‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 64 sur 83 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vues générales sur Tétat de llrlande. — Conclailoii. •— Coup , d'œil sur rayenir social ^ politique et religieux de ce pays.

Maintenant, les faits sont connus. On a vu de quels maux la pauvre Irlande est travaillée ; comment une mauvaise aristocratie est la source première et p^manente de tous les maux; quels symptômes de résistance et. quels éléments de démocratie , ce mauvais gouvernement a fait naître dans ce pays. On a vu quels moyens seraient propres à y ramener Tordre et la paix. On*vient de reconnaître enfin, que ce qail faudrait faire , l'Angleterre ne 1^ fera proba* blement pajs ; et que celiii des parfis anglais qui est le moins incapable de gouverner llrlande , ne saurait cependant exécuter les réformes fondamentales qu'exige l'état de ce pays.

Maintenant y les bases du problème étant posées, quelle sera la solution'? Quelles sont pour l'Irlande, quelles sont , pour l'Angleterre elle-même , les conséquences de tel état de choses ? Que faut-il en condure pour le présent]^ Que doit-on en augurer dans l'avenir ?

Arrêtons-nous un instant ; puis, avançons-nous timidementdans cette voie de prévisions et de conjectures.

3a6 CONCLUSION.

La situation qui vient d'être exposée j est sans doute extraordinaire et singulièrement compliquée : elle est pourtant logique.

Llrlande, convaincue que sa triisère lui vient de ses institutions, doit vouloir les détruire; tandis que l'Angleterre , qui voit en elles la cause principale de àà prospérité et de sa grandeur , ûsprte hàtUrellement à les conserver.

La grande difficulté vient donc de ce que le même régime politique, salutaire pour l'un des deux peuplée , ëèt funeste à l'autre j et que celui-ci se àent iflôurit avec iiii gouvernement qui est la vie ifaémë de cëlili4à. Si les lois qui isont chères à l'Angleterre àônt itiàiutéiiuës , Ttrlandé demeure avec toutes ses Sduffjbàncés et touâ ses périls ; et si Ton veut guérir les ifiàiii dé celle-ci, lé seul retaède qu'oh puisse prendre èàt douloureux à FAngleterrè.

La difficulté vient enfin, dé ce que lès deiix peùitlës àuiquelà uti régime commun est fatal, et pour èhàbun desquels il faudrait Une loi diiférente, sdht; cë|)èridiint obligés d'en recevoir une semblable ; et 3ë fcecjtië formant un seul et'même empire, ils sont soumis à la même autorité dont les actes, vivifiants {Jour Fiiti , sont meurtriers pour l'autre.

Si l'Angîetèrre et l'Irlande* ont des ihtérêts aussi dji^josés, et â'il est aussi nuisible à toutes les deux (9ê iië former qtlMn seul peuple , il éeihblerait que îë àëul J)'arti qu'elles auraient à prendre serait de se sépafer, et de former chacune un état distinct, âjrànt èà tiStioiiàlitë propre et son gouvernement flàHîtrulier. Cet expédient résoudrait sans doute toutes les difficultés : mais on peut prédire hardi-

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ment qu'on n y aura point recours. Il sufEt en effet de considérer la situation géographique de TAngleterre et de l'Irlande pour reconnaître que la première ne voudra jamais renoncer à l'empire qu'elte exerce sur la seconde. L'Irlande est un membre vital de la Grande-Bretegne : membre gangrène sans lequel pourtant elle ne saurait vivrte. A la vérité , si ^quelque convulsion du globle faisait rentrer l'Irlande aii sein des mers, l'Angleterre ne serait peut-être que JFortifiée de cette perte ; mais tant que ce pays , " qui tient à elle comme un bra$ au corps , gardera dans l'Océan la place qu'il y occupe, elle voudra nécessairement le dominer.

*De tous temps l'Irlande a été le point de mire des ennemis de l'Angleterre;, elle était telle dès lé douzième siècle : car lliistoire nous apprend que le parti qu'en pouvait alors tirer .la France fut un des motil^ qiii portèrent les rois aïiglàis à entreprendre sa con- -quète. Lorsqu'à l'époque de la réformatîbn religieuse le projet est conçu par l'Europe catholique dé frapper le protestantisme en Angleterre, è'est sur l'Ir-" lande que KEspagne jette les yeux, et c^èst dans ce pays quç débarque la fameuse armada de Philippe tl. C'çsl en Irlande que Louis XlV envoie l'armée française qui doit aider le catholique Jacques ît k remonter sur le trône occupé par le protestant Guil- . lâume ÏII. Et quand la France répubKcaine et démocratique lutte contre la coalition européenne dont l'Angleterre est l'ame , elle n'imagine , pour atteindre celle-ci , aucun moyen plus sûr. que de transporter une armée en Irlande ; et elle fait, dans ce but, en moins de deux ans trois expéditions suc-

3'ji8 coNGiiUSiorr.

ce$sives,(i). Assurément ces diverses tentatives d'invasion n'ont pas été heureuses ; et l'Irlande a toujours si mal répondu aux attentes de l'étranger qu'elle serait en droit de n'être point comptée comme un auxiliaire assuré aux ennemis de celle-ci.

