QUATRIEME PARTIE y CHAP. lit
$e faire sentir , le parti conservatif , dans son impatience des réformes annoncées par les whigs , toujours maîtres du pouvoir , 6t entendre plusieurs fois le cri de guerre. Il ne s'âfgissâit rien moins que d'un appd aux cavaliers contre les têtes rondes. .Cette provocation n'eut point de suite alors. Mais la violence ne pourrait-elle pas quelque jour précéder la menace?
Cest ainsi que le vent impétueux dlrlande, qui souffle la démocratie sur l'Angleterre , peut amener pour celle-ci, la chance d'une guerre civile. C'est ainsi que l'entreprise de maintenir en Irlande un gouvernement que ce pays repousse, fait naître pour l'Angleterre elle-même une sorte d'oppression. C'est ainsi qu'en imposant violemment ses institutions à l'Irlande, l'Angleterre se voit inenacée de perdre les siennes. Situation étrange et grave de quelque côté qu'on l'envisage! plus terrible pour llrlande, plus imposante pour l'Angleterre; entraînant pour celle-ci plus de responsabilités, pour cellelà plus de périls ; plus simple quoique plus laborieuse pour l'Irlande, qui, n'ayant qu'un intérêt et qu'un devoir, n'a point à hésiter dans la route qu'elle suit, dût-elle s'y traîner toute saignante à travers les tortures et les supplices; plus compliquée pour l'Angleterre, qui, chargée de mille fardeaux divers, ne sfiit comment porter ni comment rejeter le poids de l'Irlande ; qui, sûre de vaincre quand. elle combat l'Irlande, ne rvemporte jamais que de stériles victoires, se ruine toujours en ruinant ce malheureux pays; et au milieu de ses rigueurs envers cette contrée , doutant sans cesse de sa propre cause , tour à tour II. a 3
354 CONCLUSiO]».
fomsé^ par son ^ïsme et relenue par sa eoaseience^ teste vainement d être toujours habile et toujours juste : situation immense et chargée de t^ n/^rm,, QÙ Te^prit s'agite, se fatigue, s'égare; où tout ce q.ui dans le présent paraît uécessaire à entreprendre ^ se trouve impossible; et pour laquelle on ne saurait sqpercevoir dans la venir que des solu-* tions tristes ou incomplètes jusqu'au jour plus ou moins éloigné de noius, où le principe démocratique qui travaille le askonde et qui arrive à l'Angleterre Ban seuleoae^t par ks passions de l'Irlande j mMs 6iicore par le mouvement général de l'humanité tout entière, aura renversé l'aristocratie en Angl^ terre, et, en introduisant dans ce dernier pays les seules institutions que puisse supporter l'Irlande, aura rendu possible l'accord de deux peuples, qui sont condamnés à une vie commune et qui aujourékhm ne peuv^al pa» plus, s'unir que se séparer*
RârLBXlON FINALS.
An nâieu de toutes les tnisères , ^le tous les. pé^ rih et de toutes les complications dont on vient de prés^iter le triste tableau, un aspect consolant s'o£&e à la vue.
D'où viennent à l'Angleterre ces embarras, ces périls et ces difficultés que ses plus grands hommes d'étal déclarent presque insolubles? De l'Irlande: de rb'Iandé , malheureuse et opprimée , sur laquelle FAngleterre pratiqua jadis une conquête égoïste et
QUJITRIÈMB FARTIH^ GHAP. III. 355
dore; que l'Angleterre attaqua cruellement éan« m Kberté religieuse j après l'avoir dépouillée de sa li# berté politique; de 1 Irlande , tenue pendatit sis siècles sous un joug de fer ^ et soumise sans relâche aux plus odieuses persécutions qu'ait jamai^m^ft» tées la plus ingénieuse tyrannie.
Et c'est ce peuple ^ écrasé par tant d'oppressie» , et dégradé par tant de servitude ; c'est ce peuple tant de fois mutilé , brisé et foulé aux pieds par l'An^ gleterre; c'est ce peuple infortuné, victime tour 4 tour de tous les fléaux, de la guerre étrangèreet de la guerre civile , des massacres et de l'exil , du glaive qui tue, de For qui corrompt , de la loi qui persécute ; c'est ce peuple , déchiré par d'éternelles convulsions, et décimé par des famines annuelles ; c'est ce peuple de pauvres; c'est ce peuple en haillons; c'est ce peuple esclave, qui devient aujourd'hui pour le tyran, un embarras et un péril!
Certes , il y a là pour les princes et pour les peuples un grave sujet de méditation. Ne serait-ce pas que la violence et la corruption sont de n^auvais procédés de gouvernement ? Ne serait-ce pas que toute politique , pour être bonne, doit commencer par être honnête, et que, dans l'art de diriger les peuples, comme dans la science qui sert aux individus à se conduire eux-mêmes , il ne faut pas séparer l'habileté de la justice?
Il se passe en ce moment, chez deux grands peuples que l'océan sépare, deux phénomènes de même nature et qui sont bien dignes de fixer l'attention du monde.
Les États-Unis de l'Amérique du Nord sont
356 GOJfCLUSION.
sans contredit y le peuple le plus fortuné de la terre; dans aucun pays le conditions ne sont ni si égales ni si heureuses; nulle contrée oe s'avance d'an pas aussi rapide vers la puissanceque donnent la richesse et l'industrie ; nulle part le progrès de l'humanité nVit si constant ni si extraordinaire. Cependant au sein de cette prospérité merveilleuse, qui brille d'une si douce clarté, une affreuse tache apparaît; ce corps j si xeune, si sain , si robuste, porte une plaie hideuse et profonde : les États-Unis ont des esclaves. Et vainement dans ce pays chrétien, la religion et l'humanité se dévouent avec une admirable vertu à guérir ce mal néfaste; la lèpre s'étend, elle flétrit des institutions pin*es, elle empoisonne la félicité des générations présentes , et dépose déjà un germe de mort dans une société pleine de vie.
En même temps qu'en Amérique les États-Unis font d'impuissants efforts pour rejeter de leur sein la race noire , dont la servitude les trouble et les humilie; en Europe, la nation la plus habile peutêtre dans l'art du gouvernement, TAnglel erres'épuise en stériles efforts 'pour se délivrer du pays qu'elle a mis six siècles à conquérir, et se débat vainement .sous les misères de son esclave.
Et comment les deux peuples sont-ils arrivés à des situations si tristes et si semblables? Par les mêmes voies : par une première violeuce,.suivie d'une longue injustice.
, L'Amérique et l'Angleterre, voudraient, il est vrai , abandonner ces voies funestes, au bout desquelles elles ont trouvé des abîmes. Mais on ne sort point ainsi tout d'un coup de la route fatale et té-