Cependant les conditions de l'étroite union qui lient mutuellement le clergé catholique et le peuple dlrlande peuvent, sinon changer, du moins se modifier. Toute circonstance, tout événement qui amoindrit^ en Irlande le rôle politique du clergé

TROlSiàHIE PARTIE 9 GHÀP. IV, 8ECT. III , § U. 2 53

catholique, rendra plus facile une transaction de celui-ci avec le gouvernement. QueFon considère aussi qu'une semblable mesure doit, autant quj^ powible, se faire subitement et secrètem^it, et non se discuter. Jusqu'au jour où il sera pajé par TÉtat, le clergé d'Irlande déclarera nécessairement qu'il ne veut rien recevoir que du peuple , dont il dépend aujourd'hui. Gomme toutes les affaires où l'Église est intéressée, cette mesure demande à être conduite avec beaucoup de prudence et de tact, et comme mesure populaire , elle exige de la résolution. Bien d'autres difficultés se présentent sans doute : ainsi il est clair que si le gouvernement anglais payait les évéques catholiques, il voudrait avoir au moins un contrôle indirect sur leur nomination ; mais l'idée seule du veto mis par un roi protestant à l'élection d'un prélat catholique, parait au clergé d'Irlande une énorme impiété, quoique la cour de' Rome , plus sage et plus politique , admette ces ' sortes de transactions.

Du reste ce n'est point ici le lieu d'examiner. ces ol^ections de détail ; je m'efforce de montrer le but à poursuivre* Si je savais l'indiquer, d'autres pourraient l'atteindre* Ce qui me parsut certain , c'est que le> clergé catholique d'Irlande n'est pas dans son état normal. Sa condition présente peut€ervir momenta* nément les intérêts du pays qui est en révolution; mais elle ne conviendrait pas de même à d'autres temps. L'Irlande, il ne faut pas l'oublier, est anglaise et destinée à demeurer telle. Il faut que l'Irlande ca- • tholique tâche de prospérer sous la souveraineté dé l'Angleterre protestante. La première condition de

264 ^^ RfiMtoEâ AIT itAL. — ABOLIR l'AftlMOGRÀTlE.

celte prospérité^ c'est ^'au dedaâs et an dehors elle se €3ondi]is6 avec sagesse et habileté; er^ jusqu'à présent^ les plus éclairés dans ses oonseils natio^ naux sont ses prêtres f mais ceux-ci sont mainteoant dans la dépendance absolue du peuple et de ses aveugles passions^ Comment pourraiefit^ils échapper à cette espèce de servitu^ ? Je ne vois qu'un moyen i en cessant d'être payés par le peuple. Or^ ai le peuple ne leur donne pas leur salaire^ il faut bien que ce sdit l'État.

L'égalité des cultes n'existerait pas en trlande si on y laissait à l^église aiigiieaiie àei dlfties et ses tei'rés. ~ Ce qiill faut faire de ces étut choses.

L'égalité qu'il faut de toute nécessité établir en Irlande entre tous les cultes ^ n'esisterait pas si^ même après avoir donné un salaire au clergé catho^ lique j l'État laissait à l'Église anglioàne sj^ dîmes et ses terres.

Il suffirait que l'Église anglicane gardât ces deux choses y pour que le peu|de crut qu'elle a retenu ausm sa prédominance religieuse. Alors même que le produit de ses>terres et de ses dîmes ne lui donne* rait que l'équivalent du salaire payé par l'État aux ministres du cuhe catholique ^ on verrait encore un privilège là où il n'y aurait qu'égalité^ parce que ces deux sources de revenu ont été ^ depuis des siècles, attachées à l'Église dominante ^ et .qu'elles sont par elles^méiliea considérées comme des privilèges.

l^QfSlSAlB PARTIE 9 CHAP. IV, SMCT. III, § III. %S&

Il ne faut pas oublier qu'en Irlande^ plus p€iuU étre qu'en aucun autre pays, toute injustice qui s'est imprimée sur le sol a bien de la peine à ft'eti éf&eer. La terre est tout pour le peuple en Iriande ; €^est le livre unique où 11 sait lire; il ne connait pas d'autre» annales ; et , tant qu'il verra l'Église ângKcane en possession des grandes propriétés qu'elle obtint au temps de sa suprématie ^ il la croim ton^ jours le culte supérieur.