Cependant l'Angleterre voit l'Irlande trop près d'elle pour n'en pas vouloir conserver la police ; elle ne peut consentir à voir s'isoler d'elle une terre dont elle n'est séparée que par un étroit canal , de laquelle on aperçoit ses propres rivages et d'où une armée irlandaise ou étrangère fondrait sur elle en quelques heures. Et c'est précisément parce que l'Irlande est catholique et démocratique, que l'Angleterre aristocratique* et protestante ne peut laisser celle-là indépendante, et l'abandonner à ses sympathies pour des peuples dont les institutions politiques et religieuses répugnent à l'Angleterre par la mémç raison qui les rend agréabks à l'Irlande." Et puis ôtez toutes ces considérations : quel est l'empire qui consent à se démembrer? Toute puissance qui perd de son étendue n'est-elle pas/)u n'a-tnelle pas l'air d'être en* déclin? L'Angleterre , qui ne veut à aucun pri^ perdre le Canada dont quinze cents lieues la sépatent, n'abandonnera icertainement pas l'Irlande qui fait partie d'elle-même.

, Mais si l'on peut considérer comme certain que l'Irlande ne formera jamais un État séparé ^e l'Angleterre, ne pourrait-il pas arriver que les deux pays, tout en restant unis par un lien politique, fussent séparés législativement ; c'est-à-dire gouvernés sous le même empire chacun par un parlement particulier, obéissant au même roi, et trouvant dans

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des lois spéciales à chacun d^eux la satisfaction de leurs intérêts différents ? Cette séparation parlemen* taire (i) était en i833 le vœu de presque toute l'Ir^ lande insurgée : et , en ce moment même, O'Connell l'invoque comme le seul- port de salut où devra se réfugier l'Irlande , si elle n'obtient pas du parlement anglais toutes les réformes qu'elle demande.

On ne saurait sans doute afOrmer que jamais cette scission législative de l'Angleterre et de l'Irlande n'aura lieu : le passé prouve d'abord qu'en fait elle est possible j puisqu'ellç a existé pendant six siècles et n*a cessé qu'en 1 800 ; et l'on aurait tort peut-être de' tirer contre elle une objection absolue de la servilité et de la bassesse des anciens parlements irlandais : car si le parlement d'Irlande était /établi , ne pourrait-il pas être assis sur des bases propres à garantir son indépendance ?

JMais d'autres et de si grandes objectionsVélèvent contre son rétablissement qu'on croit pouvoir, ^inon assurer, du moins énoncer comme à peu près certain que jamais il^ n'aura lieu; c'est ce que peu de mots feront comprendre. Pourquoi le parlement d'Angleterre ne donne-t-if pas à l'Irlande les loiâ politiques et religieuses que celle-ci réclame ? Ce n'est pas qu'il cro^e les institutions de llrlande les meilleures que 'puisse avo^r ce pays ; mais il juge dangereux de. les abolir. Il traint que; le coup qui -renverserait ces ii\3titutions dans un pays voisin ne les ébranle en Angleterre ; et que la loi qui frapperait ici l'aristocratie ne l'atteignît làf par la contagion du principe. Or, l'Angleterre aurait absolument les mêmes su jets* d'alarme, si l'Irlande était investie du

33o CONCLUSION. .

pouvoir de faire elle-même des lois à son usage. Deux peuples qui se touchent comme F Angleterre et rirlande ne sauraient se remuer sans que le mouvement de l'un agite l'autre ; ils ne sauraient gronder ou gémir sans que la voix de celui-ci retentisse aussitôt chez celui-là plaintive ou menaçante. Sous le régime de publicité essentiel aux institutions libres de la Grande-Bretagne, chacun d^ deux peuples saurait jour par jour ce qui se passerait chez l'autre. Or, en supposant que les intérêts matériels des deux peuples, tels que le commerce et l'industrie, ne fussent pas , comme ils l'ont été par le passé , un sujet perpétuel de collisions entre les deux législatures, là délibération des seules questions politiques ne serait-elle pais de nature à faire naître les plus graves embarras et les plus sérieuses querelles? Que dirait^

3 ne feraii; l'Angleterre si par exemple le parlement 'Irlande, cédant aux vœux du pays, abolissait ' 1^ principe de l'Eglise anglicane; et, après avoir ren- . verse les privilèges religieux de l'aristocratie, dé-* triiisait ses privilèges politiques et civils; abattait l^s jngés de paix e\ les grands jurys; abolissait les substitutions , le droit d'aînesse ,^et brisait toutes les entravés qui enchaînent le commerce du sol ? Crôiton que de ^pareilles lois décrétées eii Irlande ne retentiraient pas en Anglçt^re d'un formidable écho , et ne feraient; pas bondir lès *paLSsîous conserva tii^es de ce dernier pays? L'Angleterre* qui est ou croit ' être intéressée à ipaintenir chez elle l'aristocratie et . l'Église, les laisserait-elle abattre ainsi parlementairement dans le»pa*ys voisin, soumis d'aiUeur$ à son empire ?

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