QUATRIÈME PARTIE 9 GHAP. III
Évidemment il arriverait bientôt Tune de ces deux choses : ou le parleinent d'Irlande serait , soit par la crainte, soit par la corruption, soumis au bon plaisir de FAngleterre, et toiii en présentant les mouvements extérieurs d'un corps indépendant, ne ferait que les seules lois qui seraient du goût dé celle-ci; et, dans ce cas, on ne voit pas clairement Tintérêt qu'aurait l'Irlande à posséder une législature , instrument servile de ceux au joug desquels elle voudrait se soustraire. Ou bien, échappant à toute influence de peur on dé séduction , ce parlement irlandais vraii^ent national aborderait franchement et coiiragëusement la discussion des maux de l'Irlande; et alors l'Angleterre, voyant dans ce. langage une attaque au moins indirecte contre ses propres institutions, se hâterait de dépouiller l'Irlande de sa législature. Un parlement irlandais vendu à l'Angleterre n'est point désirable; un parlement indépendant est impossible. Ainsi, ces deux pays, que le inêmè parlement ne peut conduire, ne sauraient être régis par deux législatures différentes; et leur un\on parlementaire doit, être considérée comme aussi nécessaire que leur union politique.
Ainsi l'Angleterre et l'Irlande, que leurs préjugés, leurs passions, leurs intérêts politiques, éloignent l'une de Tâutre, sont liées parla destinée. JI faiit qd^âvèc des moeurs différentes et des besoins opposés elles demeurent ensemble , par la seule raison qu'un jour elles ont surgi côte à côté du sein des mers : pareilles k ces jiimeaui monstres qui, condamnés par là iiaturè à ne faire qu'un même corps et uhé même chair, ont cèpèndaiit des goûts contraires , et
33a CONCLUSION.
qui,' travaillés incessamment du besoin de se quitter, sont obligés de se mouvoir ensemble et de vivre extérieurement unis au seintl'une discorde profonde.
Mais que suit-il de cette union fatale? C'est*qae le plus faible suit la condition du plus fort; en d'autres termes que llrfande est forcée d'accepter la loi qu'il plaît à l'Angleterre de lui imposer. Voilà pourquoi il y a en Irlande une Église et une aristocratie anglicanes.
Mais faut-il conclure dé ce qui précède, que l'Irlande, intéressée à détruire des institutions funestes, les subira aussi longtemps qu'il plaira à l'Angleterre de les lui imposer? L'Irlande serst-t-elle condamnée à d'éternelles souffrances , parce que le remède qui pourrait la guérir alarme l'Angleterre? Non. Il ne paraît point qu'on doive accepter une aussi triste conséquence.
Sans doute on peut prévoir que l'Angleterre essaiera de maintenir ses propres institutions en Irlande. £Ue croit dangereux de gouverner ce pays autrement qu'elle ne se gouverne elle-même; elle s'efforcera donc de n y pratiquer que les changements dont elle croira n'avoir rien à redouter , et tentera ainsi d'enchaîner la réforme religieuse et démocratique qui a son cours dans ce pays. C'est la voie qu'elle suit depuis des sièdes, et dans laquelle elle est si profondément engagée , que l'on n'aperçoit pas comment elle en pourrait sortir. Mais , en même temps qu'où prévoit quVlle visera à ce but, on peut être à peu près sûr qu'elle ne l'atteindra pas. C'est, depuis cinquante ans*, l'objet constant de ses efforts toujours infructueux.