Mais iti se présente la qdestion de savoir jusqu'à quel point la loi pourrait , sans pcvter atteinte auis principes de la propriété ^ privw l'É^kte de ses

domaines.

G'eat maintenant un principe admis par ipas les publidstes, que la propriété d'Église , decorpor»» tion ou de main-morte, n'est point de même nature que la propriété particulière, et qu'elle est gouvernée par d'autres règles q»e celle^îi.

Il y a, entre ces deux sortes dé pr<^riété^ des difdérenees de fait que la théorie ne saurait eontedl^« U est certain que chaque possessiMir auo4%!Ssif d'u»e terre ecclésiastique n'en a qu'une propriété viagère; il n'en peut disposer^ ni durant sa vie^ ni au jour de sa morti II est certain que^ n'aj^ant point le dioiic de celui qui doit lui succéder sur oeite terre, et «te le connaissant même pas , il ne sHntéi*esse point au sort de la propriété, par sympathie pour i& futur possesseur : ainsi , la propriété pdur lut n'a point d'avenir. Il est certain aussi que le présent étant tout pour lui , il a tout idtérét à tirer actuellement de la terre les plus grands revenus possibles, au risque de répuiser et de la frapper un jour de stérilité. 11 a^

a56 DES RBMàBES AU MAL. ABOLIR l'aHISTOCRATIE.

en un mot, toutes les passions d'un usufruitier irresponsable, et aucun des sentiments qui animent le père de famille.

Livrée ainsi à un égoïsme et à une imprévoyance nécessaires, la propriété de main*morte est sujette à un autre vice; elle a le défaut d'être inaliénable et placée hors du commerce. Mal gérée elle produit peu, et est enchaînée dans les mains qui ladministrent mal.

Maintenant on se demande quelle analogie, quant aux principes, il pourrait y avoir entre la propriété privée et celle d'une corporation , entre le droit du particulier qui, ayant reçu un domaine de son père, le tran^piet à son fils, si mieux il n'aime eh disposer autrement, et le droit d'un individu qui est mis en possession d'un domaine ecclésiastique, parce qu'il est nommé évéque, d'un domaine qu'il ne peut aliéner, sur lequel ses héritiers ne reposent aucune espérance, et qui cessera de lui appartenir, je ne dirai pas le jour de sa mort, mais à l'instant où, par une cause quelconque, il ne serait plus ministre de l'Ég%.

Ne voit-on pas que ce qui, dans un cas, constitue le droit de propriété n'est, dans l'autre, que l'accessoire d'une charge ecclésiastique ? L'un possède , parce qu'il est propriétaire; l'autre, parce qu'il est évéque ou ministre. Le premier est investi d'un droit absolu, perpétud et sacré, comme la propriété qui est la plus inviolable de toutes les choses humaines ; le second n'a qu'un droit précaire, s'ouvrant d'ordinaire sur la tête d'un vieillard pour mourir avec lui et peur s'éteindre tout entier^, parce que, le di-

TBOISliME PARTIE, CHAP. IV, SECT. III, § III. 5^7

giiitaire n'étant plus y nul ne représente la dignité à laquelle seule le droit est attaché ; en un mot, c'est l'office, et non l'offlqier, qui est propriétaire^

Qui ne voit, dès lors, que la terre n'est pour Févêque ou le ministre religieux qu'un moyen d'existence, un traitement, un salaire de leurs fonctions?

Et si, par conséquent, les mêmes pouvoir» qui avaient créé tel ou tel office ecclésiastique le sap*primaient, qui soutiendrait que l'abolition de l'ofi^ est une atteinte à la propriété? La propriété cesse cependant de ce jour, car il n'y a plus de proprié* taire; ou, pour mieux dire, c'est l'usufruitier j c'est le possesseur précaire qui disparaît Le propriétaire réel reste toujours ; ce propriétaire , c'est le pays, c est la société, c'est l'Etat, qui avaient doté avec des terres un certain emploi public , et à qui , l'emploi étant siipprimé, les terres reviennent naturellemeAL On voit bien là une fonction abolie, mais il est impossible d'y apercevoir la spoliation d'un individu. Et si le législateur a le droit de supprimer l'office, comment n'aurait-il pa# le pouvoir 'de changer le mode suivant lequel la charge est rétribuée? QueUe atteij[ite à la propriété peut-on lui reprocher, si , reconnaissant les vices d'une dotation immobâlère pour lë clergé, il y substitue un traitement en rentes? On peut différer d opinion sur le mérite relatif des systèmes ; mais tous deux sont des modes divers d'une même chose ; et il n'y a pas plus de spoliation dans le second que dans le premier. Cour soutenir qu'il y a spoliation aussi souvent qu'une terre appartenant à l'Église est retirée de ses mains, il faudrait aller jusqu'à dire que toute attribution iT. 17

sS3 D¥^ B^lk^^ 4U |IA4:<.. — ABOLIE f.'4filSTQCRAi:i^.

isim fW TÉtrt, 4'mi rwcsp», 4'ua S^l^ir^e ^ d1»#

ci une f^fSfifiMfi ^ifSQhiimn^ iri?é¥op4)te. Or, pejUip 4)éQrÎ9 pe?*tTeîl# # ^pwy^r §Hr dçs roîsQus plau-

ii«b«fi»,e)»$^ auAp4 P9 le ^oypit wïfftJiire, .deyi^iiçç f lipQiA^i W ï?iQft <f ^1 créé d^ d^ cier,t^jpies yue§, il q^/SP 4^ r<%m4fe * ^m objet; fajudr^-t-U ftue I» ig^ét^ APR<^»H« i^ çi^^çpTter, ppui\le ^^tie^ cJVw )i^tmj/w ye^offpue wauy^se, les cjwges flft'ejle ^4t«ft ipippëM 4aP9 Fesppir d'ei» i^r^ 4$ gFaq4$

U imhk hm /ItfftplM 4e »e paii rewp»»i»e <|H^ Iftpi^priélt^» q^i^fflA l^r^tpriale, p'^st entre l^g^ain^ àm «aFporatiw» «g^é^ia^Mque!? qu'uo dépôt ( ^ l(mf/)4Qilt i^Uai» spnF çop(»p)L.j|)))es envers l§f»yi^9

sÊm^ fmt ]é&^§m^H §tfe r#pri$ par 1^ m^ma

aûtoÂlé qui l^ }i»»r avait confié.

J3i» pi»itf:îp(» 6tf moii^s ispntest^l^ ^n Angltlierrf? ^ eau iHandt gia'en tout autre pay^Sy parc^ quie li l'Etat fit l'Église »e fopt q^'up , et que les bien» de Irtgli^ y «ont tout naturdilemént £eiix de rÉtAn

El œnnn^nt gardfiF qui^ques dput^s en préseim iest; faits accomplis ? Ne oansid^om» que l'Irlande c ^is'daes ce pays la dine était payés k l'Église isar fhcdique ; cependant cette Église a été un jour prir cée de ses Fevenus^oinment? Par autorité du roi et du pftFleaufQt. Sur quel fondeiuent? Sur le prineîpe qu'il appar^aiÈ au gouyemeiaent de régler la pror pnété ecclésiastique et d'di&ir^le pieiUeur en^doî- En conséquence la 4wa^ a pté' transférée à l'Eglise •Aglicane. Dans qîiel but ? Afin 4^ rendre protesi^

tante l'Irhinde , ^ui est pourtant restée catfaplique. C^iÉclurons-^ous'de là qu'il faut ii^astituei^ la dime à TÉglise cathô'îique? La côuséquenca'^n^est paa fUgoureuse : FÉtat, dispiosknt à sën gré d'une prllprié|é qui est la sienti^, peut ,. il e^t rrai, an fain» cet mnr plûi j s'û le croit avantageux ; mais en agissait àiniBl dans ux| pays ou Tidé^ de supériorité hiérarchique pariai les cultes est attachée au paiement de k diùie , il placieralt tous les cultes d'Irlande sous la domination de FÉglisa^athoIique , et nous avoqs vu que liep ne serait plus fuqeste k l'Irlande 'elle» même*

- Quelle est donc la conséquence qu'il faut en ttr^? C'est que si l'État a pu légitimement dépouiUer l'Église catholique de ses dîmes , et les transporter àrTÉglise anglicane , dans la confiance que l'Irlande allait devenir protestante, il peut, à plu» forte rai-^ son, lorsque après trois siècles d'expérfeiices il re-^ eonnaîjt la «vanité de ses efforts et la cKimère de ses espérances , ressaisir les dîmes et en disposer de noiip veau* •

^On conçoit qu'il y ait difficulté sur le thmlleuir emploi à faire de cette source de richesses ; làaiâ la question de légalité et de justice peut«-elle îei être douteuse?

Il eh est qui reconnaissent à l'État le droit, en général , de régler les revenus de l'Église, et mén^ d'administrer ses propriétés^ pourvu que, dant tous les cas, ces revenus soient appliqués à un objet ecclésiastique ; mais c'est là une opinion arbitrsdre, et qui manque de base. Supposez une dotation annuelle de ao millions de francs, établie au prc^ d'u»

260 DES igSBfÈDES AU MAL. *— ABOLIR l' ARISTOCRATIE.

culte qui a perdu toiis ses prosélytes; continuerezvous à doter de ao tnillion&jde francs quelques pasteurs sans troupeau? Oii arriverait à une conséquence absurde. — D'autres disent : Il faut reporter la dotation sur le culte qui réunit le plus de croyants. On le peut sans doute ; mais l'exemple de l'Irlande prouvé qu'une pareille combinaison serait quelquefois très-dangereuse. — Bien d'autres avis sont ouverts sur ce sujet. Quand une dotation existante est supprimée, il faut, dit-on, pour ne heurter aucune secte , y faire participer toutes les communautés ; — ou bien encore , employer les revenus qu'on enlève à l'Église à des objets d'intérêt général , et tenant pourtant par quelque côté à la religion , telles que l'instructioB et l'éducation du peuple. Et toutes ces divergences «ont naturelles, parce que ceux qui siputienneBitceiif, opinions diverses ne se dirigent par aucune règle.

Disons-le nettement , le droit qui appartient à l'État de disposer des kiens de l'Église ou de toute autre cprporation ne dépend point de l'usage qu'il fera de ces biens après qu'il les aura repris : ce droit est abs<rfu , et n^est soumis à d'autres conditions et à d'autres limites que celles de la morale et de l'utilité. Et si on ne peut contester à l'État le pouvoir de reprendre les biens d'Église, quand l'intérêt du pays et de la religion le commandent , il faut reconnaître aussi qu'il peut faire de ces biens la distribution qu'il juge la plus utile à la société. Du reste,, une loi récente du parlement anglais a implicitement,. sinon expressément, reconnu tous les principes qui viennent d'être exposés ( i) : cette loi est celle

TROISIlhlE PARTIE. GHAP. IV, SEGT. III, § III. a6l

qui réduit d'iui quart la dîme due au clergé d'Ir-* lande. Cette réduction d'un quart est peu de choâe; mdis ce qui est grave , c'est le principe en vertji duquel elle est faite : le parlement n'a pu 1* décréter sans reconnaître en inéme temps que lea. biens d'Eglise sont une propriété nationale dpnt ta dispo$ition souveraine appartient à l'État. La reconnais^ sance de ce principe est aussi nécessaire pôiïr enlever à l'Église un quart de ses revenus, que pour lui en ravir la totalité ; et l'on ne voit pas qu*il y ait à distinguer entre la dîme et la terre. Si le parlement a le droit d'ôter à l'ÉgKse sa propriété, appelée dime^ il peut tout aussi bien lui reprendre sa propriété appelée ^erre. 4. -

A la vérité , la plupart des terres que possède l'Église d'Irlande proviennent de donations faites à l'ÉgUse. Or ne peut-on pas dire que la loi ne sailrait, sans injustice, changer la destination d'un legs pieux et violer l'intention du fondateur ? Mais voyez alôi*B où vous conduira ce principe. En général^ ces fondations a^ient été faites par des catholiques dans l'îtitérét de leur Église et dès établissements de leur religion. Cependant, lors de la réformatidn, le gouvernement dota l'Église réformée de toutes les richesses dont il dépouilla l'Église catholique, et certes il ne pouvait pas faire un acte plus directement contraire à l'intention des donateurs. Or, >de deux choses l'une , ou il aVait alors le droit d'agir de la sorte, ou il a tommis une injustice. S'il a commis une injustice , il faut qu'il la répare et rende à l'Église catholique les propriétés confisquées , ce qui, je* crois, serait un mal. Ou bien il aiait un

t6a DES nÉMiDES av mâij. ' — ABOI.III l'arisotogrâtie.

acfte légititne } et s'il a en le droit de donnet à l'Église anglicane les biens de TÉglise catholique ^ il est à pins ftete raison fondé aujourd'hui à reprendre ces inens .pctttreti'fairé tine autre disposition.

]} 96l|ible donc qu'aucun principe de morale et ÂttOiHi^ cdnsid^atkiÉi d'équité ne s'opposeraient à €ie que l'État aboltt le droit de l'Église anglicane auii dipnes qu'elle reçoit et aux terres qu'elle possède^ sauf^ bien entendu , à donner en échange un salaire équitâlent à tous les ministres de cette Église pehdant tmiteleur tie* Du r^ste, on n'entend point l'aboli- ^n ab ce É^ens^ que celui qui aujourd'hui doit la dime Êt% Whéfi de toute dette y et que celui qui est fermiet d'un bien d'église en devint propriétaire; (Ma %6Ut dbf ë seulemenl que la taxe appelée dîme , ttil 8ëtt d'être dute 4i l'Église, le serait ^u gourei^nement^ efr^'quë lès terrés dont l'Élise à maintéfiant le-dépôt ^ r^nti^aient dans 4e (kmiaihe de l'État. 11 sèflit fXkâUva^ ëu abolissant là dime, de supprimer um%ë âmê; car c'est un fbnestËf enseignement pour une nsitieli , q^and \eê débiteurs son» affran'chis de '•léufS ehàfges par des actes de force majeure. La propriété foticière d'Irlande est grevée d'une rente ^lèusë^ parc^e que cfette rente se paie à- une Église èimMtMé Qù'oii se hâte d'en changer la nature ; que €eit6 rsilt|i& «t>k^ comme toute autre taxe, vet^sée ilans leir eâh&êê de l'État } qu'elle s'y mêle à tous les afOtres reiretius du pays^ et ajouté ainsi à la fortune pEuMiqué j qu'on la réduise f si l'on veut ^ en consl^ Aà^t^mi de tout le tnal qu'elle a fait) qu'on pi*é^ |i&T0 méflie soit extinction graduelle^ maj^ qu'on ne ift délèuîs# pas ioudainement. Rien n'est plus dan*»

TROISI£]»I£ PARTKy GHAP. IV, SEGT. III, § III. a63

gereux et plus' dépravant pour un peuple que les grands profits d'argent faits dans les révolutions* C'est' p3ir la même raison qu'il serait mauvais de donner les tdrtês de l'É^i^é iak fértàià*s qui les^ occupent. Ceis terres sont* à l'État j qu'il les yende AU peuple d'Irlande, il en tirera un èapital immense. Ces terres, maintenant mal exploitées, ne produisent pas cent cinquante mille libres sterling; et on estime' à sept céhé tretïlè-deliji mille libres sterling, c'est-à-dire environ Vingt millions de francs, le revenu qu'on en poWfi*aît obtmir (ï); qu'on juge du prix auquel seraient payées en Irlande de pareilles terres. Un précieux moyen serait aiijsi offert au gou- ^ ventèiHentd'artiw^àcebkttantdéstral^lefdèr^ldre lé petqple propriétaire; il aupàil k vendre mu eeirt toixahtSK'^x mille acres éparsf dan» tqule»Ies paroitôes d'Irlande) et s'il se faisait une loi de le» êgtàtikef jmt petites 'parcelles , depuis un jiisqisi'à c&c acresy iî créerait d'un setil coup une nral^tade de petits ptopriétaire^' fonciers. Le jour oè^ en IrkmdS»/ X y aurait eent cinquante mîHe petit» ptopriéfettiref^ ki propriété^^seraii plus solide y ei la a^rilé dé» phré^j^riétail'es plus grande qù'dlles ne penvestt ki de^etair fgf Ye&èt d^àucune mesnre'tipoKticpléi

C'èit ainsi que la plus indiaplénstdlle deè* iéfbtt à m religieuse» erâduirait à M pki» sakrtttire^ de tantfn les réformes sociale;

ti»

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